Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

LA ROUTE DES COUVENTS

DU YUCATAN

AU XVIème SIÈCLE

 

 

 

 

Tekit, Yucatan, église Saint Antoine de Padoue

 

En septembre 1584, Fray Alonso Ponce, Commissaire Général de l’Ordre de Saint François, débarqua à Veracruz, chargé d’inspecter les couvents franciscains de la Nouvelle Espagne.

Pendant presque cinq ans, il voyagea dans la plus grande partie du territoire mexicain et pour effectuer sa mission alla jusqu’à la ville de Granada au Nicaragua. Il visita cent soixante six couvents appartenant aux six provinces franciscaines et quelques-uns relevant des autres ordres : huit des Dominicains, cinq des Augustins et trois des Jésuites. Il parcourut au total 2.557 lieues (près de 10.000 kilomètres).

Son secrétaire était Antonio de Ciudad Real, un des frères qui accompagnèrent Diego de Landa quand celui-ci revint au Yucatan en 1573 et qui connaissait la géographie, les coutumes et les traditions de la péninsule, en plus de savoir la langue maya.

Afin de rendre compte des péripéties du voyage, Antonio de Ciudad Real écrivit son « Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España ». La partie du traité relative au Yucatan est parmi les plus riches en informations.

Voici le récit du marathon des deux frères franciscains sur l’actuelle « route des couvents » du Yucatan.

 

L'itinéraire d'Alonso Ponce, d'Uxmal à Mérida

 

Fray Alonso Ponce visite les ruines mayas d'Uxmal

"Le mardi 13 septembre (1588) le père commissaire (fray Alonso Ponce) partit de Calkiní à deux heures du matin, et délaissant le chemin qui va à Mérida, prit celui de Maní et d’Oxkutzcab ; après avoir parcouru six lieues de bon chemin, il parvint de bonne heure aux cabanes et aux maisons de paille que les indiens relevant du couvent de Maní, dirigés par le gardien du monastère, avaient construites auprès des édifices antiques connus dans la région sous le nom d’Uxmal. On l'y reçut très bien, on l’hébergea avec charité et largesse ; il y resta tout le jour et vit plusieurs de ces édifices dont on dira quelque chose dans ce récit, tant ils sont remarquables."

"En allant vers le nord à partir des cabanes où on avait hébergé le père commissaire, comme il a été dit, et à quelque vingt lieues au sud de la ville de Mérida, se trouve un ku ou mul très haut, construit à mains d’homme, auquel on monte avec énormément de difficulté, par cent cinquante degrés de pierre très raides, dont beaucoup sont dégradés par le temps. Au sommet de ce mul est édifiée une grande maison renfermant deux pièces voûtées et maçonnées, dont la façade de pierre est richement sculptée ; jadis, on hissait jusqu’à ces chambres les indiens qui devaient être sacrifiés et une fois là, on les tuait et on les offrait aux idoles. Le père commissaire escalada ce mul aussitôt arrivé, ce qui effraya ses compagnons, parce que la plupart n’osèrent pas le faire ou ne purent y parvenir bien qu’ils l’aient tenté." (...) (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLI)

 

La pyramide du Devin, à Uxmal, que gravit Alonso Ponce (2 octobre 2016, Irving Villa vainqueur de la course à pied annuelle Uxmal-Muna)

 

"Les indiens ne savent pas vraiment qui construisit ces édifices, ni quand ils furent construits, bien que certains d’entre eux prétendent en avoir une idée, avançant des hypothèses fabuleuses et des inventions, mais rien de cela ne convient ni ne donne satisfaction ; la vérité est qu’ils ne connaissent que le Uxmal d’aujourd’hui et un vieil indien instruit et bien informé affirma au père Commissaire qu’au dire de ses ancêtres, on savait qu’ils avaient été édifiés voici plus de neuf cents ans. Les indiens de l’époque devaient être habiles et très forts et sans aucun doute ils furent très nombreux à travailler sur le chantier ; il est certain qu’ils habitèrent dans ces édifices et qu’il y eut une population très importante tout autour, comme le montrent à présent les vestiges et les restes de beaucoup d’autres constructions visibles au loin ; mais le père Commissaire ne put s’en approcher à cause de la forêt épaisse et impénétrable qu’il n’était pas possible d’ouvrir et de dégager pour les atteindre. Aujourd’hui ces bâtiments ne servent que de domicile et de nid pour les chauve-souris, les hirondelles et les autres oiseaux : ils sont remplis de leurs déjections et dégagent une odeur plus pénible qu’agréable. Il n’y a pas de puits ici et les paysans de la région doivent apporter leur eau pour boire, la tirant de quelques réservoirs d’eau de pluie situés sur le territoire ; on peut présumer que ces habitations furent abandonnées par manque d’eau mais certains disent le contraire et pensent que les habitants s’en allèrent ailleurs, après avoir bouché les puits existants." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLII)

 

Il traverse Muná

"A deux lieues et demie de là (Uxmal) se trouve un joli village dépendant du couvent de Maní, nommé Muná, où on récolte un miel très réputé que les espagnols, en déformant le nom, appellent miel de Mona. Les indiens du village vinrent accueillir le père commissaire, accompagnés de ceux de Maní, qui sont dans la même circonscription (guardianía) et viennent cultiver des champs tout près de leurs habitations, du côté du nord, comme le font les indiens de Calkiní du côté du sud, car les terres y sont très riches." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLII)

 

En traversant le village de Muná...

 

Fray Alonso Ponce inspecte le couvent d'Oxkutzcab

"Le jeudi quinze septembre il partit à l’aube de ce village (Puztunich) et après avoir marché pendant deux bonnes lieues sur un chemin plat, le long de cette petite chaîne de montagnes (la sierra Puuc), il arriva de bonne heure pour dire la messe au village même d’Oxkutzcab et à son couvent : il y fut très bien accueilli et on lui fit une très grande fête. C’est un grand village, peuplé aussi d’indiens mayas ainsi que les autres villages de la circonscription ; tous sont des gens très dévots. Il est construit dans une plaine, au pied de la montagne et il dispose de deux norias, d’où on tire l’eau pour l’approvisionnement de tout le village. Les indiens se présentèrent avec des cadeaux de poules, d’iguanes, d’œufs, de melons et de miel. Le couvent (dont le patron est notre père Saint François) est une petite maison, sans cloître, neuve et bien bâtie, en maçonnerie, très agréable et bien tenue, avec quatre cellules en haut et une salle où est placé le très saint sacrement. Dans l’atrium, bordé d’orangers, il y a, comme dans les autres couvents, un bel abri de branchages (ramada) pour les indiens, avec sa chapelle, sa tribune et sa sacristie. Le jardin du couvent est petit et vient d’être aménagé ; il est planté d’orangers, d’avocatiers, de goyaviers, de bananiers et de zulumuyes et il est irrigué, ainsi que le potager, avec l’eau qui provient d’une des deux norias du village. Deux religieux vivaient là ; le père commissaire leur fit sa visite et resta avec eux ce jour-là et le jour suivant." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLIII)

 

Le couvent d'Oxkutzcab aujourd'hui (20 novembre, Jour de la Révolution)

 

Il passe une semaine à Tekax

"Le samedi dix-sept septembre, il quitta Oxkutzcab, un peu avant le jour, et après avoir marché pendant trois lieues, sur un chemin plat, près de la montagne en question mais un peu à l’écart, il arriva très tôt au village et au couvent de Saint Jean Baptiste de Tekax pour célébrer la messe. Le cacique s’avança sur presque une lieue pour l’accueillir, en compagnie des chefs, de nombreux autres indiens et d’une multitude d’enfants qui firent fête au père commissaire jusqu’au couvent, poussant des cris et faisant grand bruit, se lançant des oranges les uns sur les autres en parant les coups avec des boucliers en osier. Il y eut aussi deux danses à la façon des espagnols et une autre menée par des enfants au visage peint en noir, représentant les démons : on leur chantait des cantiques avec accompagnement d’orgue et lorsqu’ils entendaient le nom de Jésus, ils se jetaient à terre, pris de tremblements, faisant des grimaces et des gestes en signe de peur et d’épouvante. A la porte de l’atrium il y avait une foule de gens, hommes et femmes, innombrable, formant une grande procession, avec de nombreuses croix et civières et force musique de flûtes et de trompettes ; et en arrivant, il fut reçu avec faste, solennité et dévotion. Les indiens, chefs ou simples particuliers, vinrent ensuite avec des présents de poules, de miel, de melons, d’avocats, de zulumuyes, et ils le firent non seulement ce jour-là mais chaque jour qu’il passa chez eux. Ce grand village est peuplé d’indiens mayas, comme les autres villages du ressort du couvent ; il est construit tout près de la montagne, dans une plaine où poussent de nombreux arbres fruitiers typiques des Indes, de la terre chaude ; il dispose de deux norias d’où on tire l’eau pour l’approvisionnement de tous. Le couvent est une petite maison en maçonnerie, sans cloître, renfermant les cellules nécessaires et une autre pièce pour le très saint sacrement, semblable à celle d’Oxkutzcab. Les indiens ont une ramada, très grande et bien faite, recouvrant une belle chapelle, les deux situées dans l’atrium, qui est entouré d’orangers et a encore quatre chapelles, chacune dans l’un de ses angles. Le jardin du couvent est beau et de grande dimension et on y trouve beaucoup d’orangers, de goyaviers, d’avocatiers, de sapotilliers, de bananiers, de zulumuyes, de pitahayas et un très beau cocotier ; tout cela, plus le potager, est irrigué avec l’eau qui provient de l’une des deux norias du village. Deux religieux habitaient là ; le père commissaire fit son inspection et resta avec eux pendant cinq jours, tant pour des affaires à traiter que parce qu’il était indisposé." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLIII)

 

Le couvent de Tekax a été entièrement restauré

 

Antonio de Ciudad Real explore une caverne

"A trois quart de lieue de ce village de Tekax, entre l’est et le sud, il y a une grotte magnifique et remarquable qui, si elle était située en Espagne serait mieux appréciée qu’elle ne l’est là où elle se trouve, car l’endroit est idéal pour un ermite ou un religieux qui voudrait vivre dans la solitude et se livrer à la contemplation, et si on veut simplement se distraire, il est aussi très adapté. Cette grotte est sous la montagne déjà décrite, que l’on traverse en venant de Tekax pour arriver à l’entrée. (…) La grotte a deux galeries, l’une plus longue que l’autre ; à l’intérieur il y a de nombreuses salles voûtées, les unes plus hautes et spectaculaires que les autres. (…) Il en existe où l’eau qui s’infiltre du haut se fige en prenant différentes formes, façonnant des draperies argentées très élégantes, tels des tissus ou des vêtements tombant des épaules en formant des plis superbes. Du fait de cette eau qui s’infiltre et durcit, il y a en d’autres endroits de nombreuses grappes qui pendent et beaucoup d’entre elles ont déjà rejoint le sol ; on passe ainsi entre les unes et les autres et si on les frappe avec une pierre elles résonnent comme si elles étaient en marbre. Il y a tant de ces piliers qu’ils ressemblent à ceux, très nombreux aussi, de la vieille église de la ville de Cordoue, qui était autrefois une mosquée maure." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLIII)

 

Le couvent de Mani (août 2015)

Pour le séjour à Maní d'Alonso Ponce et d'Antonio de Ciudad Real, voir la page "un franciscain architecte, Fray Juan de Mérida"

Un franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

 

Fray Alonso Ponce à Mayapán

"Dans le ressort du couvent, près d’un village de mission appelé Telchac, existait autrefois une ville très peuplée, nommée Mayapán (…) A sa place même, on voit aujourd’hui de nombreux soubassements et pans de murs de maisons en maçonnerie, beaucoup de muls ou de temples des idoles, et en particulier une pyramide très haute à laquelle on accède par quatre escaliers en pierre aux marches petites mais très larges, orientés chacun vers l’un des quatre points cardinaux. Il y a, en haut de cette pyramide, une maison maçonnée, couverte d’une voûte, avec de petites alcôves, où dit-on les prêtres entraient pour adorer les idoles. A proximité de la base de ce même mul, il y a un cenote très profond, avec une pierre très lisse en guise de margelle, depuis laquelle (paraît-il) on poussait ceux que l’on sacrifiait aux dieux. C’est évident, il y eut en cet endroit une grande agglomération dans les temps passés." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLIV)

 

La grande pyramide de Mayapán

 

Sur la route des couvents, à Mamá, Tekit et Homún

"Le lundi vingt-six septembre, le père Commissaire partit de Maní de très bonne heure et après avoir marché sur deux lieues d’un chemin assez rocailleux, il arriva, avant que le jour se lève, dans un beau village de la même circonscription nommé Mamá. Les indiens le reçurent avec de nombreux arcs de triomphe de feuillage, force luminaires, sons de flûtes et plusieurs danses ; il les remercia et continua sa route. Une fois le jour levé, après avoir parcouru une lieue de plus sur le même chemin, il parvint à un autre village, dépendant aussi du couvent de Maní, appelé Tikit, où on lui fit le même accueil, avec un grand concours d’indiens et d’indiennes. Près de l’église de ce village, il y a une fosse très profonde conduisant, en bas, à une sorte de grotte ou de concavité remplie d’eau, qui sert à tout le village. Les indiennes devaient y descendre à grand’ peine et se mettre en danger pour la puiser ; alors un moine gardien de Maní fit faire trois escaliers de pierre allant jusqu’au fond, que l’on monte et descend aujourd’hui aisément, sans aucun danger. Le père Commissaire traversa le village et s’avança de façon à arriver pour manger au couvent de Humún, qui est à cinq lieues de là. Après avoir marché pendant deux lieues et demie sur un chemin très difficile, il arriva au début de l’après-midi à un point d’eau ou un cenote appelé Ochil, où il y eut autrefois un village d’indiens. Le cacique d’Humún et beaucoup d’autres habitants du village attendaient là et tenaient prêt le déjeuner du père Commissaire, dans un abri de branchages construit à cette fin ; ce déjeuner lui servit de repas pour la journée. Il resta à cet endroit pendant environ une heure et poursuivant son voyage, après avoir marché encore deux lieues et demie sur un chemin un peu meilleur, il parvint très fatigué et même épuisé au village et au couvent susdit d’Homún, où on lui fit une très belle réception avec beaucoup de peuple, plusieurs danses, et des indiens masqués imitant, à s’y tromper, le chant d’oiseaux nocturnes de la région, tout en dansant et en faisant des gestes et des pitreries très réussies ; il y eut des airs de flûtes et de trompettes, et beaucoup d’indiens à cheval défilèrent. Ce village est de taille moyenne, peuplé d’indiens mayas, comme les autres villages de la région ; les chefs de tous ces villages vinrent offrir des poules et quelques régimes de bananes. Humún possède une noria dont on tire l’eau pour tout le village et il y a dans les environs plusieurs cenotes où on trouve beaucoup de poisson-chats.

"Du couvent, dédié à Saint Bonaventure, était achevé le cloître bas, quatre cellules en haut et une autre où se trouve le très Saint Sacrement, le tout bâti de pierre et de chaux ; il a un petit jardin avec quelques orangers et sapotiers, avec un puits à l’intérieur d’où on tire l’eau à force de bras ; il y a une ramada et une chapelle pour les indiens comme dans les autres villages. Deux religieux y demeuraient ; le père Commissaire vint les visiter et resta avec eux ce jour-là et le jour suivant." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLIV)

 

Le couvent de Homún, de nos jours

 

Une marche de trente-six kilomètres, d'Hocabá à Mérida

"Le mercredi vingt-huit septembre, le père Commissaire quitta Humún le jour venu ; ayant parcouru deux lieues de bon chemin il arriva de bonne heure pour dire la messe au village et au couvent de Saint François d’Hocabá, où il fut très bien accueilli avec des décors de feuillage et des danses ; de nombreux indiens à pied et à cheval sortirent du village, formant un cortège pittoresque et, il y avait devant l’église un grand rassemblement, beaucoup de croix et de bannières et un concert de flûtes et de trompettes. C’est un petit village, habité par des indiens mayas comme toute la contrée. Il dispose d’une noria et d’une fontaine d’où on tire l’eau au bénéfice de tous les habitants ; une petite partie de cette eau entre dans le couvent pour irriguer son potager et pour l’usage de la maison. Le couvent est un simple logement avec quatre cellules en haut, un réfectoire et des locaux en bas, le tout maçonné ; il a aussi une salle basse où on conserve le très Saint Sacrement ; la chapelle et la ramada des indiens se trouve à côté. Deux religieux vivaient là ; le père Commissaire les visita et demeura avec eux ce jour-là et le jour suivant.

 

L'église d'Hocabá

 

"Le vendredi 30 septembre, le père Commissaire partit d’Hocabá si tôt qu’il était à peine minuit ; il marcha trois lieues d’un chemin plat et carrossable et parvint à un minuscule village, dépendant du Gardien d’Hocabá, nommé Ciyé. Les indiens l’accueillirent, malgré l’heure tardive, avec des luminaires et des danses ; il les remercia et continua son voyage. Cinq lieues plus loin sur le même chemin, il arriva le même jour, avant que le soleil paraisse, à un autre petit village appelé Tecanantzil, dépendant du couvent de Mérida, où il fut très bien reçu. Après s’être reposé pendant à peu près une demi heure dans l’église, il poursuivit son labeur et ayant parcouru encore une lieue sur le même chemin, il alla de très bonne heure, pour dire la messe, au couvent de Mérida et prit tant les moines au dépourvu qu’ils ne se rendirent pas compte de sa présence avant son entrée dans le monastère. Car ils n’auraient jamais pensé ni même imaginé qu’il allait arriver si tôt après un voyage de neuf lieues ; et ce qui les impressionna le plus, ce fut de le voir dire la messe après une veille si longue et un parcours de tant de lieues. Le père Commissaire fit un sermon le jour de la fête de notre père Saint François, ici-même, dans notre couvent ; l’évêque, le gouverneur et toute la ville l’entendirent et tous furent très satisfaits de sa prédication ; on célébra la fête avec beaucoup de solennité et d’allégresse spirituelle. Ensuite on visita le couvent, le dernier qui restait à inspecter, et dans ce but, ainsi que pour traiter d’autres affaires concernant la province, le père Commissaire s’attarda à Mérida jusqu’au quinze octobre, jour où devait avoir lieu l’élection du Provincial et des Définiteurs." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, Chap CLV)

 

L'un des marchés de Mérida, le marché Lucas de Gálvez, sur l'emplacement du couvent des franciscains

 

Antonio de Ciudad Real à Mérida

"La ville est à dix lieues de la mer et d’un port nommé Sisal, où l’on décharge les marchandises importées d’Espagne et beaucoup d’autres provenant de Mexico, et de là on les transporte en charrette ou à dos de mules jusqu’à Mérida ; dans la langue des indiens, la ville s’appelle Tiho car elle est fondée sur le site d’un ancien village portant ce nom. (…)

"Dans les environs de cette ville il y a de grandes savanes et des pâturages, où sont installées de nombreuses fermes d’élevage de vaches et de brebis, puisqu’il y a assez d’herbe pour tous ces troupeaux ; pour les abreuver on a creusé des puits très profonds et des bassins et on tire l’eau au moyen de norias.

"Notre couvent est à proximité de la ville, construit sur un ancien temple maya : une partie de l’édifice est même installée sur les anciennes constructions des indiens. Il est entièrement construit de pierre et de chaux, avec son cloître à étage, ses dortoirs et ses cellules. Il dispose d’un beau jardin, qui donne en quantité des oranges, des citrons verts et des citrons, des bananes, des avocats, des sapotes et des sapotiers, des fruits de la passion, des fruits du dragon, des goyaves, des dattes et des abricotiers de Saint Dominique ; il y a aussi quelques canéficiers dont on n’utilise pas la casse, alors que leurs fleurs sont utiles pour faire une potion qui sert de purge très efficace: tous ces fruits et légumes sont arrosés avec de l’eau puisée par une noria.

"Notre couvent a une église couverte d’une voûte en berceau, fermée par un grand arc, et une chapelle majeure ornée d’entrelacs de pierre de taille; dans cette chapelle sont suspendus et conservés les drapeaux que portaient les Espagnols quand ils firent la conquête de la province.

"Presque tous les frères qui sont morts dans notre province sont enterrés dans cette même chapelle ; en effet, ce couvent est le plus important et commande tous les autres : les chapitres, les réunions et les rassemblements s’y tiennent et comme il fait office d’infirmerie pour toute la province, tous viennent ici pour se faire soigner, si bien que la plupart de ceux qui meurent, meurent dans cette maison. Parmi les nombreux frères qui y sont enterrés, il y en a trois particulièrement remarquables, pour avoir été de grands serviteurs de Dieu et avoir eu des vies des plus exemplaires : on dira ici quelques mots de chacun d’entre eux, pour la gloire de Dieu et l’édification de ceux qui pourraient les lire ; et en premier lieu, on parlera du Saint Evêque Don Fray Diego de Landa."

(Antonio de Ciudad Real, De la ville et du couvent de Mérida au Yucatan, et de quelques frères qui y sont enterrés.)

 

Mérida, 14 avril 2015, découverte de la noria de l'ancien couvent franciscain d'Antonio de Ciudad Real, enterrée sous le marché Lucas de Gálvez

 

Mérida, d'après Antonio de Alcedo, 1786 :

"Il existe une autre ville ayant le même nom, Mérida, capitale de la province et du gouvernement du Yucatan, Amérique du Nord et Royaume de Nouvelle Espagne, fondée par le Capitaine Francisco de Montejo en 1542. Elle est bien située et bien bâtie, les rues larges et rectilignes d’est en ouest, recoupées par d’autres, de façon à délimiter des cuadras uniformes ; sa place centrale est de grande dimension et on y accède par huit rues : l’église cathédrale, l’une des plus belles de Nouvelle Espagne, occupe l’un de ses côtés, celui de l’est ; l’autre, au nord, accueille les maisons du Gouverneur et celui de la partie sud les maisons imposantes que construisit son fondateur. Le sol de la ville est si plat et égal que les rues n’ont pas la moindre pente permettant l’écoulement des eaux, si bien qu’il a fallu creuser de nombreux puits pour les recueillir. La ville est siège d’un évêché institué en 1518 ; elle a deux desservants pour l’administration des sacrements, l’un pour les Espagnols, l’autre pour les Indiens, qui s’occupent en même temps des cinq villages ou quartiers de la ville, Saint Jacques, Sainte Anne, Sainte Lucie, Sainte Catherine et Saint Sébastien. Elle dispose de deux couvents de religieux de Saint François, l’un nommé Le Grand, qui est magnifique et l’autre l’Eglise de Notre-Dame de la Mejorada, construite sur le modèle de celle de Doña María de Aragón de Madrid. La paroisse des Indiens, Saint Christophe, est à côté. Il y a enfin un hôpital de Saint Jean de Dieu, qui était auparavant collège des Réguliers de la Compagnie interdite et un monastère de religieuses. Sa population compte seulement 400 citoyens, très diminués à cause d’une épidémie intervenue en 1548, mais s’accroît en revanche en nombre de métis, de mulâtres et de nègres.  La ville est à 22 lieues de la côte du Golfe, à 99 grades, 30 minutes de longitude et 30 grades 10 minutes de latitude." (Antonio de Alcedo, Diccionario geografico-histórico de las Indias Occidentales o América: es a saber: de los Reynos del Peru, Nueva España, Tierra Firme, Chile y Nuevo Reyno de Granada. Madrid, 1786/89)

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

http://moines.mayas.free.fr/

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Antonio de Ciudad Real, "Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España. Relación breve y verdadera de algunas cosas de las muchas que sucedieron al padre fray Alonso Ponce en las provincias de la Nueva España siendo comisario general de aquellas partes", México, Universidad Nacional Autónoma de México, 1976

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Uxmal : le Palais du Gouverneur (été 2014, les archéologues de l'INAH -Instituto Nacional de Arqueología e Historia- ont découvert une arche datant de la période Puuc Temprano, 670 à 800 ans après  Jésus-Christ, enterrée sous le bâtiment)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tekax, la ville photographiée depuis la chapelle de San Diego

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La grotte Chocantes, une des vingt grottes des environs de Tekax

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un chemin dans la brousse épaisse du Yucatan

 

 

 

 

 

 

Quelques repères sur la vie de fray Alonso Ponce (1527 (?) – 1592)

Premier mai 1584. Fray Alonso Ponce de León, gardien du convent de Notre Dame du Castañar, confesseur et prédicateur de la Province de Castille, est nommé commissaire général de la Nouvelle Espagne par fray Francisco de Gonzaga, ministre général de l'ordre franciscain. Il avait alors plus de  57 ans.

1584 – 1588. Ponce et son secrétaire, Antonio de Ciudad Real, visitent un nombre incroyable de villages et de couvents, franciscains ou relevant d'autres ordres, compris entre le Nayarit et le Nicaragua.

Son inspection de la Nouvelle Espagne suscita la polémique et il commença à rencontrer des difficultés dès son arrivée à Mexico. Le provincial de Mexico (province franciscaine du Saint Evangile), fray Pedro de San Sebastián et ses compagnons (parmi lesquels fray Bernardino de Sahagún, définiteur) lancèrent une campagne de faux bruits et de calomnies contre lui, disant notamment qu'il avait l'intention de promouvoir les frères venant d'Espagne au détriment des créoles nés au Mexique.

Ils lui interdirent d'entrer dans la province et dressèrent contre lui le nouveau vice-roi, le marquis Alvaro Manrique de Zúñiga et l'Audience de Mexico ; ils parvinrent à faire reconduire Ponce à San Juan de Ulúa (Veracruz) afin de l'embarquer pour l'Espagne quand il refusa de quitter la province du Saint Evangile et de lever l'excommunication qu'il avait prononcée contre eux.

16 février 1588. Fray Alonso Ponce et fray Antonio de Ciudad Real s'embarquent à San Juan de Ulúa, chassés de la Nouvelle Espagne. Le 9 juillet, après un séjour à Cuba, ils débarquent sur la péninsule du Yucatán dans le but d'inspecter la province franciscaine de Saint Joseph.

6 février 1589. Ils s'embarquent dans le port de Campeche en direction de Veracruz pour rencontrer le nouveau commissaire général de Nouvelle Espagne, fray Bernardino de San Cebrián.

13 juin 1589, Ils se réembarquent à San Juan de Ulúa pour rejoindre l'Espagne. Le 26 octobre ils arrivent à San Lúcar de Barrameda.

1589 – 1592. Fray Alonso Ponce fut élu gardien du couvent de Alcalá de Henares. Le duc del Infantado le choisit comme confesseur et l'emmena avec lui à Guadalajara (Castille-La Manche) où il mourut. A sa mort, il devait être âgé de 65 ans, plus ou moins.