Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 
 

 

FUENSALIDA

ET ORBITA,

EXPLORATEURS

 

 

 

La forêt au nord du Lac Peten Itza, les ruines mayas de Uaxactun

 

En 1618, deux franciscains, Juan de Orbita et Bartolomé de Fuensalida, partant de Mérida, explorèrent le Petén, région inconnue du Guatemala et parvinrent à Nohpetén (nommée aussi Tayasal et aujourd’hui Flores), une ville maya indépendante qu’aucun Espagnol n’avait visitée depuis près d’un siècle. Ses habitants, les itza’es occupaient un territoire qui allait de la dépression du lac Petén Itzá jusqu’à la Verapaz. Ils prétendaient venir de Chichen Itzá et maintenaient les traditions des anciens Mayas. Les Franciscains furent très bien reçus au début. Mais par zèle religieux, ils détruisirent une statue de cheval, vénérée par les indiens et furent sur le point d’être massacrés par la foule. Ils durent quitter précipitamment la ville et se réfugier au Yucatan.

Fray Diego López de Cogolludo raconte cette expédition sur trois chapitres, en s'inspirant du rapport rédigé par les deux moines :

 

Fuensalida et Orbita sont bien accueillis à Nohpetén

"Après plus de huit jours d’attente (ce qui déjà mettait en garde les religieux) D. Gaspar Cetzal revint (c’était le nom de celui qui y était allé) accompagné par les capitaines Ah Cha Tappol et Ahau Ppuc, qui étaient allés au village de Tepú, avec quelques indiens et quatre grands canoës que le Canek envoyait pour qu’ils traversent tous en un seul voyage. Grâce à ce dispositif, ils s’embarquèrent très contents le jour même après avoir mangé, et firent la traversée du lac, par beau temps, en navigant pendant environ six lieues. Les itzaes qui faisaient le guet pour savoir quand les religieux approcheraient, avertirent le Canek de leur arrivée, et ce dernier envoya un de ses gendres avec d’autres personnes de sa famille, dans deux canoës, qui parcoururent plus de deux lieues pour les saluer et les accueillir en son nom. Ils apportèrent une boisson qui se nomme zacá, dit-on, dont ils apprécient la mousse de cacao, ce qui montre (dit le rapport) que bien que ce soient des barbares ils ont une certaine éducation et un comportement courtois. Quand ils arrivèrent au débarcadère à proximité du village, le cacique Canek lui-même était là avec ses notables et une grande foule qui étaient venus les accueillir. Il devait être dix heures du soir, mais il y avait beaucoup de flambeaux et de torches enflammés, si bien que tout était très bien éclairé et visible. Une fois à terre, le Canek accueillit les religieux avec des démonstrations d’amitié et de bonne volonté et les hébergea dans une maison qu’il leur avait fait construire, pas très grande mais proche de sa résidence, à quelque vingt pas, pourvue de ce qui était nécessaire pour l’instant, deux claies en guise de lits, et là à côté ils installèrent les étrangers." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 9, chapitre 8)

 

Ils essaient de convertir les indiens Itzaes

"Chacun des religieux avait un saint crucifix à la main, et le père commissaire Fuensalida essaya de les convaincre par un discours spirituel (et qui devait être bien argumenté car il connaissait parfaitement leur langue et aussi bien leur écriture, et l’Esprit Saint le guidait). Il leur démontra la cécité dans laquelle ils se trouvaient, en adorant le démon par l’intermédiaire des idoles, et la vanité de tous ces dieux, alors qu’il n’en existait qu’un de vivant et de véritable, unique en essence et triple en personnes." […]

"Les indiens écoutèrent avec une grande attention le discours que leur fit le père commissaire Fuensalida ; mais ils répondirent que le temps n’était pas encore venu pour eux de se faire chrétiens (ils ont leurs prophéties de ce qui doit advenir) et que donc les religieux pouvaient retourner d’où ils venaient : qu’ils pouvaient revenir une autre fois mais que pour le moment ils ne voulaient pas être chrétiens."

 

La ville de Flores bâtie sur une 'île, au milieu du lac Petén Itzá, reliée au rivage par une chaussée

 

Ils visitent la ville

"Pourtant, après leur avoir adressé ce refus, ils les accompagnèrent et les emmenèrent voir le village. D’après le décompte que purent faire les religieux, il y aurait eu là deux cents maisons, lesquelles se trouvaient au bord de la lagune, à peu de distance les unes des autres, et dans chacune vivaient les parents et les enfants avec leurs familles. En haut et au centre de l’île sont les temples (cues) et les autels où ils ont leurs idoles. Ils allèrent les voir, et il y avait douze temples ou plus, aussi grands et imposants que les plus grandes églises qu’il y a dans les villages d’indiens de la province du Yucatan, et qui d’après le rapport pouvaient contenir chacun plus de mille personnes rassemblées."

 

Ils découvrent une statue de cheval

"A l’intérieur de l’un d’entre eux il y avait une grande idole en forme de cheval, faite de pierre et de chaux. Il était assis sur les fesses sur le sol du temple, les pattes de derrière repliées et posées sur les pattes de devant. Ils l’adoraient en qualité de dieu du tonnerre, l’appelant Tzimin Chac, ce qui veut dire cheval du tonnerre ou de l’éclair. S’ils avaient cette idole, c’est parce que, comme je l’ai déjà noté dans le premier livre de mon ouvrage, quand Cortez traversa cette région, au cours de son  voyage vers le Honduras, il leur laissa un cheval qui ne pouvait plus avancer. Il mourut parmi eux, et de peur de ne pouvoir le rendre vivant, si par hasard il revenait par là et le leur demandait, ils firent cette statue et commencèrent à la traiter avec vénération, afin qu’il en déduisit qu’ils n’étaient pas coupables de la mort du cheval. Comme on le leur avait confié en disant qu’on reviendrait le chercher, croyant que c’était un animal quasi humain, ils lui donnaient des poules et d’autres viandes à manger ; ils lui offraient des bouquets de fleurs comme ils faisaient d’ordinaire envers les personnes éminentes. Tous ces honneurs (qu’ils croyaient lui faire) finirent par acculer le pauvre cheval à la mort et il mourut de faim. Ils lui donnèrent ce nom, car ayant vu que certains des Espagnols de l’expédition déchargeaient leurs arquebuses ou leurs escopettes du haut de leur cheval en chassant les cerfs, ils crurent que ces animaux étaient à l’origine du fracas qu’elles faisaient, qui leur parut du tonnerre, et l’éclat de la lumière de l’arme et la fumée de la poudre, un éclair. Le démon trouva le moyen grâce à cela et aussi à l’aveuglement de leurs superstitions, pour que la vénération de cette statue aille en augmentant, et vint à un tel point que c’était la principale idole qu’ils adoraient quand les religieux parvinrent à cet endroit."

 

Le père Orbita détruit la statue

"Dès que le père Fr. Juan de Orbita la vit, dit son compagnon le père Fuensalida, il semble que l’esprit du seigneur descendit sur lui, et qu’habité d’un zèle fervent de la gloire de Dieu, prenant une pierre dans la main, il monta sur la statue du cheval et en fit des morceaux, les répandant sur le sol. Les indiens qui l’accompagnaient, et ils étaient nombreux, le voyant briser leur idole si chère, poussèrent de grands cris et clameurs, se disant les uns aux autres : tuez-les, car ils ont tué notre Dieu : qu’ils meurent en châtiment de l’outrage qu’ils lui ont fait, et cela avec un tel tumulte, que l’on comprit que Notre Seigneur agissait pour qu’ils ne passent pas aux actes aussitôt, bien que (dit-il) nous aurions été heureux de mourir sur place pour son saint amour. Ce bruit ne troubla pas les religieux et le père commissaire, avec grand courage et force d’âme, plaçant toute sa confiance en Dieu, et élevant le saint crucifix qu’il avait en main, dit aux indiens : Sachez, vous (ou Itzaes), que cette idole que vous adoriez ici comme votre dieu, n’est rien d’autre que la représentation d’une bête inintelligente, comme le sont les cerfs et autres animaux que vous tuez à coup de flèches pour les manger." […] (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 9, chapitre 9)

 

Le lac Peten Itza, vue satellite

 

Les deux religieux s'enfuient en traversant le lac

"Ils firent leurs adieux au Canek et aux autres notables sans qu’ils veuillent leur donner un seul indien pour les accompagner, et s’embarquant commencèrent à naviguer sur la lagune. Quelques indiens qui devaient être parmi les plus affligés par l’affaire de l’idole, leur lançaient des pierres depuis le rivage jusqu’à ce qu’ils s’en écartent suffisamment, et alors ils firent entendre de grandes clameurs et des railleries à l’égard des religieux. Ils allaient bien insouciants quand ils virent partir deux canoës du côté de la main gauche. Les religieux traversaient le lac en direction de l’occident, et comme les indiens partaient de côté en ramant très fort, en moins d’une heure ils abordèrent le canoë des religieux. Les deux autres canoës étaient remplis d’indiens avec leurs arcs et leurs flèches, tous enduits de noir, la tête et le corps, avec de longues chevelures (coutume qu’ils ont tous), si bien que leur aspect était horrible car ils ressemblaient à des apparitions du démon. Aussitôt arrivés, les flèches engagées dans les arcs, ils menacèrent les religieux avec beaucoup de colère, disant qu’ils voulaient les tuer. On leur répliqua avec de bonnes paroles, et notamment un de nos indiens nommé Gaspar Cetzal, qui appela oncle celui qui les commandait, et lui dit : pourquoi voulez-vous les tuer à coup de flèches puisqu’ils s’en vont à présent ? Avec une grande colère il lui répondit : alors ne ramenez pas ces xolopes ici une autre fois ; c’est le nom qu’ils nous donnent depuis qu’ils ont vu les premiers Espagnols manger des anones, un fruit des terres chaudes. Dieu soit remercié qu’après cela ils les laissèrent partir. Le père Fuensalida dit qu’il était persuadé qu’ils allaient leur ôter la vie, qu’ils avaient offerte à Dieu pour son saint amour, d’après les signes qu’ils donnaient de vouloir les tuer avec leurs flèches, mais qu’ils ne le méritèrent pas, et l’attribue à ses péchés, disant : « Que soit faite la volonté du Seigneur, qui sait pourquoi il le garde. » " (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 9, chapitre 10)

 

L'origine des Itzá

"Ces indiens Itzá sont d’origine yucatèque et proviennent de notre région du Yucatán : ils parlaient donc la même langue. On dit qu’ils quittèrent le territoire et la juridiction qui est maintenant celle de la ville de Valladolid, ainsi que la ville de Chichén-Itzá où subsistent aujourd’hui certains des plus grands édifices antiques que l’on voit dans la province et que l’on admira tellement quand on découvrit ces royaumes, ainsi qu’on le dit par ailleurs, et d’autres gens issus des villes voisines partirent avec eux.

 

"Le père Fuensalida dit qu’ils s’enfuirent de Chichén-Itzá cent ans avant que les espagnols arrivent dans ces royaumes, pendant la période qu’ils nomment huitième et dans leur langue Uaxac Ahau, et peuplèrent les terres où ils vivent aujourd’hui. Leur exode vers une île et des territoires si secrets avait été annoncé par leurs prophéties, il en est fait mention dans le livre deuxième, qui affirmaient aussi que de l’orient devaient venir des hommes d’une nation qui dominerait ce pays. Ceux qu’ils appellent prêtres conservent aujourd’hui les prophéties (écrites avec leurs caractères anciens) dans un livre tenant lieu d’histoire qui porte le nom d’analte. Ils y conservent la mémoire de ce qui leur est arrivé depuis qu’ils peuplèrent ces contrées.

 

"On dit encore qu’ils y allèrent par la mer et sur le chemin qui conduit à leur lagune on trouve sur la rive un hameau nommé Zinibacan, ce qui veut dire endroit où on étendit les voiles : ici on les fît sécher car elles étaient détrempées.

 

"On dit aussi que le motif de leur fuite se produisit alors qu’allait se marier un grand seigneur ou roitelet de ce territoire. Au moment des réjouissances et des festivités de la noce survint un autre roitelet qui était amoureux de l’épousée ; il surgit avec des gens en armes au milieu des convives, qui ne s’y attendaient pas, et enleva la fiancée après en avoir blessé plusieurs. Comme il était moins puissant que le premier roi et savait qu’il lui ferait bien sûr la guerre, craignant le dommage qui lui en coûterait, il avait prévu de s’enfuir et il s’en alla vers ces terres très éloignées et secrètes, emportant la fiancée et accompagné de beaucoup des siens."

(Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, Vol. 2, Livre 9, Chapitre. 14)

 

L'expédition de Cortez à travers le Tabasco, le Guatemala et le Honduras, en passant par Tayasal

 

La visite de Cortez à Tayasal, 1525

 

"Le cinquième jour, les coureurs qui nous précédaient avec le guide, signalèrent une grande lagune, semblable à un bras de mer, et je l'ai cru, quoique l'eau en fût douce, à cause de sa profondeur et de son étendue. On voyait au loin un village dans une île : Le guide nous dit que c'était le chef-lieu de cette province de Tayasal et que nous ne pouvions y arriver qu'en canoas. Mes coureurs restèrent en sentinelles, pendant que l'un d'eux venait me raconter ce qui se passait. J'ordonnai une halte générale et filai en avant pour voir la lagune et étudier sa conformation. […]

 

"Je campai au milieu des cultures, je réunis mes gens et je pris toutes les précautions possibles, car l'Indien de Mazatcan m'assurait que les gens de Tayasal étaient fort nombreux et de grands guerriers, que redoutaient toutes les provinces voisines. Cet Indien me demanda de le laisser partir dans sa petite canoa pour retourner à la ville qui était bien à deux lieues de là au milieu de la lagune, me promettant de parler au cacique, qu'il connaissait parfaitement et qui s'appelait Canek. Il lui dirait mes projets et la cause de ma présence dans le pays ; il m'assura qu'il le croirait volontiers, étant connu de lui et l'ayant bien des fois visité dans sa demeure. […]

 

"Le lendemain, de bonne heure, le cacique arriva suivi d'une trentaine d'hommes dans une demi-douzaine de pirogues : il ramenait l'Espagnol que j'avais envoyé comme otage et paraissait fort content. Je les reçus à merveille, et comme c'était l'heure de la messe je la fis célébrer dans la plus grande pompe, avec chants accompagnés de trombones et de hautbois que j'avais dans ma compagnie. Ces gens en suivirent les cérémonies avec la plus grande attention ; la messe terminée, je fis venir mes religieux qui, au moyen de l'interprète, leur firent un sermon touchant notre sainte foi, leur expliquant qu'il n'y avait qu'un seul Dieu et l'erreur de leurs croyances ; le Canek en parut très touché, et me dit qu'il voulait tout de suite briser ses idoles et se prosterner devant le Dieu que nous adorions et qu'il serait heureux de savoir de quelle manière il pourrait l'honorer ; il me pria de me rendre avec lui dans son village pour me montrer comment il brûlerait ses idoles et me demanda de laisser à Tayasal une de ces croix que j'élevais dans tous les villages où je passais.

 

"Après le sermon, je m'efforçai de lui faire comprendre la grandeur de Votre Majesté et comment tous les peuples du monde étaient ses vassaux et ses sujets, que tous nous lui devions hommage et que Votre Majesté le comblerait de faveurs, comme j'en avais déjà distribué en votre nom royal à tous ceux qui avaient accepté son joug, et que je lui en promettais autant. Il me répondit que jusqu'alors, il n'avait pas reconnu de maître, ni pensé que personne le pouvait devenir. […] Marina s'adressant au Canek, lui confirma ce que je venais de dire, lui raconta comment j'avais fait la conquête de Mexico et de tant d'autres royaumes que j'avais soumis au joug de Votre Majesté. Il parut se réjouir beaucoup de ces nouvelles et me déclara qu'il désirait être vassal de Votre Majesté ; heureux d'être, ajoutait-il, le sujet d'un si grand prince. Il fit apporter du miel, un peu d'or et des colliers de coquillages rouges d'une grande valeur à leurs yeux, qu'il me donna ; je lui fis remettre en échange de nos bagatelles d'Espagne qui l'enchantèrent. Je le fis dîner avec moi, ce qu'il accepta avec plaisir. […]

 

"Je le priai de nous laisser passer à travers la lagune, mais il me répondit qu'elle se terminait à trois lieues de là et qu'on n'avait qu'à en suivre le bord ; mais il insistait pour que j'allasse avec lui dans ses canoas visiter son village et sa demeure, assister à la destruction de ses idoles et lui faire construire une croix. J'y allai pour lui faire plaisir et contre l'avis de mes gens ; je m'embarquai avec une vingtaine d'hommes et passai la journée à Tayasal. Je repartis le soir avec le guide que m'avait donné le Canek pour regagner la terre où je dormis. Je retrouvai mes gens qui longeaient la côte de la lagune où nous campâmes ; j'avais dû laisser dans les fermes dépendant de la ville, un de mes chevaux qui avait une jambe blessée et qui ne pouvait marcher ; le seigneur me promit d'en prendre soin, j'ignore ce qu'il en fit."

 

(LETTRES DE FERNAND CORTES A CHARLES-QUINT SUR LA DECOUVERTE ET LA CONQUÊTE DU MEXIQUE, TRADUITES PAR DÉSIRÉ CHARNAY, PARIS, 1896)

 

12 janvier 2014, inauguration d'une statue représentant le cheval de Cortez, idole de pierre de Tayasal, sur le Malecón de San Miguel, à Flores

 

Les conquérants espagnols s'emparent de Tayasal (1697) :

"On l’a vu, je l’ai dit au début, que les Itzaes appartiennent à la nation maya comme ceux des provinces du Yucatan et qu’ils faisaient partie du même ensemble ; on a dit aussi qu’à une époque ils se séparèrent des autres et on a indiqué pour quelle raison ils se retirèrent dans ces îles et ces lagunes tant isolées et dissimulées.

"Ils s’en allèrent ainsi vers cette grande lagune qu’ils nommèrent Chaltuna et ils peuplèrent d’abord cette île plus grande que les autres, en y fondant une ville appelée Tayasal, ou selon d’autres Taiza, qu’on nomme à présent Notre Dame de Recouvrance et Saint Paul de l’Itza. […]

"Cette grande lagune, appelée Chaltuna, mesure plus de vingt six lieues de périmètre ou de périphérie. Elle est beaucoup plus longue que large. En certains endroits on ne trouve pas le fond, dans d’autres elle est profonde de trente brasses, parfois plus, parfois moins ; de ce fait et comme elle est toujours agitée de vagues, elle ressemble beaucoup à une mer.

"C’est un endroit très agréable et charmant ; ses eaux sont très douces, claires et légères, remplies de poissons de toute taille, très savoureux et bons à manger. Il y a des tortues d’eau douce et d’autres espèces de tortues. Elle est alimentée par de nombreuses rivières venant de tous les horizons et se trouve à l’abri des pirates car elle ne communique nulle part avec la mer sauf peut-être par des cours d’eau souterrains.

"Les indiens la parcouraient sur d’innombrables pirogues : on en récupéra plus de cinq cent cinquante, qu’ils avaient abandonnées, le jour de l’assaut donné au Peten ou grande île de la Recouvrance.

"Sur cette lagune, dans sa partie la plus étroite, à deux lieues de la terre ferme, se trouve le Peten ou grande île de la Recouvrance où ils installèrent de longue date leur ville, nommée Tayasal, siège de la cour des rois, propriétaires et seigneurs de ces régions.

"Cette île est très haute et escarpée, aplatie au sommet ; on ne dispose pas de données précises sur sa dimension ou sur son périmètre mais elle couvre à peu près la même surface que la ville de Saint François de Campeche ; et comme toute la ville de Saint François de Campeche, y compris ses murailles, mesurerait quelque trois quarts de lieues de tour, l’île et la ville de la Recouvrance devraient avoir, peu ou prou, le même périmètre.

"Toute sa surface est couverte de maisons, les unes construites avec des murs en pierre sur une hauteur de plus d’une aune et en bois pour le reste, surmontées de toits de paille, les autres faites seulement de bois et de paille.

"Il n’y avait pas vraiment de rues ; les maisons étaient sales à l’intérieur et poussiéreuses. Les habitants de l’île y vivaient comme des sauvages : chaque maison abritait une parentèle complète si grande soit-elle, et cela explique pourquoi l’île comptait un si grand nombre d’indiens. […]

"Le temple du faux grand prêtre Quincanek, cousin germain du roi Canek, était le plus grand et le plus important des vingt et un cues ou temples d’idoles que le général Ursua et les siens trouvèrent sur l’île. Il était de forme carrée avec un beau parapet et neuf degrés, tout en belle pierre, chaque façade mesurant environ vingt aunes de large, sur une grande hauteur.

"Sur le dernier degré, à l’entrée, il y avait une idole d’apparence humaine à l'expression menaçante, qui semblait accroupie. Et dans le temple, sur le mur du fond, il y avait une autre idole en émeraude native, que ces infidèles appelaient le dieu des batailles ; elle était de la grandeur d’une main et le général Ursua s’en empara. Au dessus, il y en avait une autre en plâtre, le visage en forme de soleil, avec des rayons de nacre tout autour, les traits soulignés de nacre et, insérées dans la bouche, les dents arrachées aux espagnols qu’ils avaient tués.

"Du haut de ce temple de la taille d’un château, en son milieu, étaient suspendus une triple bande de tissu de coton aux multiples couleurs, un os long à moitié pourri et, plus bas, un petit sac long de trois empans contenant de petits morceaux d’os pourris eux aussi et, au dessous, posés sur le sol, trois encensoirs brûlant du storax et autres résines aromatiques avec lesquels ils faisaient leurs sacrifices, plus quelques paquets de storax enveloppés dans de feuilles de maïs séché. Ce rite était réservé à cette idole et on ne le voyait pas ailleurs : les autres idoles n’avaient que du copal dans leurs encensoirs. Une couronne était placée sur l’os long, à son extrémité supérieure.

"On demanda à une indienne très âgée, qui avait été faite prisonnière, comme d’autres, le jour de la conquête de Peten, d’où provenaient ces ossements. Elle répondit que c’était le tezmin du grand capitaine, selon ses propres mots. Elle dit que c’étaient les os d’un cheval qu’un roi leur avait confié, il y avait très longtemps, à son passage dans la région.

"On comprit qu’il s’agissait du cheval de don Fernand Cortez : il le leur avait donné à soigner car il s’était blessé dans la montagne de l’albâtre ; il traversait alors le royaume de Canek en allant vers la province d’Hibueras ou Honduras (comme je l’ai dit) avec quatre mille mexicains et ses compagnons espagnols." (Juan de Villagutierre Sotomayor, Historia de la conquista de Itzá, 1701, Livre huitième, Chapitres XI, XII, XIII)

 

Flores au XIXème siècle. Dans Désiré Charnay, A travers les forêts vierges, Librairie Hachette, Paris 1894

 

 

2007-2016 "des moines chez les Mayas"

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Le lac Petén Itzá de nos jours

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une rue de Nohpetén / Tayasal / Flores aujourd’hui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dominant l'île de Flores, la cathédrale de Nuestra Señora de los Remedios y San Pablo de Itzá, construite sur l’emplacement du grand temple maya au cheval

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un vestige de Tayasal : une stèle maya devant l'église de Flores