Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

UN ECHEC

DES FRANCISCAINS

A SACALUM, YUCATAN

 

 

 

Tabscoob, un des premiers chefs mayas à avoir lutté contre les Espagnols (monument placé sur l'autoroute conduisant à l'aéroport de Villahermosa)

 

Un échec sanglant

Pendant vingt ans, de 1603 à 1624, les Franciscains essaient de convertir les indiens de Sacalum. Ils échouent, du fait de la résistance des indiens mayas, mais aussi des rivalités entre les colons espagnols, partisans de la manière forte et les Franciscains, adeptes de la conversion pacifique. Sacalum fut ainsi, à deux reprises, édifié par les religieux puis déserté par les indiens. Trois Franciscains s'y succédèrent, Juan de Santa Maria, Diego Delgado et Juan Henriquez. Les deux derniers y trouvèrent la mort. Diego López de Cogolludo fait le récit de cet échec sanglant (les événements ne se sont pas déroulés dans le Sacalum actuel, au Yucatan, mais dans un autre Sacalum ou "Sacaltum", situé plus au sud, en direction du Peten).

 

Les indiens de Sacalum redoutent une expédition militaire espagnole

"Les indiens des savanes dites de Sacalum, situées à l’ouest de la baie de l’Ascencion et à mi-chemin des villes de Mérida et de Campeche, entre notre province et celle de la Vera-Paz et de Guatemala, craignirent qu’après avoir soumis les autres indiens, les espagnols s’avisent de faire une grande descente dans la région et de les soumettre par la force des armes, étant donné qu’une fois les autres pacifiés il ne leur resterait plus de refuge où se retirer et se cacher. Il se trouvait parmi ces infidèles un grand nombre de fugitifs baptisés, qui avaient rejoint les autres afin de vivre avec la liberté qu’ils leur permettaient ; et beaucoup sachant lire et écrire, et même parlant espagnol, parce qu’ils avaient été sacristains et chantres de leurs villages au Yucatan : ceux-ci avaient encore plus de crainte car leur faute était plus grande. Ils persuadèrent les infidèles et convinrent les uns et les autres que le meilleur moyen d’éviter la violence des armes et les malheurs dont la guerre les menaçait, eux, leurs enfants et leurs femmes, était d’aller se soumettre, de jurer obéissance au gouverneur, et de demander des religieux missionnaires qui leur enseigneraient comment il convient de vivre selon notre Sainte Foi Catholique, car ainsi on les laisserait tranquilles et en paix."

 

Fray Juan de Santa Maria accepte de négocier la paix avec le gouverneur

"Leur détermination était ferme mais ils n’osèrent pas l’afficher en public, telle était la peur des fugitifs, et pour se protéger ils résolurent de s’en ouvrir à l’un des religieux prêtres qu’ils connaissaient, pour qu’il en dispose selon sa convenance. Dans notre couvent de Campeche se trouvait justement le père Fr. Juan de Santa Maria, qui était prêtre de ces indigènes et parlait bien leur langue ; il était alors gardien du couvent d’Oxkutzcab, où je me trouve maintenant en train de mettre mon récit au propre. Neuf indiens parmi les fugitifs se présentèrent à ce religieux et lui demandèrent, en leur nom et en celui des autres, de négocier avec le gouverneur, l’évêque et le provincial pour qu’ils leur donnent des religieux prêtres  afin de catéchiser et baptiser les infidèles de la région où ils vivaient, d’y administrer les Sacrements et de les réconcilier eux-mêmes avec l’église. Le père Fr. Juan saisit avec grand plaisir l’occasion que Dieu lui offrait de bien utiliser le talent dont il l’avait doté et de recueillir le fruit que son bon esprit lui réservait : il apaisa la crainte des indiens, en proposant de les amener personnellement auprès du gouverneur et de présenter l’affaire de façon à lui donner en tout son meilleur aspect et avantage. Les indiens furent très satisfaits de cette promesse et se montrèrent à découvert. Le père Fr. Juan respecta sa parole, les amena à Mérida et les présenta au gouverneur D. Diego de Velasco, lui disant de quelle manière il leur avait donné confiance et quelle était leur demande. Le gouverneur, en grand seigneur, les traita avec affabilité et affection. Ce fut une satisfaction générale de voir qu’une région qu’on envisageait de soumettre par la force des armes, avant que survienne le malheur raconté précédemment, s’offrait volontairement à rendre obéissance à sa majesté notre roi et à recevoir la prédication évangélique."

 

Il est chargé de convertir les indiens de Sacalum

"Le gouverneur, l’évêque et le provincial en discutèrent et se mirent d’accord pour leur donner les religieux prêtres qu’ils demandaient, puisque cela devait servir à la fois Dieu et le roi, mais l’année mille six cent trois s’écoula sans que leur décision se concrétise ni que soit choisi celui qui devait y aller. A début de l’année mille six cent quatre, on nomma commissaire de cette conversion le père Fr. Juan de Santa Maria, auquel les indiens s’étaient adressés, ces derniers l’ayant pris en affection grâce au bon accord qu’il leur avait négocié et lui-même étant un religieux de toute confiance et très bon connaisseur de la langue maya. Poussé par l’ardent désir de participer à cette expédition et la volonté d’obéir à l’ordre du provincial, il renonça donc à son poste de gardien et se prépara au plus vite pour le voyage, encore plus confiant que par le passé, puisqu’il ne partait pas de sa seule volonté mais en obéissant à ses supérieurs, comme doivent faire les ministres évangéliques, selon Saint Paul, pour obtenir le fruit de leur prédication."

 

Il regroupe les indiens dans trois villages

"Il partit, accompagné de ses nouveaux fils spirituels, et guidé par eux pénétra dans ces forêts jamais vues jusqu’alors par un autre ministre évangélique et voyagea pour les visiter pendant toute l’année 1604, approchant les indiens et les rassurant, avec les difficultés que l’on rencontre habituellement dans les nouvelles conversions. Tel fut son zèle que cette année-là il pacifia et peupla trois provinces, dont on fit l’année suivante trois juridictions avec gardien. En effet, après avoir informé le provincial de l’avancement de la conversion et une fois reconnue la nécessité d’envoyer d’autres religieux, la province (franciscaine) désigna le père Fr. José del Bosque comme gardien du chef-lieu de la province de Sacalum et de son couvent dédié à N. P. S. François, et sous son autorité, le père Fr. Buenaventura de Valdes, pour la province d’Ichbalché et son couvent des Rois Mages, ainsi que le père Fr. Juan de S. Buenaventura, pour celle de Chunhaas dédiée à Saint Jean et celle de Tzuctok consacrée à Saint Gérôme. Il y eut des gardiens élus dans ces couvents jusqu’à mille six cent quatorze […]."

 

Ces villages sont abandonnés dix ans après

"D. Cárlos de Luna y Arellano fut alors nommé gouverneur de nos provinces […]. Il est possible que le gouverneur se soit irrité contre les religieux, sachant qu'ils étaient d’avis contraire au sien (sur l’évangélisation pacifique des indiens). Dieu connaît les cœurs. Du fait de son opposition, ce qui avait été gagné se perdit et à partir de l’année quatorze on ne nommait déjà plus aucun gardien dans ces couvents. Le  dix sept avril mille six cent onze, le père commissaire Fr. Juan de Santa Maria, alors gardien du couvent de Homun, […] écrit ces mots : "(La conversion) n’a pas avancé, au contraire certains villages se sont dépeuplés et leurs habitants se sont enfuis, à cause des nombreux empêchements et des obstacles que ce gouverneur a mis, qui ont donné de multiples et forts motifs à ce que tout ce qui avait été peuplé et soumis retourne à ses idolâtries. Et si avec l’aide de Dieu, la patience, le zèle et la bonne administration des religieux prêtres n’avaient pas vaincu les obstacles qu’il y a eu jusqu’au jour de ce témoignage… Signé de mon nom, etc." Mais comme je viens de le dire, trois ans plus tard, tout était déjà perdu." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatan, livre 8, chapitre 9)

(Le récit de Cogolludo est partial car la responsabilité de l'échec est partagée. Certes le gouverneur Carlos de Luna y Arellano voulait relancer la conquête militaire et en confier le commandement à son fils mais les Franciscains, pacifiques en principe, avaient eux aussi des méthodes autoritaires consistant en particulier à obliger les indiens à se regrouper dans les trois villages de réduction)

 

Le premier village de Sacalum

Sa situation exacte reste inconnue. Il se trouvait sans doute à l'ouest de Bacalar et au nord du Rio Azul (frontière du Belize), dans la région des ruines mayas de Rio Bec. (Tiré de: Latin American Studies, d'après France V. Scholes and Eleanor Adams, Documents Relating to the Mirones Expedition, Labyrinthos, Culver City, 1991)

 

Fray Diego Delgado veut convertir de nouveau les indiens de Sacalum

"[…] Une fois conclu le chapitre (de 1621), le P. Fr. Diego Delgado, originaire de la ville de El Pedroso, et fils de la sainte province de Los Angeles, demanda l’autorisation au père provincial d’aller convertir les nombreuses âmes qui, en fuite dans les collines, se trouvaient séparées de la communauté des fidèles et de plus sans aucun doute idolâtraient en compagnie des païens dont on a parlé par ailleurs. Le provincial la lui accorda et il présenta le document au gouverneur Arias Conde qui, on l’a dit, assurait l’intérim ; dans l’intervalle D. Diego de Cárdenas arriva d’Espagne et il dût le lui présenter pour partir avec son approbation. Le gouverneur le voulut bien et en grand seigneur lui accorda toutes les autorisations que souhaitait le P. Fr. Diego pour réaliser son bon projet."

 

Ce à quoi devait ressembler le village de Sacalum (Diorama du Musée National, Ciudad de Guatemala)

 

Il reconstruit le village de Sacalum

"Il alla avec ces recommandations au couvent de Jecelchacan sachant que les indiens de ce village connaissaient bien les collines ; plusieurs sacristains et chantres proposèrent de partir avec lui si bien que non seulement notre Seigneur lui donna des guides pour l’accompagner mais aussi des ministres pour l’aider à célébrer le saint sacrifice de la messe. Les indiens des environs apprirent aussi le voyage du père Fr. Diego et plusieurs d’entre eux offrirent de l’accompagner. Une fois tous réunis, on pénétra dans les collines au coeur de la région ; on y découvrit de nombreux indiens fugitifs qui campaient en plusieurs endroits sans lois ni Sacrements et on les rassembla pour les amener dans les bois dits de la Pimienta. On créa un village pour eux à l’endroit où se trouvait celui qu’on avait nommé Sacalum quand le père Fr. Juan de Santa Maria peupla les missions dont j’ai parlé dans le livre huit et qui par la suite furent perdus comme on l’a vu. Le père Fr. Diego donna à ce village le nom de Saint Philippe et Saint Jacques de Sacalum […]."

 

Le capitaine Francisco de Mirones occupe Sacalum avec ses militaires

"Le gouverneur et toute la région furent très contents de la bonne nouvelle. Elle conforta l’intention du capitaine Francisco de Mirones, qui était juge des récoltes du territoire de la Côte, de partir de là afin de conquérir les Itzaes par les armes, étant donnée la facilité que la proximité de cet endroit offrait à toute expédition qu’on envisagerait […]. Le propos d’un guide occasionna le voyage depuis cette région-là : il dit au capitaine que ce village était à la limite de l’Itzá et du Yucatan et qu’en ligne droite ou à vol d’oiseau il n’y avait pas plus de quatre vingt lieues, si bien qu’on raccourcissait ainsi le chemin de plus de la moitié. Le capitaine le crut et ayant laissé son pouvoir à Mérida au comptable Juan de Eguiluz, pour qu’il procède au recrutement de gens, il partit du village d’Oxkutzcab, en ouvrant de nouveaux chemins à travers les collines et les bois très épais, les lagunes et les marécages, les terres stériles et dépourvues d’eau en de nombreux endroits, si bien que ce fut très pénible non seulement pour les indiens qui les ouvraient mais aussi pour les espagnols. Ils vainquirent ces difficultés et parvinrent au village de Sacalum, où était déjà installé le père Fr. Diego Delgado. Le capitaine y fit halte et y installa sa place d’armes, pour attendre les autres personnes qui devaient être recrutées à Mérida et commencer ensemble la conquête quand elles arriveraient."

 

Fray Diego Delgado s’oppose aux exactions des espagnols

"Le départ des soldats de la ville ne se réalisa pas aussi vite que le voulait le capitaine Francisco de Mirones et il passa toute l’année de mille six cent vingt deux à les attendre dans le village de Sacalum. Pendant ce temps, comme il ne comprenait pas que les indiens étaient des gens récemment installés et qu’il convenait d’éviter de les traiter en les opprimant ainsi que le faisaient la plupart des espagnols de ces régions, il se mit à faire des marchés et des contrats d’approvisionnement avec eux en échange de choses qui ne leur plaisaient pas, si bien qu’ils commencèrent à s’exaspérer. Le père Fr. Diego le vit et, d’avis que ce n’était pas une façon de se comporter avec les indiens, il pria le capitaine de cesser ces échanges car le temps de la conquête n’était pas le temps du commerce. Qu’il lui semblait que les indiens étaient très en colère et que de cette situation pouvaient résulter des difficultés pour continuer ce qui avait été commencé. Le père Fr. Diego ne put négocier quoi que ce soit avec le capitaine, au contraire ses vols et autres brimades se multipliaient chaque jour, inquiétant les indiens toujours plus. Le capitaine et le religieux, fâchés pour cette raison, en vinrent à se montrer de l'hostilité en public. Les indiens trouvèrent confirmation de leur inquiétude avec l’arrivée de la nouvelle que le capitaine Juan Bernardo Casanova était dans le village de Maní, et allait rejoindre le capitaine Francisco de Mirones à Sacalum, en amenant cinquante soldats de plus."

 

Ne pouvant plus rien, il quitte Sacalum

"L’année mille six cent vingt trois était déjà commencée quand cela se produisait et le père Fr. Diego, ne pouvant s’entendre avec le capitaine Mirones à cause des brimades faites aux indiens, auxquelles il ne pouvait rien […], décida (mais en secret) de quitter le capitaine Mirones et d’aller chez les indiens itzaes. Il le fit donc, entraînant en sa compagnie la plupart des indiens qui partirent avec lui de Jecelchacan." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatan, livre 10, chapitre 2)

(Ce voyage de Fray Diego Delgado s'acheva de manière tragique : il fut tué, lui et ses compagnons, par les indiens Itzas. Un seul de ses compagnons indiens put s'échapper et vint avertir du danger le capitaine Mirones. Celui-ci ne voulut pas le croire)

 

Le site archéologique Rio Bec, dans la région du Sacalum de Fray Diego Delgado

 

Fray Juan Henriquez remplace Fray Diego Delgado à Sacalum

"Lorsque le père Fr. Diego Delgado s’en alla, le capitaine Mirones écrivit au comptable Juan de Eguiluz, son agent à Mérida, se plaignant du fait et lui demandant de prier le provincial d’envoyer un autre religieux dire la messe et célébrer les Saints sacrements […]. Alors le père Fr. Juan Henriquez, né dans la ville de Cadix, fils légitime de D. Juan Henriquez de Várgas et de Da. Ines de Várgas par la nature, et par la religion fils du couvent de Mérida de notre sainte province, où il reçut notre saint habit en mille six cent quinze, proposa d’y aller de sa propre volonté […]. Ayant obtenu l’autorisation et avec la bénédiction de son prélat, il partit de Mérida en se recommandant à Dieu de tout son cœur. Il prépara sa conscience à tous les risques qui pouvaient mettre sa vie en péril parce qu’il savait qu’il était en danger de ne pas revenir : car le père Fr. Juan Berrio avait dit que les indiens de Sacalum étaient exaspérés par le comportement du capitaine et des soldats qui étaient là-bas. Finalement il parvint à Sacalum et fut reçu avec grand plaisir par tout le monde […]."

 

Les indiens de Sacalum se révoltent contre les espagnols

"Le deux février mille six cent vingt quatre, fête de la Purification de la Mère de Dieu, le capitaine et les soldats allèrent à l’église sans plus d’armes défensives que s’ils se trouvaient dans la ville de Mérida (souvent, une imprudente et trop grande confiance attire le malheur), laissant un seul soldat monter la garde et surveiller les armes. Les indiens trouvèrent l’occasion idéale pour exécuter leur projet : ils allèrent au corps de garde, maîtrisèrent le soldat en poste et se rendirent maîtres des armes. De là ils allèrent à l’église, le visage peint (ce qui rend impossible de les reconnaître), poussant de grands cris de guerre, et comme les espagnols étaient dépourvus d’armes défensives ou offensives, les indiens les prirent comme s’il s’agissait de pauvres estropiés. Le père Fr. Juan Henriquez n’avait pas encore fini sa messe ; se doutant de ce qui se passait à cause du bruit, il consomma les espèces sacramentelles et s’adossant à l’autel il fit face à la foule au moment où on attachait les espagnols afin de les tuer. Alors le père Fr. Juan demanda à celui qui commandait les indiens – c’était un prêtre de leurs idoles nommé Ah Kin Ppol - de leur faire grâce de mourir comme des chrétiens et de les laisser se confesser. Ils le firent tous, avouant leurs péchés à haute voix et aussitôt Ah Kin Ppol alla vers le capitaine Francisco de Mirones (attaché à l’un des poteaux de l’église qui portent la toiture de paille, côté épître) et lui ôtant la dague qu’il avait à la ceinture, lui en donna un coup si violent dans la poitrine qu’il y ouvrit une bouche où enfonçant la main il lui arracha le cœur. Il procéda de la même façon avec les autres."

 

Ils massacrent Fray Juan Henriquez et les autres espagnols

"Entretemps d’autres indiens avaient attaché le père Fr. Juan habillé comme il était à un autre poteau face à celui du capitaine, côté évangile, et les indiens voulaient le libérer et le laisser en vie ; mais le sacrilège endurci Ah Kin Ppol, sans un mot, s’en approcha et lui donna un coup de poignard comme il avait fait au capitaine, lui arrachant le cœur. Il ne cessa jusqu’à ce moment de leur parler avec passion, leur démontrant l’impiété qu’ils commettaient avec ces meurtres et les erreurs de leurs idolâtries, comme en témoignèrent ensuite plusieurs de ces délinquants, qui furent arrêtés et châtiés. Ils jetèrent les corps du père Fr. Juan et du capitaine dans une fosse de terre blanche, les laissant là. Ils portèrent les autres au croisement du chemin par où devaient passer les autres espagnols et les laissèrent cloués chacun à un pieu ; ensuite ils brûlèrent le village et s’enfuirent dans les bois." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatan, livre 10, chapitre 3)

 

Un frère franciscain tué par les indiens, dans "Cabeza de Vaca", un film mexicain de Nicolas Echevarría (1991)

 

Déclaration du capitaine Juan Bernardo de Casanova :

« Le 29 janvier 1624, accomplissant les ordres royaux, il parvint au village et au camp de Sacalum, où il vit, au deuxième carrefour, huit personnes défuntes, dont deux femmes, et semble-t-il plusieurs espagnols parmi eux, dont deux qu’il connaissait, María de Molina, mulâtre, Juan de Valdés, enfant âgé de douze ans, et Juan de Sevilla, trouvés tous sans tête et apparemment il y avait plus de corps que de têtes ; ces défunts étaient cloués au sol par l’anus et les deux femmes par leurs natures. En continuant, il vit une mule brûlée, qu’il crut être celle du capitaine Francisco de Mirones. Plus loin il se trouva devant l’église, les maisons et le camp incendiés.

Le 10 février ils revinrent à Sacalum et trouvèrent, près de la croix de l’entrée, trois corps cloués au sol par l’anus, grillés et brûlés, et ils reconnurent l’un d’entre eux, un soldat espagnol nommé Juan de Valdés et un mulâtre appelé Juan de Sevilla, dont les têtes étaient au pied de la croix avec huit autres, soit un total de dix, parmi lesquelles celles de deux femmes et d’un autre espagnol, que plusieurs soldats affirmèrent être celle de Juan de Lizardo, les autres étant des têtes d’indiens.

Plus loin ils trouvèrent tout le camp brûlé, ainsi que l’église et toutes les maisons ; ils s’arrêtèrent à l’église pour prier et ils y trouvèrent une fosse où il y avait quatre cadavres d’espagnols sans tête, brûlés et cloués au sol ; dans une autre fosse près du camp il y avait d’autres corps d’espagnols sans tête et plus loin d’autres corps de femmes, et en plusieurs endroits de ce camp de nombreux corps brûlés et enfouis dans la cendre, les seuls corps complets appartenant à des indiens.

En face de la maison qu’on disait être celle du capitaine et chef, il y avait un théâtre fait de branchages et à l’intérieur une idole et beaucoup de copal brûlé et au dessous plusieurs branches et feuilles pleines de sang, frais à première vue, les poteaux des soldats enduits de sang, et il semblait donc y avoir eu un sacrifice à cet endroit ; des potences étaient installées en plusieurs endroits et on voyait sur la place deux mules et un cheval brûlés, sans compter d’autres bêtes dispersées dans le camp, brûlées et hérissées de flèches. Ils trouvèrent aussi des canons, des escopettes, et des arquebuses brûlées, sans remontoir ni fût, et plusieurs petites armes blanches brûlées, dont ils firent l’inventaire. Ils ne purent établir si le capitaine Francisco de Mirones y Lascano se trouvait parmi les morts qui étaient décapités. Par la suite on ordonna d’enterrer les corps.

Dicté et signé par Juan Bernardo Casanova. Sur ordres, Juan Xiraldo de Biruez."

"Le chef d’escouade Bonifacio de la Mora déclara sous serment qu’un des corps sans tête, au côté gauche ouvert, parce qu’on lui avait sans doute arraché le cœur, les pieds et les mains liés et vêtu d’une tunique, le corps brûlé et retourné, était celui du capitaine et chef Francisco de Mirones et qu’il le reconnaissait car il l’avait vu souvent nu, l’ayant servi pendant deux ans, bien qu’aucune des têtes qui étaient sur place ne lui appartenait.

Il a déclaré être âgé de cinquante ans et a signé avec Son Excellence. Juan Bernardo Casanova, Bonifacio de Mora. »

 

La Guerre des Castes, 1847-1855, les Mayas rebelles attaquent le fort de Bacalar (peinture de Manuel Villamor dans l'hôtel de ville de Corozal, Belize)

 

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

http://moines.mayas.free.fr/

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Le couvent d'Oxkutzcab dont Fray Juan de Santa Maria était gardien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oxtankah, près de Chetumal, ruines d'une chapelle ouverte construite par les Franciscains, au XVIème siècle, dans le site maya

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le couvent d'Hecelchakán, point de départ de Fray Diego Delgado

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fray Diego Delgado, peinture du XVIIème siècle, église San Salvador, Pedroche, près de Cordoue (Espagne)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un bras du Rio Hondo, frontière entre le Belize et le Mexique, à Santa Cruz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcelo Jiménez Santos : la révolte des Mayas, Musée de la guerre des Castes, Tihosuco