Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 
 

 

UNE

ÉVANGÉLISATION

AUTORITAIRE

 

 

 

 

Les Frères franciscains n'avaient pas le moindre doute sur l'opportunité de convertir les indiens. L'époque n'était pas à la tolérance religieuse : la réforme protestante va déboucher sur des guerres de religion, dans toute l'Europe. La foi de ces religieux les assure que le baptême permettra aux indigènes d'accéder à la vie éternelle. Ils sont convaincus de livrer une lutte sans merci au diable qui est l'inventeur des divinités précolombiennes. Ils espèrent créer en Amérique une nouvelle chrétienté indienne exempte des défauts des chrétientés européennes.

 

Les conversions forcées. Chetumal, peinture murale dans le bâtiment du Congrès du Quintana Roo, par Elio Carmichael, "Forma, color e historia de Quintana Roo."

 

Voici les Franciscains en action au Yucatan, auprès des indiens mayas, selon les écrits de Diego López de Cogolludo :

 

Les Franciscains travaillent ardemment à la conversion des Mayas

"La conception selon laquelle nos premiers pères fondateurs de cette province (le Yucatan) organisèrent le gouvernement spirituel des indiens fut très élevée et la mise en oeuvre ne l’est pas moins et le reste, de tout ce qui contribue à leur parfaite christianisation et au bien de leurs âmes : je peux le confirmer puisque tous ceux qui ont été au Yucatan l’ont vu et le voient de leurs yeux. Avec un zèle remarquable en leur faveur, ces pères vont dire la messe dans chaque village, les jours de fêtes où les indiens sont obligés à l’entendre, leur prêchant à chaque fois le saint évangile du jour, ce qui représente une lourde tâche, les exhortant à l’amour des vertus et à la détestation des vices. Cela ne coûte pas peu de travail aux missionnaires puisqu’il faudrait quatre fois plus de prêtres, aussi croyants que nous, pour que leur présence soit continue dans tous les villages ; mais l’amour qu’ils portent aux indiens et leur grand zèle au service des deux majestés divine et humaine, suppléent cette carence. La présence continue tant de prêtres que de religieux, on la trouve dans les endroits choisis comme centres et couvents, d’où ils rejoignent, les veilles de fêtes, les villages dont ils ont la charge ; et ils sont obligés le plus souvent de dire la messe dans deux villages, et parfois dans trois : travail qu’il faut avoir fait pour le mesurer, car en plus de cela dans chaque village ils administrent les saints sacrements du baptême, du mariage, de la pénitence, de l’eucharistie et de l’extrême-onction à ceux qui les demandent, portant le Très Saint Viatique chez les malades, avec la décence et la révérence voulue."

 

Ils rendent la messe du dimanche obligatoire

"Une fois la messe dite, on compte les fidèles au moyen de listes sur lesquelles sont inscrits tous les indiens des villages, en fonction de la répartition que j’ai décrite, grâce à quoi le missionnaire connaît ceux qui sont venus y assister. Cette opération a lieu sur les parvis extérieurs des églises, car voici vingt ans il y avait tant d’habitants qu’il était nécessaire pour faire ce décompte de sortir sur la place du village, qui est toujours mitoyenne de l’église : aujourd’hui la moitié des habitants ont disparu et c’est une pitié de voir cela. Chaque responsable (qu’on nomme Chunthan -ah chun than-) rend compte pour son quartier, qu’il a la charge de compter, et comme on les connaît on les retrouve à la sortie de l’église chacun à sa place, si bien que l’on sait aisément qui a manqué la messe. Le religieux en demande la raison, et le responsable la donne quand elle est légitime, qu’il s’agisse de maladie, ou d’absence du village, ou de fuite pour une destination inconnue (ce qui arrivait souvent et encore actuellement le nombre de ceux qui manquent de cette façon est considérable), mais en général le responsable sait où le trouver."

 

L'absence à la messe est punie sévèrement

"Mais quand quelqu’un manque sans motif valable, et que le responsable ne répond pas de lui, quelques assesseurs de la mission vont le chercher ; et une fois en présence de son père spirituel, s’il ne donne pas un motif suffisant pour son absence, le gouverneur, qui assiste au décompte, le punit, ordonnant de lui donner quelques coups de fouets, plus nombreux s’il a l’habitude de récidiver. Quand on ne les trouve pas sur le moment, on conserve leur nom, en gardant la petite ficelle que chacun reçoit à la sortie de la messe et un autre jour de fête, le missionnaire, sachant grâce à ce signe qu’il a manqué la fois précédente, lui rappelle sa faute et l’exhorte par une remontrance spirituelle à ne pas manquer l’église, et à ne pas donner aux autres, par son mauvais exemple, l’idée de faire de même." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 4, chapitre 17)

 

Portrait de Fray Diego de Landa dans la galerie des évêques de la salle capitulaire de la cathédrale de Mérida

 

On découvre un temple idolâtre à Mani

"Avec l’aide des religieux que le père Bienvenida avait amenés, et qui avaient déjà appris la langue des indiens, on avait donné le meilleur ordre à l’évangélisation : mais à l’heure même où le vénérable provincial (Diego de Landa) supposait que les idolâtries avaient été oubliées grâce à sa persévérance et à celle des autres moines, ils découvrirent quelle guerre le démon leur faisait. Quelques indiens du village de Mani se livraient à l’idolâtrie, rompant la promesse donnée lors de leur saint baptême, et bien que ce péché soit commis en secret, la majesté divine permit qu’on le découvrît et de proche en proche ceux, insoupçonnés, commis par d’autres en différents endroits, pour l’amendement des misérables égarés et l’édification de ceux qui ne l’étaient pas. Il y avait dans le couvent de Mani un indien, nommé Pedro Che, qui était portier. Un dimanche, il lui prit l’envie de sortir du village pour chasser les lapins, qui abondent dans cette région. Il sortit dans les rues qui alors ressemblaient plus à des sentiers forestiers qu’à des rues de village (car les indiens ne les débroussaillaient pas aussi soigneusement que maintenant) et les petits chiens qui accompagnaient l’indien, attirés par l’odeur, entrèrent dans une grotte et ressortirent en traînant un petit cerf  qu’on venait de tuer et d’arracher le cœur. L’indien étonné entra dans l’endroit d’où venaient les chiens et guidé par l’odeur de la fumée de copal (leur encens) parvint à l’intérieur de la grotte, où se trouvaient un autel et des tables bien décorées, avec de nombreuses idoles qui avaient été aspergées avec le sang du cerf, qui était encore frais. Effrayé par cela, parce que c’était un bon chrétien, il sortit de la grotte et le plus vite possible rendit compte de ce qu’il avait vu à son gardien, le père Pedro de Ciudad-Rodrigo, et ce dernier au provincial, qui était à Mérida."

 

Diego de Landa mène l'enquête

"Le zélé ministre fut affligé par cette faute commise par des fils qu’il avait régénérés dans le Christ et qui outrageaient son nom et sa religion et il alla en personne y porter remède, à la hauteur d’un si grand mal. Comme il était fin connaisseur de la langue de ces indigènes, il découvrit très vite qui était tombé dans ce péché, et fort de son autorité apostolique, faisant office d’inquisiteur, il procéda à une instruction juridique contre les idolâtres apostats de la foi et découvrit au cours de l’enquête d’autres idolâtries chez les indiens habitant l’est de la région, les Cupúles, Cochuaxes de Zotuta, Canules, et autres. Il constata que plusieurs indiens obstinés en secret dans leur idolâtrie, une fois décédés, avaient été enterrés en lieu saint et il ordonna de déterrer les corps et de jeter leurs ossements dans les bois."

 

Il organise un autodafé à Mani afin de punir les indiens

"Les preuves étant réunies, il décida de faire un autodafé public à la façon de l’inquisition, dans le village de Mani, pour effrayer les indiens, et afin de l’exécuter il requit la force publique auprès de l’Alcalde. Non seulement il le fit mais le jour fixé pour ce spectacle, il alla au village de Mani pour y assister et emmena avec lui presque toute la noblesse espagnole de la région, tant pour donner de l’importance à cet acte que pour parer à tout ce qui pourrait survenir. Ce jour-là une grande foule d’indiens s’était réunie pour voir une chose si nouvelle pour eux ; au cours de l’autodafé on lut les sentences et on châtia les idolâtres avec l’aide de la force publique ; toutefois quelques-uns des fanatiques du démon, impénitents, s’étaient pendus, craignant le châtiment, parce que certains d’entre eux semble-t-il étaient déjà relapses : leurs corps furent jetés dans les bois. Pour se prémunir de l’idolâtrie, il fit rassembler tous les vieux livres écrits en caractères mayas dont les indiens disposaient, afin de leur ôter toute possibilité de se rappeler leurs rites anciens : tout ce que l’on pu trouver fut brûlé en public le jour de l’autodafé, et les traces de l’histoire de leur passé furent effacées en même temps. Grâce à cela, on ne découvrit ni ne connut d’acte d’idolâtrie parmi les indiens pendant de nombreuses années, bien que les rivaux du bienheureux Père le décrivissent comme un homme cruel ; mais le docteur D. Pedro Sanchez de Aguilar, dans son « Mémoire contre les idolâtres de cette terre », eut un jugement bien différent sur cette action." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 6, chapitre 1)

 

Pedro Sánchez de Aguilar:

"Vers 1550 environ, quelques indiens de la Province, mais pas tous, abandonnèrent la Foi et retournèrent à l’idolâtrie ; Fray Diego de Landa, saint homme apostolique, énergique dans ses actions et ses propos, était alors Custode de son ordre et titulaire de l’autorité épiscopale en vertu de la Bulle OMNIMODA du Pontife Romain Alexandre VI et d’autres Brefs, en l’absence d’Evêque dans le diocèse à l’époque : il se dressa contre eux, poussé par un divin zèle et tel un nouveau Mattathias (Maccabées II) détruisit les autels des idoles, appréhenda ceux qui les adoraient, les fit fouetter et jeter en prison ; et lui et ses compagnons (dont les noms sont écrits dans le Livre de vie) éradiquèrent autant que possible ce péché par la force et la contrainte, de sorte que la peur s’empara des indiens pendant des années et non seulement ils abandonnèrent l’idolâtrie mais aussi les boissons (Balche) qu’ils prenaient au cours de leurs beuveries." (Informe contra los adoradores de ídolos del Obispado de Yucatán. Año de 1639. Pedro Sánchez de Aguilar)

 

L'autodafé de Mani, reconstitution

 

 

Francisco de Toral:

 

"En l’occurrence, il n’y a aucun homme cultivé parmi ces pères qui par ailleurs ne connaissent pas les indiens et n’ont pas assez de charité et d’amour de Dieu pour tolérer leurs défauts et leurs faiblesses ; ils soupçonnèrent quelques indiens, à partir de je ne sais quels indices, de revenir à leurs rites anciens et à leurs idolâtries et, sans plus de vérifications ni de preuves, commencèrent à les torturer, les suspendant à des poutres, au-dessus du sol, attachant à certains de grandes pierres aux pieds, mettant à d’autres de la cire brûlante sur le ventre et les fouettant sauvagement.

 

"Et une fois les aveux obtenus, ces pères les condamnaient aussitôt à tant de réaux d’amende, qu’ils empochaient, et à tant de coups de fouets et de travaux forcés au service des espagnols.

 

"Ils firent deux autodafés publics avec tout l'accompagnement de bannières, de processions, etc., au cours desquels ils imposèrent un grand nombre de san-benitos aux indiens qui venaient d’être baptisés ; ils les fouettèrent tous, les tondirent et les condamnèrent à trois, six ou dix ans de service et d’esclavage ; ils retirèrent les ossements des sépulcres, apportèrent vingt statues de leur dieu et les brûlèrent avec les os ; cela sans avoir procédé à des enquêtes ni réuni d’autres preuves que les dires des indiens torturés, lesquels étaient entièrement faux et inventés, comme j’ai pu le vérifier moi-même. Ils tenaient prisonniers plus de cent chefs indiens dans le monastère de la ville et continuaient à en arrêter pour faire un autodafé et les brûler tous, acte illégal et tout à fait disproportionné. Je me rendis moi-même dans la région et la trouvai de fait en ébullition, les indiens se voyant ainsi maltraités, arrêtés et exécutés ; je vis comment se comportaient les religieux et compris que tout cela était insensé ; alors je me saisis des procès, les vérifiai et constatai que tout était mensonge et faux témoignage : les indiens qu’on disait avoir été tués et cloués sur des croix, etc., je les trouvai vivants et en bonne santé. Et d’autres indiens confirmaient qu’ils étaient revenus sur leurs aveux, aussitôt après les avoir faits : ils disaient qu’ils les avaient faits par peur de la mort, car ils avaient vu mourir beaucoup de leurs compagnons sous les tortures et les religieux leur disaient qu’ils allaient mourir comme ceux-là, s’ils ne confessaient pas leurs péchés ; de cette façon, ces misérables avouaient tout ce qu’on leur demandait sans regarder si c’était à leur détriment ou non. (…)

 

"D’autres (indiens) qui étaient recherchés se pendaient, désespérés d’avoir avoué ce qu’ils n’avaient pas fait et de peur qu’à leur retour on recommence à les torturer jusqu’à ce qu’ils perdent la vie comme leurs compagnons, qui mouraient nombreux sous les tourments ou restaient estropiés. (…)

 

"Je dis tout cela pour que V. M. sache que ces malheureux indiens ont reçu des tortures en fait de prédication, qu’ils les ont fait désespérer au lieu de leur faire connaître Dieu et qu’ils les ont repoussés dans les forêts au lieu de les attirer au sein de notre mère la Sainte Eglise de Rome ; et le pire est qu’ils continuent à soutenir qu’on ne peut prêcher la loi de Dieu sans violence…" (Francisco de Toral, franciscain, évêque du Yucatan : Lettre à Philippe II, depuis Mérida, le 1er mars 1563)

 

 

 

Fête du nouvel an maya, 26 juillet 2015, devant la statue de Juan Nachi Cocom, à Sotuta, Yucatan

Juan Nachi Cocom, seigneur de Sotuta. Nachi Cocom mena la lutte contre l'arrivée des Espagnols. Il se soumit ensuite et devint l'un des principaux informateurs de Diego de Landa sur le calendrier et l'écriture maya. Il continua cependant à pratiquer en secret son ancienne religion, ainsi que son frère Lorenzo, qui lui succéda et fut contraint au suicide.

 

Acte d’accusation de Diego de Landa contre les indiens de Sotuta, 11 août 1562

 

« Dans le village dédié à Saint Pierre, village principal de notre province de Sotuta, confié en encomienda à Juan de Magaña, résident de la ville de Merida, lequel village est situé dans les limites et la juridiction de cette même ville, le onzième jour du mois d’août, en l’année de Notre Seigneur mille cinq cent soixante deux, le très magnifique et révérend maître Fray Diego de Landa, premier Provincial des provinces de notre Ordre et des monastères de Notre Seigneur Saint François qui y sont fondés, Juge Apostolique du Saint Office nommé par Sa Sainteté sur actes concédés et confirmés par Sa Magesté,

 

« Devant moi, Juan de Villagomez, son notaire, notaire apostolique dans tous les royaumes et possessions de Sa Magesté par nomination de Luis Sanchez, Secrétaire de la Couronne, en application de bulles de Sa Sainteté lui concédant capacité à nommer notaires et autres offices :

 

« L’Honorable Fray Diego de Landa a dit que depuis qu’il séjournait dans ce village et dans la province afin de punir les idolâtres qui y étaient et y sont encore, il a été informé et confirme qu’il y a eu de grands sacrifices et des hérésies à l’intérieur des églises, avec la complicité des chefs et des notables du village en question, ainsi que du reste de la population. Sans aucune crainte de Dieu notre Seigneur, tenant pour peu de chose les enseignements de notre Sainte Foi Catholique, ils se sont révoltés contre Lui, ils ont prêché dans les églises les fausses croyances du diable et les formes d’idolâtrie dont ils étaient coutumiers à l’époque de leur passé païen, en apportant dans les églises lors de ce prêche les idoles et les diables qu’ils possédaient, qu’ils adoraient et adorent jusqu’à présent. En outre ils ont entraîné et perverti le reste des habitants qui étaient déjà portés à ces idolâtries ou allaient s’y ranger, menaçant les maîtres et les élèves de l’école et les forçant à s’associer sans délai à la réalisation des dits sacrifices et cérémonies dans l’église. Et en plus de cela les principaux chefs, les ah-kines et les maîtres d’école ont commis des sacrifices humains à leur dieu à l’intérieur de l’église et en d’autres endroits en hommage aux diables, tuant des bébés et des garçons et des filles, des hommes et des femmes indiennes, offrant leurs cœurs arrachés vivants aux diables. Et ils ont commis encore bien d’autres idolâtries et cérémonies en lien avec leurs anciennes coutumes : ils ont brûlé des croix, les ont enlevées des autels pour les brûler, en s’en moquant, en leur montrant du mépris, dénigrant les enseignements des religieux ; et ils se sont eux-mêmes érigés en prêtres, prêchant le faux, proclamant que ce que leur apprenaient les prêtres, les frères et les clercs n’était pas vrai ni bon et que ce qu’ils leur disaient, eux, devait les sauver, et que s’ils faisaient ce qu’ils leur disaient, sacrifier, prier et vénérer les idoles, cela les sauverait.

 

« Et de manière à connaître et à découvrir la vérité et à identifier les coupables afin qu’ils puissent être punis et châtiés chacun en fonction de la gravité de ses transgressions, et aussi afin d’établir quels sont les prophètes et les prêtres ah-kines qui ont prêché les dites hérésies et propos contre notre sainte foi dans le but de punir tous les coupables présents dans la province de l’Honorable Fray Diego de Landa, sachant qu’il appartient à l’Honorable Fray Diego de Landa de décider s’il doit user de pitié envers eux ou, en cas de crimes et de délits majeurs s’ils doivent être remis au bras séculier, en fonction de l’enquête judiciaire que mènera l’Honorable Fray Diego de Landa et d’autres enquêtes que la justice séculière souhaiterait faire par la suite afin de les punir en rapport avec les transgressions commises, et afin que la complète vérité soit connue, vérifiée et établie : l’Honorable Fray Diego de Landa, Juge Apostolique, souhaite en être chargé et procéder lui-même aux enquêtes judiciaires et aux vérifications concernant le sujet. »

 

(Traduit de Inga Clendinnen, Ambivalent conquest, Maya and Spaniard in Yucatan, 1517-1570, Cambridge University Press, Cambridge, 1987)

 

 

Adam Jones, La répression religieuse envers les indiens, Campeche, Ex-Templo de San José

 

Une lettre des gouverneurs indiens du Yucatan à Philippe II

"Votre Majesté Très Catholique,

Nous avons connu une persécution, la pire que l’on puisse imaginer, alors que nous était advenu le bonheur de reconnaître Dieu notre seigneur comme seul dieu véritable – abandonnant notre aveuglement et nos idolâtries-, et de reconnaître Votre Majesté comme seigneur temporel, avant même de bien ouvrir les yeux à la connaissance de l’un et de l’autre. Et cela advint, l’année soixante-deux, du fait des religieux de Saint François que nous avions appelés pour qu’ils nous évangélisent : au lieu de cela, ils commencèrent à nous torturer, en nous suspendant par les mains, en nous fouettant cruellement, en nous accrochant des blocs de pierre aux pieds et en torturant beaucoup d’entre nous sur de chevalets, en nous entonnant une grande quantité d’eau dans le corps. Beaucoup d’entre nous en moururent ou en furent estropiés.

Dans ce malheur et ces souffrances, nous gardions confiance en la justice de Votre Majesté pour nous entendre et nous délivrer mais le docteur Diego Quijada, qui alors était alcalde mayor des provinces du Yucatan, vint à l’aide des tourmenteurs, disant que nous étions des idolâtres et des sacrificateurs d’hommes et autres choses étrangères à toute vérité, que nous ne commettions pas même à l’époque de notre paganisme. Nous étions de plus en plus désespérés, en nous voyant diminués à cause de ces cruels tourments et beaucoup d’entre nous morts de leur fait, dépouillés de nos biens, et que nous voyions déterrer les ossements de nos morts, qui pourtant étaient morts comme des chrétiens, avec le baptême. Et, pas encore satisfaits de cela, les religieux et la justice de Votre Majesté firent un auto solennel d’inquisition à Mani, village de Votre majesté, au cours duquel ils exhibèrent des statues, déterrèrent de nombreux morts, les brulèrent en public sur place et condamnèrent beaucoup d’entre nous à l’esclavage, au service des espagnols pour huit ou dix ans, en leur faisant porter des San-benito. Comme nous intervenions en faveur de nos vassaux, disant qu’au moins ils les entendent et leur rendent justice, ils nous saisirent et nous emmenèrent, enchaînés comme des esclaves, au monastère de Mérida, où moururent beaucoup d’entre nous. Et ils nous disaient là-bas qu’ils allaient nous brûler vifs, sans que nous sachions pourquoi.

A ce moment arriva l’évêque [Francisco de Toral] que Votre Majesté nous envoyait, lequel, bien qu’il nous sortît de prison, nous épargna la mort et nous ôtat les San-benito, ne nous a pas innocenté des accusations et des faux témoignages qu’ils nous avaient opposés, en affirmant que nous étions des idolâtres sacrificateurs d’hommes et que nous avions tué de nombreux indiens. Parce que, en définitive, il porte l’habit des religieux de Saint François et agit en leur faveur : il nous a consolé en paroles, en disant que Votre Majesté ferait justice. […]

Fray Diego de Landa et ses compagnons peuvent faire pénitence pour le mal qu’ils nous ont fait ; nos descendants se souviendront jusqu’à la quatrième génération de la grande persécution qu’ils nous imposèrent.

Notre seigneur Dieu accorde à Votre Majesté de longues années à son service et à notre protection.

Au Yucatan, le douze avril 1567.

Humbles vassaux de Votre Majesté, nous baisons vos mains et vos pieds royaux.

Don Francisco de Montejo Xiu, gouverneur de la province de Maní. Jorge Xiu, gouverneur de Panabch’en. Juan Pacab, gouverneur de Muna. Francisco Pacab, gouverneur Texul."

 

 

Plaque apposée sous la statue de Fray Diego de Landa, à Izamal

 

"Fray Diego de Landa, Provincial au dur fanatisme, plein de contradictions, destructeur et infatigable constructeur, lumière et ombre. Il poursuivit les Mayas en tant qu'inquisiteur. En tant qu'évêque ils les défendit face aux encomenderos. Il fit l'autodafé de Mani et la "Relation des choses du Yucatan". Historien fondamental, il est une figure éminente de la seconde moitié du XVIème siècle. 1971. Carlos Loret de Mola Mediz. [gouverneur du Yucatan, 1970-1976]"

 

 

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

http://moines.mayas.free.fr/

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Mérida, Yucatan, couvent de la Mejorada. Un moine franciscain représenté dans une niche du portail (Saint François ?).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La légende noire, les Franciscains vus par Eisenstein, dans Qué Viva México, 1930

 

 

 

"Les prélats ecclésiastiques peuvent en toute légalité appeler le bras séculier à leur aide, quand il s’agit de défendre la foi, les biens de l’Eglise, ou de conquérir des territoires occupés par des infidèles ; Silvestre l’affirme dans Homicidium 3 & 5 par. 2 ; certainement pas avec l’idée de tuer, de mutiler ou de blesser : préméditer cela, ce serait commettre directement un homicide et ces prélats se rendraient coupables d’irrégularité. Le but poursuivi doit être de défendre la foi, ou les biens de l’église, ou la patrie afin de la soumettre au Christ. Et si par endroits il s’ensuit quelques morts, qu’on ne les impute pas aux Prélats ; On déduit tout cela de 23q. 8 Igitur et de c. Omnium, c. Hortatu, c. Ut pridem y 23 q. 5 De occidendis ; A l’inverse, si ces prélats n’opposaient pas de résistance à de tels ennemis, ils commettraient un péché." (P. Juan Focher, Itinéraire du missionnaire en Amérique, 1574, part. I, chap. VI, De la légitime défense des missionnaires, Neuvième vérité.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diego de Landa, statufié à Izamal

 

 

 

Diego de Landa:

"Mais les indiens, après avoir été instruits dans la religion et les jeunes garçons, après avoir reçu l’enseignement dont nous avons parlé plus haut, furent pervertis par les prêtres qu’ils avaient au temps de leur idolâtrie, ainsi que par les chefs ; ils recommencèrent alors à adorer les idoles et à leur offrir des sacrifices, non-seulement d’encens, mais encore de sang humain. En conséquence, les religieux firent une enquête, demandant l’aide de l’alcalde mayor : ils en emprisonnèrent un grand nombre auxquels ils firent le procès, après quoi eut lieu l’exposition publique, où plusieurs parurent sur l’échafaud, coiffés avec le bonnet de l’inquisition, battus de verges et tondus, et d’autres revêtus du san-benito pour un certain temps. Mais il y en eut qui, entraînés par le démon, se pendirent de douleur ; en général, néanmoins, ils montrèrent beaucoup de repentir et de volonté de devenir de bons chrétiens." (Diego de Landa, Relación de las cosas de Yucatán, chapitre 18 ; traduction : Charles Etienne Brasseur de Bourbourg, Editions Auguste Durand, Paris 1864)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maní, aujourd'hui.- Le gouverneur du Yucatan en visite à Mani, 29 août 2015