Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

 

DEUX RELIGIEUX HISTORIENS,

COGOLLUDO ET REMESAL

 

 

 

 

Mérida, le Musée d'Histoire de la Ville

 

Ce sont des historiens partisans, qui écrivent à la gloire de leur Ordre religieux, franciscain pour Cogolludo, dominicain pour Remesal. Leurs oeuvres veulent être édifiantes et sont remplies de vies de saints hommes et de miracles. Ils prennent ouvertement le parti de leur communauté dans le récit de leurs conflits avec les autorités ecclésiastiques et les colons espagnols.

Quant à leur méthode, il recopient, sans pouvoir les vérifier, des chapitres entiers d'ouvrages écrits par leurs prédécesseurs, comme c'était alors l'usage. Mais ils ont interrogé des témoins, fouillé dans les archives et ils rassemblent dans leurs gros volumes une quantité d'informations sur l'époque. Ils sont souvent les seuls à citer des textes, rapporter des événements et décrire des personnages qui sans eux, seraient oubliés.

 

Fray Diego López de Cogolludo.

Il naquit à Alcalá de Henares en Espagne, et rejoignit les franciscains au couvent de San Diego d'Alcalá, le 31 mars 1629. Il émigra au Yucatán et devint lecteur en théologie, puis gardien du couvent de Mérida et finalement provincial de son Ordre.

Son ouvrage, l’"Historia de Yucatán", qui parut à Madrid en 1688, est un travail important, qui couvre toute l'histoire du Yucatan au cours des XVIème et XVIIème siècles, l'arrivée des conquistadors, l'évangélisation, les révoltes indiennes, les intrusions des pirates anglais, etc.

En plus de documents de première main, López de Cogolludo consulta et utilisa la "Relación de las cosas de Yucatán" de l’évêque Diego de Landa et l’"Historia de Yucatán, Devocionario de Nuestra Señora de Izamal y Conquista Espiritual" de Bernardo de Lizana. Il cite aussi la "Monarquia indiana" de Juan de Torquemada.

 

Mérida, aujourd'hui : Cogolludo vécut presque toute sa vie dans le couvent franciscain de la ville qui a été détruit au XIXème siècle et remplacé plus tard par le marché San Benito, situé non loin de cette galerie (Portal de Granos)

 

Le Dominicain Alonso Sandin a été chargé d'examiner l'ouvrage de Cogolludo avant sa publication. Voici son avis :

 

L'"Histoire du Yucatan" de Cogolludo

"J’ai lu avec un soin particulier, sur ordre de V.A., le Livre intitulé : « Histoire du Yucatan », rédigé par le M.R. Père Fr. Diego Lopez de Cogolludo, Lecteur retraité et père perpétuel de la province de l’Ordre Séraphique de mon Père Saint François : et j’estime comme le Grand Saint Augustin dans le deuxième livre de la Doctrine Chrétienne, que l’Histoire doit rapporter fidèlement les événements du passé et les mettre à disposition de tous  pour leur bénéfice et leur instruction: Historia facta derat fideliter, acque utiliter."

 

Il est très difficile de reconstituer ce passé

"Je ne puis nier la difficulté de ce sujet pour notre Historien,  qui disposait de peu d’informations dans les archives laissées par les premiers Conquistadors de cette Province du Yucatan, ce qui a entraîné les Historiens précédents à nous les présenter jusqu’à ce jour avec de notables divergences ; et puisque les événements de l’antiquité allaient divagant dans les œuvres des Orateurs, Poètes, et Historiens, le Père Mendoza en avait conclu in Virid. Lib. S. de Floribus varijs, Problema 44. que bâtir une Histoire est une entreprise si ardue que seul le plus fin connaisseur de tous ces Auteurs pouvait y parvenir avec bonheur (...). Le sujet en question ne présente pas moins de difficulté, tant par le manque d’informations, que par l'obligation dans laquelle il a été d'exploiter les documents officiels de l’époque, à quoi s’ajoute le travail d’étudier les autres Histoires, pour en tirer, des uns ou des autres, le plus véridique ;"

 

Cogolludo a réuni des témoignages fiables

"c’est pourquoi l’Auteur est digne de reconnaissance et encore plus, parce qu’on y découvre les deux conditions que le Grand Saint Augustin exige de l’Histoire : Historia facta narrat fideliter, car en l’examinant sans passion, on y trouve rapportés fidèlement les événements de cette conquête initiale, qu’il a pu vérifier sur documents ; il donne pour douteux ceux qui découlent de conjectures probables, ou d’anciens témoignages, sans leur donner plus de crédit que n’en peuvent avoir les témoignages, ou les titres qu’ils invoquent : il n’omet rien de ce qu’il a pu vérifier à coup sûr, et donne pour douteux les seuls faits qu’il n’a pu vérifier avec minutie (...). Il appuie sur les Ecrivains anciens ce que sa vigilance a découvert de vrai dans les Archives, et avec une modestie Religieuse, il réfute ce qu’il y a trouvé de moins conforme aux faits, se conformant ainsi à la première qualité que  le Grand Saint Augustin demande à l’Histoire : Historia facta narrat fideliter."

 

Son Histoire du Yucatan peut servir d'exemple aux Espagnols

"On n’y trouve pas moins la seconde qualité, l’utilité pour ceux qui la lisent, atque utiliter, car les Militaires devraient avoir beaucoup à imiter dans le courage de ces premiers Conquistadors, dans les ruses dont ils usaient dans une affaire si difficile et une entreprise si ardue, étant par ailleurs si faible le nombre des Espagnols, et si important celui des barbares. Les hommes politiques y trouveraient de bons exemples de gouvernement, car nos prédécesseurs parvinrent à organiser des Républiques si bien gouvernées, au milieu de gens manquant tant de la lumière de la raison, qu’on n’en trouverait pas aisément d’autres fondées sur de meilleures lois dans tout ce Nouveau Monde ; et ce qui est encore mieux, les Missionnaires Ecclésiastiques trouveraient beaucoup de Saints Hommes illustres à imiter parmi les Religieux de mon Père Saint François, qui implantèrent là-bas la lumière évangélique, car nous voyons qu’ils ne ménagèrent pas les efforts pour parvenir à ce but, bravèrent les dangers pour amener des âmes à Dieu, travaillant de jour et de nuit, lorsque les urgences le demandaient, à enseigner continuellement, veillant en même temps aux besoins temporels de leurs prochains, afin d’enraciner plus facilement l’Evangile, assumant toutes ces tâches dans une parfaite pauvreté et désintéressement, comme d’authentiques Saints Hommes Apostoliques, dédaignant leurs propres besoins pour s’attacher plus à ceux des autres, et parce qu’il en est sorti tant de fruits, comme toute l’Histoire nous le montre : pour ces raisons, et parce qu’Elle n’a rien contre la foi, ni contre les bonnes mœurs, je suis d’avis qu’on lui donne l’autorisation (d’imprimer) demandée. Madrid, le 15 août 1687. Fr. Alonso Sandin." (APROBACION DE EL REVERENDISIMO Padre Fr. Alonso Sandin, del Orden de Predicadores, Maestro en Sagrada Theología, Difinidor del Capitulo General y Procurador General de la Provincia del Santo Rosario de Philipinas, 15 de agosto de 1687)

 

Le marché San Benito de Mérida, construit en 2004 sur l'emplacement du couvent franciscain de Cogolludo

 

Fray Antonio de Remesal.

Né à Alariz, en Galice, en 1570 ; mort à Madrid en 1639. Il étudia à l’Université de Salamanque, fut diplômé docteur en théologie et entra en 1593 dans l’Ordre des Dominicains. Il passa en Amérique en 1613. Il fut alors nommé visiteur des missions d’Amérique Centrale. Remesal demeura dans le couvent dominicain de Santiago de los Caballeros de Guatemala où il assura la charge de confesseur du gouverneur de la province.

Lorsqu'il était au Guatemala et au Mexique, de 1613 à 1617, il réunit les matériaux pour son " Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala" ou "Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala" (Madrid, 1619). Il s'agit de la province de l'ordre dominicain couvrant le Chiapas, le Guatemala, le Nicaragua, le Honduras et le Salvador (Quelques chapitres sont réservés aux dominicains du Pérou et des Philippines). Une partie de l'ouvrage est consacrée au récit détaillé des séjours de Bartolomé de Las Casas en Amérique centrale, recopié d'un ouvrage du dominicain Tomás de la Torre, aujourd'hui disparu. Remesal adopte d'ailleurs les thèses de Las Casas sur l'évangélisation pacifique des indiens.

Cette conviction lui valut l'inimitié du Doyen de la cathédrale d'Antigua Guatemala,don Felipe Ruiz de Corral, commissaire du tribunal de l'inquisition qui fit saisir son ouvrage et l'assigna à résidence dans un couvent de la ville. Remesal ne put jamais récupérer son édition.

 

 

Antigua Guatemala, autrefois Santiago de los Caballeros de Guatemala, lieu de séjour de Remesal

 

Antonio de Remesal présente son ouvrage dans sa préface :

 

Comment l'idée lui est venue d'écrire son Histoire du Chiapas et du Guatemala

"Ayant donc l’intention de retourner dans mon couvent, j’eus envie de tirer des actes des Chapitres de cette sainte province de San Vicente de Chiapa y Guatemala une sorte de tableau ou d’abécédaire, en rangeant les matériaux par catégories, pour montrer à ceux qui n’y étaient pas l’excellente manière avec laquelle elle a été fondée et se maintient au niveau de Religion qui la rend célèbre, non seulement dans l’Ordre de notre glorieux père Saint Dominique, mais parmi tous les observants de l’Eglise de Dieu ; à cela s’ajouta tenir entre les mains, presque au même moment, un livre sur les débuts de la province, écrit par le père Tomás de la Torre, qui m’invita et m’entraîna à en savoir plus. Dans ce but je commençai à voir les archives publiques et le protocole du gouvernement, que m’ouvrirent volontiers le comte de la Gomera, président, et le licencié Juan Maldonado de Paz, auditeur de l’Audience du Guatemala." (…)

 

Un travail d'historien pendant onze mois

"Et parce que la vérité est l’âme de l’histoire, comme l’intelligence met en action et guide le corps de l’homme qui n’existe que par elle, changeant de nature lorsqu’elle lui manque, pour passer à l’état de cadavre, ainsi l’histoire, dont la vérité consiste à connaître les véritables faits, par le moyen d’informations, de récits et d’écrits authentiques, m’incita à les reconstituer avec une grande diligence et prudence. Et cela m’a tant entraîné dans cette voie que, le jour où on m’ouvrit la joue droite à cause d’un apostème squirreux qui me mit en danger, j’attaquai le premier livre de l’archive de la ville de Santiago. Et continuant avec cette diligence, bien que les autres occupations ne manquaient pas, en onze mois, partant d’une graine aussi petite que le tableau des Chapitres de la province, j’étais en train de construire un arbre de la taille d’un mémoire sur les événements spirituels et temporels de toute la communauté. Et avec la grâce du Seigneur, moi je mettais un point final à un travail que de nombreux historiens en ayant la charge avaient jugé impossible, dans un délai si limité, de seulement l’entreprendre."

 

Remesal a rassemblé un grand nombre de documents

"Afin de donner à cette œuvre une plus grande perfection, bien que je ne comprenais pas l’ordre divin qui me poussait, je parcourus deux fois toute la Nouvelle Espagne, pour prendre contact avec les hommes les plus avisés en la matière, écoutant leurs récits et lisant leurs mémoires, transcrivant ce que je rassemblais, sans enlever ni ajouter quoi que ce soit, principalement dans les livres de Chapitre où se trouvaient les récits des fondations et du gouvernement des villes." (…)

"Je ne dresse pas de catalogue des archives, livres imprimés et écrits à la main, mémoires, récits, testaments et informations que j’ai vus pour élaborer cette histoire. J’affirme en ma faveur que tous ces documents sont dignes de foi et authentiques et proviennent de personnes de qualité qui s’y référaient et les conservaient avec vénération, foi et conviction de bien connaître le passé."

 

Antonio de Remesal conclut :

"Parmi les différents styles d’écriture de l’histoire, j’ai choisi le laconique, concis et succinct, qui est mieux adapté à ce genre d’ouvrage et plus conforme à mon caractère ; réservant ainsi pour d’autres traités, auxquels je pense donner le jour par la grâce de Dieu, le style qui permet de se répandre en considérations et avertissements au pieux lecteur : par exemple pour un livre auquel je travaille depuis des années, consacré à certaines annotations ou commentaires des sermons de l’angélique docteur Saint Thomas d’Aquin, où j’ai essayé de rassembler le peu que j’ai appris des langues grecque et hébraïque, des enseignements des saints et de la Théologie expositive, qui a été le champ principal de mes études.

"Et parce que le but de l’histoire n’est pas d’écrire des choses afin qu’elles ne s’oublient pas, mais afin qu’elles montrent comment vivre mieux à la lumière de l’expérience, maestra muda, pour l’édification et le bien public, les événements malheureux nous rendant plus sages que les bons, je veux seulement préciser : bien que le principal projet de ce livre soit de traiter de la fondation, du développement et de l’état présent de la province de Saint Vincent de Chiapa et de Guatemala et des excellents hommes qu’elle eut dans les domaines de la religion, des lettres et du gouvernement, qui l’ont rendue célèbre et renommée, ces personnes sont décrites ici comme des hommes sujets à toute la faiblesse de la condition humaine qui ne le les a pas laissés triompher à tout moment ni dans toutes les situations. C’est pourquoi s’il se trouvait en eux quelque aspect qui ne soit pas d’or resplendissant, qu’on leur pardonne au vu de leur volonté de réussir ou de leurs qualités évoquées ci-dessus ; souvent Dieu autorise quelques négligences de la part des hommes les plus parfaits, afin que les autres hommes comprennent qu’ils le sont véritablement." (Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, Prólogo)

 

Antigua : le couvent des Dominicains au XVIIIème siècle (reconstitution)

 

Le couvent de Saint Dominique à Antigua Guatemala, où vivait Remesal, décrit par Thomas Gage, Dominicain anglais (1648) :

"(...) Mais le plus somptueux de tous est celuy des Jacobins (Dominicains) où je demeurois qui par une grande allée qui est devant l’église est joint à l’Université de la Ville.

Le revenu de ce Couvent consiste en certains villages d’indiens qui en dépendent, un moulin à eau, une ferme à froment, une autre où l’on nourrit des chevaux et des mulets, une ferme où il y a un moulin à sucre, et une mine d’argent, qui leur fut donnée en l’an 1633. Et se monte toutes charges réservées pour le moins à trente mille ducats par an ; ce qui fait que ces religieux n’ont pas seulement dequoy se bien régaler entr’eux ; mais aussi dequoy épargner pour bâtir et orner magnifiquement leur Eglise et leurs Autels.

(...) Entre les richesses qui y sont il y a deux choses remarquables (...) La première est une lampe d’argent qui pend devant le grand-Autel, et est si grande qu’il faut trois hommes à la guinder en haut. La seconde est encore beaucoup plus riche, qui est une image de la Vierge Marie de pur argent de la grandeur d’une femme de belle taille, qui est dans un tabernacle fait exprès en la chapelle du Rosaire, où il y a pour le moins une douzaine de lampes d’argent allumées devant cette image.

Enfin ce Couvent est si riche qu’en peu de temps l’on pourroit tirer cens mille ducats des richesses qui sont dedans ; et dans l’enclos du cloître rien ne manque de tout ce qui peut servir à donner du plaisir et de la récréation aux Religieux.

Dans le cloître d’en bas il y a un fort grand jardin, avec une fontaine au milieu et un beau jet d’eau, d’où sortent pour le moins douze tuyaux qui remplissent deux viviers pleins de poisson, sur lesquels on voit aussi nager plusieurs canars et autres oyseaux aquatiques.

Il y a encore dans ce Couvent deux autres jardins pour les fruits et pour les herbages ; et dans l’un de ces jardins il y a un étang de deux cens cinquante pas de long, qui est tout pavé au fond avec une petite muraille tout autour, et un bâteau dans lequel les Religieux se vont promener sur l’eau, et pescher par fois lorsque le poisson leur a manqué d’ailleurs, ensorte qu’ils en prennent suffisamment pour le disné de tout le Couvent." (Nouvelle relation des Indes Occidentales, contenant les Voyages de Thomas Gage dans la Nouvelle Espagne, traduit de l’Anglois par le Sieur de Beaulieu Huës O Neil, A Paris, chez Gervais Clouzier, 1676, Troisième partie, Chapitre 1)

 

Antigua : les ruines du couvent de Saint Dominique, transformées en hôtel et en musée

 

Antonio Vásquez de Espinoza, de passage à Antigua, 1627 :

"607. La ville de Guatemala est installée dans la vallée en question, à 10 lieues de la Mer du Sud et à 14 degrés de latitude de la ligne équinoxiale vers notre Tropique du Cancer. Son climat est merveilleux, connaissant le printemps toute l’année. Elle est approvisionnée en abondance et bon marché de tout le nécessaire à la vie humaine. Elle a plus de 1.000 résidents espagnols, peu d’esclaves noirs et mulâtres et de nombreux indiens de service ; sans compter les gens qui vont et viennent et qui sont nombreux, car la ville entretient un important commerce avec toute la Nouvelle Espagne, Mexico et les autres provinces du pays, avec l’Espagne, le Pérou, le Nicaragua, qui apportent de l’argent et des marchandises et remportent du cacao, de l’indigo, de la cochenille et d’autres récoltes que la région produit en grande quantité.

 

"608. Elle se présente comme une ville très grande et très peuplée, aux habitations bien construites pour la plupart, les rues bien tracées et droites. L’église cathédrale, très grande et spacieuse, l’une des plus belles des Indes, ainsi que l’évêché, se trouvent à l’angle nord-est de la place principale, carrée et très belle. A l’autre extrémité de la place, presque au sud, sont les Maisons Royales, très grandes et spacieuses, où habite le président. Les auditeurs de l’Audience, qui sont en même temps juges d’état et se reconnaissent à leur bâton de commandement, s’y réunissent. Il y a dans cette Audience, en plus du président, cinq auditeurs, un procureur, deux secrétaires, un rapporteur et d’autres fonctionnaires. La prison d’état se situe à proximité.

 

"609. L’autre côté de la place, en face des Maisons Royales, presque au nord, est longé de galeries très bien construites, où sont les écrivains publics et quelques boutiques de marchands. Le côté qui fait face à l’église Cathédrale a aussi des galeries, bien bâties également, dans lesquelles il y a des marchands et des boutiques d’épiceries. Au bout de la place se trouve une fontaine de très bonne eau, où s’approvisionne une grande partie de la ville, bien que l’eau ne manque pas par ailleurs. De chaque angle de la place partent deux rues principales, de sorte que depuis l’un on voit les couvents de la Merci, de Sainte Catherine et la Compagnie de Jésus, et depuis l’autre le monastère des religieuses de la Conception et l’hôpital général de la ville.

 

"610. Cette ville a des couvents renommés. Celui de Saint Dominique est le plus somptueux, d’une belle architecture, avec une église grandiose très décorée et des cloîtres. Y vivent des personnes très religieuses et savantes quoique, par humilité et du fait de la grande réserve qu’ils apportent à leur comportement et à leurs mœurs, ils dédaignent les titres universitaires. C’est la maison-mère de toute la province dominicaine dans le ressort de l’Audience mais il n’existe de monastères que dans l’évêché de Guatemala, dans celui de Chiapa et dans la Vera Paz, ce dernier étant abandonné. Dans ce remarquable couvent on enseigne les Arts et la théologie que l’on traite avec grande attention et vigilance, comme dans tout ce saint Ordre. Il y est joint un collège où on enseigne les mêmes disciplines et d’autres. Comme Mexico est à presque 300 lieues de là et à de longues journées de voyage, ce qui n’est pas sans difficultés ni inconvénients, la ville a demandé à sa Majesté de lui faire la grâce de fonder une université, la municipalité offrant une rente suffisante pour l’entretenir. Cela réglerait les problèmes indiqués et permettrait aux enfants de la ville et de la région d’étudier sur place, avec plus de facilité. Sinon de nombreux habitants ne pourraient assumer le coût des études de leurs enfants à Mexico ou ailleurs, en raison des frais excessifs et de la distance.

 

"611. Près de ce couvent il y a une autre place plus petite que la place centrale, appelée Place Saint-Dominique. Là et dans les rues avoisinantes se situe le principal lieu de réunion et d’habitation des marchands, le plus actif mouvement et commerce de toute la ville. On y vient quotidiennement pour vendre les marchandises, les vêtements d’indiens et les productions de la région et pour acheter dans le but de revendre dans toutes les provinces de la région." (Antonio Vásquez de Espinosa, "Compendio y Descripción de las Indias Occidentales", 1627-1629, Livre Cinquième, Chapitre 7, De la ville de Saint Jacques de Guatemala, de sa grandeur et de ses couvents ; et des autres églises qu’elle renferme.)

 

Antigua (Guatemala), la cathédrale et la municipalité

 

Joannes de Laert, 1640 :

 

"Nous avons iusques ici conjoinct quelques Provinces pour leur proximité, maintenant nous poursuivrons les villes que les Espagnols y habitent : La principale desquelles est sans contredit S. Iago de Guatimala ; comme estant la metropolitaine de ce Gouvernement & le siege du Parlement. Elle est distante de la ligne de quatorze degrés & trente scrupules vers le Nord : du Meridien de Tolede vers l’Ouest est nonante & trois degrés, comme Herrera a remarqué ; à douze lieuës ou comme d’autres veulent à quatorze de la mer du Zud. Elle est situee au milieu d’une vallée, qui est coupee d’une riviere ; entre deux montagnes flamivomes ; l’une desquelles est proche de la ville, l’autre en est à deux lieuës, dont le sommet est fort haut & rond ; qui le plus souvent a coutume d’exhaler une espaisse fumee, parfois de vomir des flammes& des cendres, & de ietter des pierres bruslees ; & quand le feu commence à sortir, la terre tremble fort & dru tout autour.

 

"Il y a souvent des foudres & tonnerres, toutefois l’aïr n’en est pas moins sain : le terroir y est aussi fertile, fort bon pour les vaches & brebis, desquels il y a grande quantité : la terre y est si feconde en Mays, que dans les campagnes arrousees, elle rend cinq cents pour un, ailleurs jamais moins de cent. Il y a grande quantité d’arbres fructiers, de sorte qu’on peut mettre le païsage de cette ville entre les plus agreables. Herrera conte six cents Bourgeois Espagnols en icelle, outre les Sauvages & esclaves. Chilton Anglois qui passa par icelle en l’an 1570, fait le nombre beaucoup plus petit, & dit que la ville pour lors n’estait pas habitee de soixante Espagnols. Les Officiers du Roi pour la plus grande partie y font leur demeure ; de plus l’Evesque, qui est Suffragant de l’Archevesque de Mexique : il y a aussi un Monastere de Iacobins, & un autre des Frères qu’on nomme de la Mercede ; un Hospital : enfin on y fond tous les metaux. Or on dit qu’en ce Diocese il y a vingt cinq mille Sauvages habitans.

 

"Cette ville est distante de la Metropolitaine Mexique de deux cents septante lieuës par un chemin fort fascheux, qui passe par deux deserts, dont l’un s’estend de Guaxaca iusques à Tecoantepeque quarante & cinq lieuës ; & l’autre de Tecoantepeque iusques à Soconusco soixante lieuës d’estenduë. Or depuis le milieu de May iusques à la mi-Novembre ce chemin est presque impossible pour les pluyes assiduelles, marais & estangs. Et de Guazacoalco lieu situé sur la mer du Nord, elle en est esloignee de deux cents lieuës, où on va par un chemin fascheux & tortu ; toutesfois ils alloyent anciennement querir les marchandises de l’Europe à ce port, avec grand frais & encore plus grande peine ; maintenant ils les transportent par un chemin beaucoup plus court par la vallee de Nacao, (laquelle est seulement distante de la ville de S. Iago de cinquante lieuës) du golfe de Honduras.

 

"Cette ville fut presque toute ruinee l’an 1541 par une horrible tempeste, laquelle s’esleva une nuict à l’improviste du Vulcan, (que nous avons dit estre au dessus de la ville) car roulant avec soi un grand deluge, d’eaux, de fort grosses pierres & des arbres arrachés tous entiers, elle heurta la ville d’une telle impetuosité, qu’elle boulversa les edifices, & couvrit & suffoqua miserablement plusieurs personnes ; & entre autres la veusve du Gouverneur & premier Dompteur de ces Provinces (de laquelle miserable infortune, divers Autheurs en ont escrit diverses choses, & qui s’accordent mal ensemble ;) Toutesfois la ville fut par après restauree & augmentee de nouveaux habitans . On dit que pour le iourd’hui elle est opulente en or & autres richesses, à cause du trafic qu’ils font avec ceux de Veragua & autres nations." (L’histoire du Nouveau Monde ou description des Indes occidentales, contenant dix-huict Livres, par le Sieur Ian de Laet, d’Anvers, à Leyde, chez Bonaventure & Abraham Elseviers, Imprimeurs ordinaires de l’Université, 1640, Chap. XII, Ville de S. Iago de Guatimala principale de ces Provinces)

 

Antigua, 1774, "Liste détaillée des églises, des maisons communes et des édifices publics ... et de l'état déplorable auquel ils se trouvent réduits à cause des tremblements de terre de l'après-midi du 29 juillet et des 13 et 14 décembre de l'année dernière, 1773". Ce tremblement de terre entraîna le déplacement de la capitale sur le site de l'actuelle Ciudad de Guatemala.

 

Antonio de Alcedo, 1786 :

"La ville de Saint Jacques du Guatemala, capitale du royaume et de la province dont on vient de parler, a été fondée par Pedro de Alvarado en 1524 dans une vallée entourée de montagnes, où elle resta peu de temps car elle fut submergée par une terrible inondation qui la détruisit entièrement. Ses habitants changèrent d’emplacement pour la reconstruire à une demi-lieue de là dans la même vallée. Cette vallée est de climat tempéré, très abondante en blé, maïs et toute sorte de fruits, d’origine européenne ou américaine ; sur ce territoire, on produit beaucoup de cochenille et de cacao, qui donnent les principaux bénéfices de son commerce. Et aussi des troupeaux de toutes les races qui se sont tellement multiplié ici que ce n’est pas croyable. La ville est située sur la pente d’un volcan ; elle a six couvents des ordres de Saint Dominique, Saint François, Saint Augustin, La Merci, Saint Jean de Dieu et un collège qui appartenait aux Réguliers de la Compagnie dissoute récemment, deux monastères de religieuses dominicaines, l’un sous le vocable de la Conception, l’autre de Sainte Catherine Martyre ; un Hôpital fondé par son premier évêque, un autre de Saint Lazare pour les lépreux, à l’extérieur, à un quart de lieue de distance et le troisième de Saint Alejo, dont s’occupent les religieuses de Saint Dominique ; un collège séminaire et un autre appelé Collège de l’Assomption. La ville a encore été détruite plusieurs fois par les tremblements de terre, auxquels elle est très vulnérable et le dernier en 1775 qui ne laissa rien d’autre qu’une montagne de ruines. Son Président, Don Martin de Mayorga, l’a reconstruite dans un autre emplacement. Cette ville est siège de l’évêché créé en 1534 par le Souverain Pontife Paul III, promu archevêché métropolitain en 1742 sous Bénédicte XIV, à la demande de Philippe V, Roi d’Espagne ; y sont rattachés les évêchés du Nicaragua, du Chiapas et de Comayagua.  Elle est aussi la résidence du Président, Gouverneur et Capitaine Général du Royaume et du tribunal de l’Audience Royale." (Antonio de Alcedo, Diccionario geografico-histórico de las Indias Occidentales o América: es a saber: de los Reynos del Peru, Nueva España, Tierra Firme, Chile y Nuevo Reyno de Granada. Madrid, 1786/89)

 

Ixcanul, film guatémaltèque de Jayro Bustamente, tourné en 2014 en langue Maya Cakchiquel, à San Vicente de Pacaya, sur le versant du volcan Pacaya, près d'Antigua

 

Une société française de gens de lettres, 1788 :

 

"Saint-Yago de Guatimala, ou simplement Guatimala, capitale, qu’un tremblement de terre a détruite de fond en comble en 1772, & ce n’a pas été la seule fois que cette ville infortunée a subi ce terrible sort : elle étoit belle, peuplée, opulente, & l’on y respirait un air doux, dans une position entre deux montagnes, dont l’une au sud, abondante en sources, & couverte d’une éternelle verdure, ne présente que des fleurs & des fruits délicieux, mais dont l’autre, située au nord, contraste bien étrangement avec la première : son aspect est horrible ; au lieu de verdure, ce n’est qu’un amas de cendres & de pierres calcinées d’une grosseur énorme : les métaux bouillonnent perpétuellement dans son sein avec un bruit effrayant, semblable à celui du tonnerre ; de son sommet s’élancent des flammes et des torrens de souffre. Une semblable position a fait dire que Guatimala étoit située entre le Paradis & l’Enfer. Un tremblement de terre épouvantable, joint à l’éruption d’un volcan, l’avoit déjà renversée en 1751 ; il en couta la vie à plus de 50000 ames. Ayant été rebâtie à peu de distance de sa premiere position, elle a subi une semblable catastrophe en 1772 ; alors on s’est proposé de la rebâtir avec autant de magnificence, mais à huit milles de là. Reste à savoir si ce projet est exécuté." (Histoire universelle depuis le commencement du monde jusqu’à présent, Tome soixante-quatorzieme, contenant l’Histoire de l’Amérique, depuis sa découverte jusqu’à la conquête du Mexique, & la mort de Ferrand Cortez, Paris, 1788)

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

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Les marchés de Mérida, construits sur le site du couvent des Franciscains

« XXXVI – Il y a dans cette ville [Mérida] un monastère de religieux franciscains qui fut le premier fondé dans nos provinces, par un religieux du même ordre nommé Fray Juan de la Puerta, un bon prédicateur et un homme cultivé ; à sa mort, il était évêque-élu de nos provinces en Espagne. Y résident habituellement dix-huit prêtres religieux et frères lais ; ils catéchisent les indiens natifs du pays qui habitent dans les villages les plus proches de la ville. Les religieux le construisirent avec l’aide et le travail des indiens du pays vivant dans les alentours de la ville. La maison est faite de pierre et de chaux et la nef de l’église est couverte d’une voûte d’un très beau travail. Le monastère est en dehors des murs de la ville, au sud-est. »

(Martin de Palomar – Gaspar Antonio Chris. Relación de Mérida. Relaciones geográficas, 1579)

 

 

 

 

 

 

 

 

Première édition de l'"Historia de Yucatán", Madrid, 1688

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une édition partielle de l'Histoire du Yucatan en Français (Les Belles Lettres, Paris, 2014)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Première édition de l'"Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala" ou "Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala", Madrid, 1619

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fontaine dans l'hôtel Casa Santo Domingo, à Antigua, construit sur les ruines du couvent des Dominicains