Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

LES FRANCISCAINS

DANS LA VALLÉE

DU COLCA,

AU PÉROU

 

 

 

Au Pérou, aussi, les Franciscains suivirent les conquistadors. A partir de 1560, ils évangélisèrent les indiens Collaguas, habitant la profonde vallée du Colca, située dans les Andes, à 3.500 mètres d'altitude, au sein d'une région difficile d'accès, à 800 kilomètres de Lima. De leur action subsiste un chapelet d'églises superbes, reconstruites au XVIIIème siècle et qui sont aujourd'hui en voie de retauration. Un franciscain, peut-être le père Fray Laureano de la Cruz, a laissé le récit de cette entreprise.

 

Situation géographique de la vallée du Colca (dans : Noble David Cook, People of the volcano, Andean counterpoint in the Colca valley of Peru, Duke University Press, 2007)

 

Les Franciscains pénètrent dans la vallée du Colca

"La vallée très peuplée dite des Collaguas, située à l’ouest du lac Titicaca, entre ce lac et les cordillères enneigées, s’étend du nord au midi sur un territoire assez vaste et bénéficie d’un climat d’une douceur miraculeuse. Elle était autrefois habitée par des indiens qui, plus que tous ceux des vallées environnantes, se livraient à des superstitions diaboliques, qui se maintinrent jusqu’en 1560, année où y pénétrèrent plusieurs religieux franciscains qui [...] furent les premiers maîtres apostoliques à y pénétrer et convertirent et baptisèrent plus de 30.000 indiens. Ce fut le Révérent père fray Gerónimo de Villa Carrillo, quand il était commissaire Général des Indes, qui envoya ces ouvriers, poussé par son zèle ardent de convertir ces idolâtres."

Fray Laureano de La Cruz (attribué à), Descripción de los reynos del Perú con particular noticia de lo hecho por los Franciscanos (fin du XVIIème siècle), chapitre 4, 1er et 2ème paragraphe

 

Les Franciscains construisent des églises dans la vallée

"Dans la vallée dite des Collaguas, les religieux envoyés chez les indiens par le père Gerónimo de Villa Carrillo, vers 1560, détruisirent beaucoup de temples et d’idoles et élevèrent à leur place de nombreuses églises dédiées à Jésus-Christ notre Seigneur et à sa mère très pure. […] L’ornement de ces églises mis en place par les religieux est digne d’admiration et maintient les indiens dans la dévotion qu’ils avaient au début, lorsqu’ils adoptèrent la foi catholique ; c’est ce que dit le père Córdova dans son 1er livre, au chapitre 18 : les églises et les missions dont s’occupent les religieux ont pour la plupart l’allure de cathédrales, par leur décor et le lustre de leurs cérémonies. […] Dans les Collaguas, le couvent de Yanque dessert trois missions. Celui de Saint Antoine de Callalli, trois autres."

Fray Laureano de La Cruz (attribué à), Descripción de los reynos del Perú con particular noticia de lo hecho por los Franciscanos (fin du XVIIème siècle), chapitre 4, 3ème paragraphe

 

L'église de la Très Pure Conception de Marie (milieu du XVIIIème siècle), à Lari, village désigné dans la cédule de Philippe II sous le nom de Laricollaguaz. La façade est précédée d'un profond narthex, en avant du portail. Elle est animée par un décor géométrique, au-dessus de ce portail et de fleurs de lys, à la base des clochers. Ces clochers sont portés par deux tours, de plan carré. De chaque côté de l'église, des arches donnaient accès aux cimetières.

 

Une cédule de Philippe II au Vice-Roi du Pérou

"L’Ordre Séraphique peut apporter la preuve de son zèle et de son empressement désintéressé auprès des indiens, en faisant état du respect et de l’amour que ces derniers lui ont porté, depuis les débuts jusqu’à maintenant. [...] Les religieux de Saint François, après avoir conquis la province très peuplée des indiens Collaguas et leur avoir enseigné les connaissances élémentaires de l’Evangile, se retirèrent dans leur couvent afin de reprendre la vie religieuse, laissant les missions à l’administration des clercs ; les indiens en ressentirent tant de peine que leurs plaintes parvinrent aux oreilles du monarque catholique Philippe II, et cette Majesté Sainte et zélée les consola avec la cédule royale qui suit.

« Le Roi

"Au Marquis de Cañete, mon parent, vice-roi, gouverneur et capitaine général des provinces du Pérou, ou à la personne ou aux personnes chargées de les gouverner. Au nom des caciques, des chefs et des indiens de la province de Yanqui et de Laricollaguaz et de leurs dépendances, on m’a informé que depuis le début de leur conversion à notre sainte foi catholique, ces indiens ont été instruits dans la loi évangélique par les religieux de l’ordre de Saint François et, ayant constaté le bon résultat qu’ils obtenaient, le vice-roi don Françisco de Toledo les chargea de poursuivre ce travail et de demeurer dans ces missions ; qu’il assigna à ces religieux les villages à évangéliser, fixa le nombre de prêtres qu’on devait y installer et la dîme que chacun d’entre eux devait recevoir, qui était très inférieure à ce que l’on donne aux clercs. Et que s’étant installés pacifiquement dans ces missions, ces religieux les laissèrent sur l’ordre de fray Gerónimo de Villa Carrillo, leur commissaire général, en disant qu’ils voulaient se retirer dans leurs couvents. A la suite de cela, plusieurs prêtres pénétrèrent dans certaines de ces missions et pendant l’année où ils y restèrent firent de nombreuses offenses aux indiens avec leurs mauvais traitements et leurs exigences de droits excessifs pour les baptiser et les marier. Et que lors de l’inspection que leur fit don Pedro Muñiz, archidiacre de l’église cathédrale de la ville de Cuzco de ces provinces, il les déclara simoniaques et fit restituer à ces indiens plus de 6.000 pesos qu’ils avaient usurpés pendant cette année-là. A la suite de quoi le procureur de mon Audience Royale de cette ville demanda qu’on les traduisît en justice et les fit priver des dites missions. Et par décret l’Audience en question ordonna que les religieux de Saint François reviennent les desservir comme auparavant, puisque les indiens leur portent tant d’affection qu’ils leur ont fait donation des terrains où sont construits les couvents. Les indiens me sollicitent en particulier pour qu’en attendant ma décision, on confie ces missions et paroisses aux religieux du dit ordre de Saint François, dans les conditions fixées par don Françisco de Toledo, notamment en matière de taxes nouvelles, de façon à les en libérer ; et que l’on demande au Commissaire et au Provincial de l’ordre de placer des religieux dans les missions où il n’y en aurait pas encore eu. Ainsi, après consultation des membres de mon Conseil des Indes et compte tenu des avis qui y ont été présentés, il a été convenu que la présente cédule devait être promulguée en mon nom ; par laquelle je vous ordonne d’examiner la demande des dits caciques et indiens et de leur donner satisfaction autant que de besoin. Fait à Madrid, le 6 janvier 1594. Moi le Roi. Par ordre du Roi notre seigneur, Joan de Ibarra. »

"En vertu de cet arrêté, les religieux de Saint François revinrent chez les Collaguas, sur ordre public du Marquis, comme on peut le vérifier dans les archives, et les indiens les accueillirent avec de grandes fêtes et la joie de se voir rendus pour leur salut aux pères qui les avaient élevés."

Fray Laureano de La Cruz (attribué à), Descripción de los reynos del Perú con particular noticia de lo hecho por los Franciscanos (fin du XVIIème siècle), chapitre 4, 4ème paragraphe

 

Restauration de l'église San Pedro de Alcántara à Cabanaconde

Le programme de restauration des églises de la vallée du Colca est engagé depuis 1997 par l'Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement (AECID). L'Agence a créé des ateliers, afin de former des jeunes à la restauration des bâtiments

 

Les évangélisateurs de la vallée du Colca : Joan de Chaves

"Le père fray Joan de Chaves fut aussi un maître éminent de ces époques. Ce père était un prêtre d’origine portugaise ; il fut le second fils de la Province de Lima, où l’amena le zèle de convertir des idolâtres. Il se prépara à cette action héroïque par de sévères flagellations et des pénitences effrayantes. Il vécut 100 ans, dont 60 au sein de l’Ordre, constamment occupé à prêcher et à convertir les indiens, ce à quoi il s’employait avec un esprit très fervent sans reculer devant les obstacles ni les pires difficultés. Nu et pauvre, il allait par les provinces et il parvint à avoir tant d’autorité sur les indiens qu’ils adoptaient la religion catholique pour lui donner satisfaction. Il n’était désagréable avec quiconque, mais au contraire attentif à chacun. Il parcourut notamment les provinces des Pacages, des Collaguas et de Cajamarca, où il convertit et baptisa plus de 90.000 indiens. A la suite de longues souffrances, il compris que sa mort approchait et il se retira au couvent de Saint François de Lima, où il rejoignit le Seigneur, laissant le souvenir des exemples de sa vie apostolique et de son action miraculeuse, qu’honore encore aujourd’hui, auprès de son tombeau, la mémoire de notre royaume."

Fray Laureano de La Cruz (attribué à), Descripción de los reynos del Perú con particular noticia de lo hecho por los Franciscanos (fin du XVIIème siècle), chapitre 6, 1er  paragraphe

 

"Quand les Frères entrèrent dans cette province, les indigènes se livraient à l'idolâtrie, au culte du soleil et de certaines montagnes. Fr. Juan Monzón et Fr. Juan de Chávez s'attaquèrent directement à cet obstacle en détruisant toutes les idoles qu'ils purent trouver. Ils consacrèrent les montagnes en y élevant des croix et des autels. En certaine occasion, les Frères avaient rassemblé à Lari une si grande quantité d'objets païens qu'il fallut cinquante ou soixante Indiens pour les transporter à l'endroit où ils devaient être détruits ou brûlés et leurs cendres jetées dans la rivière. Une fois, alors que Fr. Monzón était à la recherche de l'idole principale de la région, il se trouva en danger de mort parce que ses intentions avaient été révélées à plus de deux mille Indiens qui se trouvaient rassemblés dans la cour de l'église..."

(Anonyme, Memorial de las doctrinas de la provincia de los Collaguas, XVIIème siècle.)

 

L'église de Lari de côté

 

Les évangélisateurs : Luis Gerónimo de Oré

"Les pères fray Antonio, fray Luis Gerónimo, fray Pedro y fray Dionisio de Oré furent les ouvriers miraculeux de cette époque. Ces quatre serviteurs de Dieu étaient frères, natifs de la ville de Huamanga au Pérou, et fils de Antonio de Oré et de Luisa Díaz de Roxas, sa femme, encomenderos, féodaux et citoyens de cette ville. Dans l’Ordre, ils étaient fils de la Province des 12 Apôtres et plus frères dans l’exercice des vertus que par la naissance : en particulier, ils avaient un très grand désir de répandre la foi et ils furent désignés par le ciel pour la porter sur leurs épaules. Ils parcoururent avec des résultats admirables de nombreuses provinces du Pérou et partout où ils passaient les habitants adressaient mille remerciements à Dieu, en voyant quatre frères aussi unis et si admirables, tant par leur naissance que par les plus hautes manifestations de leur vertu.

"Néanmoins, le père fray Luis Gerónimo les surpassa tous, soit parce que le ciel lui en fournit plus d’opportunités, soit par une autre volonté de sa souveraine providence. En particulier, il les dépassa par son don des langues, car sa soif ardente de convertir les infidèles le poussait à prêcher dans les langues locales. Il consacra de nombreuses années à cette action, surtout dans la province des Collaguas (dont il fut l’apôtre), parcourant tous ses villages une croix en mains, toujours marchant et pieds nus. Il découvrit beaucoup de huacas et d’adoratoires, et notamment un autel en bronze : il le fit fondre pour fabriquer les cloches des nombreuses églises qu’il édifia. Il écrivit un recueil de sermons dans les langues de la région. Il composa un Manuel de Sept Langues, grâce auquel il traduisit le cathéchisme et mit en vers la vie du Christ, qui plaisait tant aux indiens qu’ils la savaient tous par cœur et la chantaient."

Fray Laureano de La Cruz (attribué à), Descripción de los reynos del Perú con particular noticia de lo hecho por los Franciscanos (fin du XVIIème siècle), chapitre 6, 2ème paragraphe

 

Luis Jerónimo de Oré, né à Huamanga, au Pérou (1554) ; mort à Concepción, au Chili, en 1630. Après son ordination il fut nommé professeur au Collège franciscain des Douze Apôtres à Lima puis envoyé comme commissaire en Floride. Il voyagea ensuite en Espagne et rencontra Garcilaso de la Vega el Inca à Cordoue. Il fut nommé évêque de La Imperial (Concepción), au Chili, en 1620. C'était un écrivain prolifique, connaissant de nombreuses langues péruviennes. Il écrivit "Orden de enseñar la doctrina Cristiana en las lenguas Quichua y Aymara" (Lima, 1598) ; "Símbolo Católico Indiano" (Lima, 1598), rédigé en Espagnol, Latin, Quechua et Aymara; " Una Descripción del Nuevo orbe y de las costumbres de sus Naturales " (1598); "Relación de los Mártires que ha habido en las provincias de Florida" (Madrid ? sans date, 1617 ?); et " Manuale Peruanum ac brevem formam administrandi sacramenta juxta ordinem Sanctae Ecclesia Romanae cure translationibus in linguas Provinciarum Peruanarum" (Naples, 1607), un manuel en plusieurs langues destiné aux prêtres travaillant dans les Indes.

 

Plan de l'église de Lari. Ce plan est en forme de croix latine, à nef unique. Les bras du transept ont la même hauteur que la nef. Les fonds baptismaux sont placés dans la petite chapelle, à la base d'une des tours, en haut et à gauche du plan

 

Fray Laureano de la Cruz, O.F.M.: Descripción de la América Austral o reinos del Perú con particular noticia de lo hecho por los franciscanos en la evangelización de aquel país, Pontifica Universidad Católica del Perú, Instituto Riva Agüero, Banco Central de Reserva del Perú, Fondo Editorial, Editora Logos E.I.R.L., Lima, 1999

(Cette chronique fournit une description des différentes régions de l'Amérique du Sud au XVIIème siècle, mais présente surtout le champ d'action apostolique des Franciscains. Elle fait la synthèse historique de l'action des Franciscains dans ces territoires. Fray Laureano de la Cruz est l'auteur de la partie de la chronique consacrée à l'Amazone ; on ne sait pas qui est l'auteur du reste.)

(En 1645, le Père de la Cruz, Commissaire de son Ordre à Quito, partit vers l'est, descendit jusqu'au Putumayo en suivant ses affluents, travailla sur les terres des Omaguas et y installa des missions. Finalement il parvint au río Madera. Le 24 décembre 1650 il arriva à Gurupa, le 10 février 1651 au Grand Para, enfin aux villages de Marañón et de San Luis. Après avoir attendu une année entière, il put rejoindre Lisbonne, où il arriva en mars 52 et de là il passa en Castille. On ne connaît rien de plus sur sa vie.)

 

 

 

L'église de Lari, vue vers la tribune

 

« Les quatorze églises, dont la construction remonte au XVIème siècle, bien que presque toutes furent remodelées et achevées au XVIIème et au XVIIIème siècle, sont une pure merveille. Quand je suis venu au Colca pour la première fois, il y a un quart de siècle, la plupart d’entre elles étaient très détériorées par le temps et les tremblements de terre et plusieurs d’entre elles semblaient sur le point de s’effondrer. Mais aujourd’hui, grâce à la Coopération espagnole, elles sont en train d’être restaurées avec rigueur historique, bon goût et la participation active des habitants, qu’on forme aux techniques de restauration, afin de les impliquer psychologiquement et affectivement à la reconstruction de leur patrimoine architectural et artistique. C’est émouvant de constater l’enthousiasme et la fierté avec lesquels les jeunes paysans et les jeunes paysannes des villages de Ichupampa, Maca, Coporaque, Yanque et autres montrent aux étrangers la technique qu’ils emploient pour retirer le crépi des murs et mettre à jour les peintures cachées sous les couches de plâtre et de chaux ou pour nettoyer et réparer les retables et les tableaux recouverts de poussière et de crasse. L’église de Lari, totalement réhabilitée dans toute sa splendeur, est si belle, avec sa profonde coupole, ses autels baroques indigènes et la lumière suave tamisée par les pierres translucides de Huamanga qui se répand à travers sa vaste nef, qu’à elle seule elle justifie le voyage au Colca. » Mario Vargas Llosa

 

 

 

Fray Antonio Vásquez de Espinoza ; la province des Collaguas

"1392. La grande province des Collaguas, dans l’ensemble très peuplée et comportant de nombreux villages, est voisine de celle des Condesuyus. Le Conseil des Indes nomme un Corregidor pour assurer son bon gouvernement : il siège dans le village de Yanque, chef-lieu de la province. Elle dispose de grands troupeaux de bétail du pays, qui font sa richesse. Elle est bien approvisionnée en maïs, pommes de terre, viande et poisson. Elle a de très bonnes mines d’argent. La province dépend de l’évêché d’Arequipa ; elle a été partagée entre les résidents de cette ville et les indiens sont réquisitionnés pour effectuer les corvées qu’ils exigent. Les Condesuyus appartiennent aussi à l’évêché d’Arequipa et séparent la province de celle de Cuzco, située plus à l’est." (Antonio Vásquez de Espinosa, "Compendio y Descripción de las Indias Occidentales", 1627-1629, Livre Quatrième, Chapitre 52, Dans lequel on poursuit la description du district de cette ville -Arequipa- et cetera.)

 

 

Le village de Lari

 

Les Collaguas vers 1586

"Premièrement, en réponse à la première question de l’enquête, cette province se nomme Collaguas et dépend de la juridiction de la ville d’Arequipa. On y trouve deux sortes de populations, ayant des langues et des vêtements différents. Les uns s’appellent Collaguas ; ils s’appellent ainsi depuis toujours ; selon une tradition qu’ils se transmettent de père en fils, ils pensent qu’ils sont originaires d’une guaca –ou lieu saint- ancienne située dans les confins de la province de Vellilli, voisine de la leur : il s’agit d’une montagne enneigée en forme de volcan, qui se détache des autres sommets de la région, et se nomme Collaguata. Ils disent que leurs ancêtres sortirent en nombre des flancs ou de l’intérieur de cette montagne et descendirent dans la vallée où ils vivent aujourd’hui, le long de la rivière ; ils vainquirent ses anciens habitants, les firent partir par force et s’y installèrent. En témoignent plusieurs forteresses, appelées pucara dans leur langue, édifiées sur les plus hautes pentes de la vallée, d’où ils seraient descendus pour faire la guerre. Et puisque le volcan dont ils disent être issus se nomme Collaguata, ils s’appellent eux-mêmes Collaguas. [...]

 

"Autrefois, avant l’inspection ordonnée par son excellence le vice-roi don Francisco de Toledo, ces Collaguas portaient sur la tête un bonnet appelé chuco dans leur langue, ressemblant à un chapeau sans aucun bord ; pour obtenir cette forme, ils serraient très fortement la tête des enfants nouveaux-nés afin de l’étirer et de l’amincir pour la faire aussi haute et allongée que possible, la coutume consistant à donner au crâne la silhouette haute du volcan dont ils étaient originaires. Cela leur est désormais interdit par la loi.

 

"Les gens de la province de Cavana entretiennent une légende selon laquelle ils s’installèrent à l’endroit où se trouve maintenant le village de Cavana, après être venus d’une montagne qui est en face, appelée Gualcagualca, enneigée et stérile, d’où provient l’eau qui irrigue leurs terres, à la fonte des neiges. Ils disent qu’ils vainquirent les indigènes, les chassèrent du village et le repeuplèrent. Ils disent aussi que certains de leurs frères quittèrent cette montagne de Gualcagualca pour aller vers la cordillère et peuplèrent le village de Cavana Colla ; pour s’en différencier, ils nommèrent leur propre village Cavana Conde. Ces gens ont un visage très différent de celui des Collaguas car, à la naissance des garçons et des filles, ils leur serrent la tête très fortement pour l’aplatir et l’élargir, ce qui la rend très laide et disproportionnée ; ils la maintiennent avec des cordes blanches tressées, en faisant de nombreux tours, si bien que leur tête s’élargit peu à peu. Ils savent bien, d’après la forme de leur tête, qui est né Cavana ou Collagua, puisque, je l’ai dit, les Collaguas ont la tête haute et allongée et les Cavanas, large et aplatie."

 

(Juan Durán, écrivain, sur ordre de Monseigneur don Fernando de Torres y Portugal, vice-roi du Pérou, et du corregidor Juan de Ullos Mogollán, d’après les informations recueillies auprès de l’assemblée des caciques et des notables indiens, ainsi que de prêtres et d’espagnols résidant dans la province. Relaciones Geográficas de Indias – Perú, Biblioteca de Autores Españoles, tomo 183. Atlas, Madrid, 1965.)

 

 

 

Yanque, 16 août 2016, après le tremblement de terre qui a frappé la vallée du Colca, les habitants campent sur la place

 

 

Fray Diego de Ocaña en 1603

"Je quittai la ville d’Aréquipa le 25 juillet 1603 pour la vallée des Collaguas. Je dus passer en chemin trois jours de plus dans des régions désertes et sur un haut plateau glacial ;  la deuxième nuit, je ne réussis pas à atteindre l’étape et je fus contraint de bivouaquer à l’abri d’un rocher ; je n’ai jamais eu autant froid de toute ma vie, parce qu’il y avait un vent très vif qui me transperçait le corps et l’indien qui nous guidait ne parvint pas à allumer le feu, si bien que nous nous attendions à mourir pendant la nuit.

"Le jour suivant, j’arrivai à Yanque, dont le corregidor était don Gonzalo Rodríguez de Herrera, qui était venu de Castille en ma compagnie. Ce corregidor me traita très bien et ne me laissa pas repartir avant trois semaines. [...] Dans cette vallée, il y a de nombreux villages indiens qui  sont évangélisés par des frères de Saint François. Une très grande rivière traverse la vallée, sur ses berges il y a plusieurs établissements de bains admirables alimentés par l’eau qui descend d’une montagne voisine : en se mélangeant avec l’eau de la rivière, elle devient plus tiède. C’est agréable de s’y baigner et ce sont des bains très bénéfiques pour la santé ; il y a constamment dans ces établissements des indiens malades qui viennent s’y soigner ; on a pour cela construit une maison au bord de la rivière et tout y est très propre.

"Dans cette vallée, on fabrique de très belles couvertures et courtepointes : celle que j’emporte en Castille vient de là, elle m’a été donnée par doña Ana de Peralta, épouse du corregidor. C’est une très belle courtepointe et je l’emporte avec moi afin qu’en Espagne on voit ce que réalisent les indiens, car elle est faite de laines de qualité et de couleurs délicates. Le climat de la vallée est bon parce qu’elle est enserrée par les montagnes ; pour y parvenir on emprunte une descente de deux bonnes lieues et la pente est si raide que les selles des mules leur glissaient jusqu’aux oreilles ; nous l’avons tous descendue à pied tant elle est abrupte." (Fray Diego de Ocaña, Viaje por el Nuevo Mundo: de Guadalupe a Potosí, 1599-1605, Iberoamericana, Madrid, 2010, De cómo me partí de la ciudad de Ariquipa y de cómo llegué a la ciudad de Cuzco)

 

Les bains Chacapi, vallée du Colca

 

Antonio de Alcedo, 1786

"COLLAUAS et Asiento de Minas de Caylloma, Province et Corregimiento du Pérou : elle est limitée au Nord par la Province de Chumbivilcas, à l’Est par celle de Canes et Canches ou Tinta, au Sud-Est par celle de Lampa, au Sud par celle d’Arequipa, et à l’Ouest par celle de Camaná. Elle a 52 lieues de longueur du Sud-Ouest au Nord-Ouest et 16 de largeur. Son climat est froid car elle est située dans la cordillère, à l’exception de la partie voisine de la Province de Camaná, qui est très tempérée, notamment les 5 lieues de sa juridiction qui recouvrent la vallée de Sihuas (les 5 lieues suivantes jusqu’à la mer dépendent de Camaná). Les ressources de la vallée sont variées : elle produit du vin, de l’eau de vie, du blé, du maïs, des légumes et des fruits, surtout des figues qui, séchées, servent de nourriture à beaucoup de personnes pauvres. Les autres territoires de la Province donnent les mêmes productions mais beaucoup moins ; par contre, ils abondent en gros et petit bétail, en moutons du pays, en vigognes et autres animaux sauvages. Ses chemins sont dangereux, le pays étant fait de pentes incroyablement raides ; un ravin en constitue la plus grande partie, où dévale plutôt qu’elle ne coule une rivière très abondante, qui a sa source dans la Province. On y trouve de nombreuses mines d’argent, dont on a tiré autrefois de grandes richesses car elles rendaient 80 à 100 marcs d’argent par unité ; aujourd’hui elles sont beaucoup moins rentables à cause de leur grande profondeur : par endroit elle atteint 200 brasses. On continue toutefois à les exploiter avec un profit acceptable. Le filon le plus important est celui de Caylloma et il a donné lieu à l’implantation de la capitale : n’y manquent pas les veines d’or, d’étain, de plomb, de cuivre et de soufre que l’on n’exploite pas car cela ne couvrirait pas les dépenses. Comme nous l’avons dit, la capitale est Caylloma ; le revenu de son corregimiento atteint 57.100 pesos et il paie 456 pesos d’alcavala par an. Les autres villages de la juridiction sont : Tisco, Callali, Sybayo, Tinty, Llauta, Taya, Chibay, Canocota, Coporaque, Lary, Huanca, Yura, Madrigal, Tapay, Yanqui, Achoma, Murco, Sihuas, Maca, Yehupampa, Chabanaconde, Pinchollo, Huambo, Hucan." (Antonio de Alcedo, Diccionario geografico-histórico de las Indias Occidentales o América: es a saber: de los Reynos del Peru, Nueva España, Tierra Firme, Chile y Nuevo Reyno de Granada. Madrid, 1786/89)

 

 

2016 "des moines chez les Mayas"

http://moines.mayas.free.fr/

Précédent                                             Suivant

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Español

 

English

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les terrasses de la vallée du Colca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nef de l'église de Lari et sa coupole. La couverture de la nef est une voûte en berceau, divisée par des arcs appuyés sur les pilastres latéraux. La coupole en demi-sphère repose sur un tambour éclairé par de petites fenêtres et sur quatre piliers massifs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l'église de Lari : un retable latéral néoclassique du XVIIIème siècle, en pierre et stuc peint

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chaire de l'église de Lari, de la seconde moitié du XVIIIème siècle, en bois sculpté, peint et doré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les fonds baptismaux de l'église de Lari

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une strophe du Symbolo Catholico Indiano de Fray Luis Jerónimo de Oré sur la passion du Christ :

 

Chawpi wasantam yawar puka mayu, /
 yawar lluqllaspa pachaman sut'urqan, /
qhapaq yawarwan maqchhirpayarisqan, /
allpapas karqan.


(En travers de son épaule une rivière de sang écarlate / en débordant le sang se répandit sur la terre / la terre fut irriguée de sang divin).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Danse collagua pour touristes, dans le village de Yanque, Vallée du Colca. Au fond, les volcans Ampato et Hualca Hualca, culminant à plus de 6.000 mètres