Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Complément

Las casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

LE REGROUPEMENT

DES INDIENS

 

 

 

 

Mandatés par le Pape et par l'Empereur, auxquels ils rendaient compte régulièrement, le pouvoir des religieux était immense. Ils entreprirent de remodeler l'habitat des Mayas, traditionnellement dispersé, en les regroupant dans de nouvelles agglomérations qui subsistent, tant au Guatemala qu'au Mexique. Ces villes et villages d'indiens vinrent s'ajouter aux quelques villes habitées par les Espagnols, pour constituer la trame actuelle du peuplement de ces régions.

 

Les Mayas doivent abandonner leurs anciennes habitations, Museo de la Cultura Maya, Chetumal, Quintana Roo

 

Antonio de Remesal décrit le travail des Dominicains au Chiapas et au Guatemala :

 

Les Dominicains tracent les villes au carré

(…) "Les pères commencèrent à essayer de regrouper les indiens, et de les organiser en forme de république sociale, afin qu’ils se rendent plus aisément à la messe et au sermon, et à tout ce qui serait nécessaire pour leur gouvernement. Dans ce but ils firent d’abord un plan, pour tout construire de façon uniforme. Ils donnèrent la meilleure place à l’église, grande ou petite, en fonction du nombre des habitants. A côté ils mirent la maison du Père, et devant l’église une très grande place, séparée du cimetière, avec en face la maison du conseil municipal, mitoyenne de la prison, et à proximité l’auberge ou maison commune, où se logeraient les étrangers. Tout le reste du village était tiré au cordeau, les rues droites et larges, orientées Nord-Sud et Est-Ouest, en forme de carrés (cuadras)."

 

Uman, Yucatan, la grande place

 

Les indiens ne veulent pas déménager

"Cela fait, il manquait l’essentiel, à savoir, que les indiens veuillent déménager, car ce peuple aime beaucoup ses huttes, ses habitudes, sa montagne natale, le ravin de son enfance ; et l’endroit auquel l’indien s’est habitué peut être malsain, sec et stérile, il est très difficile de l’en arracher. Les pères commencèrent très progressivement, et avec beaucoup de prudence de traiter avec eux du déplacement des habitations, et pour être plus précis du regroupement des gens et des maisons ; et comme on ne pouvait pas le faire à coups de bâton et par force, les pères devaient s’arranger pour que cela plaise aux indigènes. Quelques villages dirent oui, comprenant grâce aux arguments des pères que cela leur convenait. D’autres qui ne parvenaient pas à décider si cela leur plaisait ou non, se laissèrent convaincre par l’amour qu’ils portaient aux pères et par la conviction qu’ils avaient que ces derniers recherchaient avant tout leur intérêt. D’autres à la manière des courtisans, disaient oui du bout des lèvres, et jamais il ne leur venait à l’esprit l’idée de déménager, bien au contraire ils étaient tous fermement déterminés à ne pas sortir de leur vieille maison enfumée, qu’ils appréciaient plus que les palais les plus somptueux et les plus surchargés d’or de toute l’Afrique ou de l’Europe. Et pour la même raison, d’autres dirent franchement qu’ils ne voulaient pas bouger, ni abandonner les maisons dans lesquelles ils étaient nés." (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, livre 8, chapitre 24)

 

Les moines ont leur méthode pour déplacer les indiens

"La méthode qu’utilisaient les pères pour déplacer les villages était la suivante. D’abord : eux et les caciques et les notables examinaient et mesuraient le nouvel emplacement ; et si les représentants de l’un des anciens villages le jugeaient adapté pour y regrouper les autres, ils le décidaient. Ils faisaient d’abord cultiver les champs proches de l’endroit et pendant que le maïs poussait et arrivait à maturité, ils construisaient les maisons et les laissaient sécher ; et quand les champs (milpas) étaient prêts pour la récolte, au jour dit, ils passaient tous au nouvel emplacement avec beaucoup de bals et de fêtes qui duraient quelques jours, pour leur faire oublier les anciennes demeures. Et les religieux devinrent de si grand maîtres pour édifier des villages, et les peupler d’habitants, que sa Majesté, par un brevet royal, expédié à Valladolid le vingt et un novembre mille cinq cent cinquante huit, secrétaire Francisco de Ledesma, renouvelé à Elvas le quinze décembre mille cinq cent quatre vingt, secrétaire Antonio de Erazo, et à Madrid le huit novembre, avec le même secrétaire, demande au Président et aux Auditeurs de l’Audience de Guatemala qu’ils réunissent les prélats et les principaux religieux pour examiner avec eux le déplacement de certains villages, et qu’après avoir recueilli leur avis et leur conseil ils les lui communiquent."  (…)

 

Le travail est sans cesse à recommencer

"Mais qui dira combien les pères de notre Ordre saint travaillèrent et souffrirent pour fonder les villages, édifier les maisons, faire les églises, et tout le reste nécessaire pour une république ? C’était eux qui tiraient les cordes, mesuraient les rues, fixaient l’emplacement des maisons, fournissaient les matériaux, et sans être architectes de métier, devenaient des maîtres éminents en matière de construction. Ils coupaient les bottes de roseau de leurs mains, moulaient les briques crues, façonnaient les madriers, posaient les briques, allumaient le four à chaux, et ils ne manquaient pas de s’adapter à tous les travaux possibles, y compris les plus grossiers. Que de fatigue, de sueur, de tracas et de contrariétés ils souffrirent pour fonder ces établissements et souvent après les avoir installés, un fois le père éloigné, les habitants retournaient dans les bois, et on devait les amener de nouveau à se rassembler, les appeler, les caresser, les installer dans leurs maisons neuves, raser les anciennes, détruire les lieux de leur ancienne superstition ; et à cette fin, beaucoup étudier la manière de leur parler et de les traiter avec amour et douceur, avec paix et charité, pour qu’ils comprennent que tout cela était pour leur bien, sans aucune autre considération." (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala,  livre 8, chapitre 25)

 

Tecpatán, Chiapas : le monastère dominicain

Le complexe est une énorme masse dominant le village actuel, tel un symbole tangible du nouvel ordre, à la fois religieux et civil, que les Frères avaient imposé aux indiens.

 

La fondation de Rabinal, Baja Verapaz, Guatemala (1538)

"Les pères Fr. Bartolomé de las Casas et Fr. Pedro de Angulo, qui étaient depuis le début de l'année dans les villages du cacique Don Juan, discutèrent avec lui de la façon la plus efficace d'évangéliser toute cette province. Et ils ne trouvèrent pas mieux que de regrouper les indiens dans de nouveaux lieux de peuplement, en les tirant de leurs montagnes et de leurs grottes où ils vivaient dispersés dans de malheureux hameaux qui ne comportaient jamais plus de six maisons, elles-mêmes séparées l'une de l'autre d'au moins une portée de mousquet. Ils se demandèrent par quels villages commencer le travail et découvrirent que ceux de Tococistlán et de Rabinal seraient les plus adaptés. Don Juan commença à négocier avec de bons arguments; mais les indiens lui en opposèrent de meilleurs et furent sur le point de prendre les armes contre lui, horrifiés à l'idée de quitter la vallée où ils étaient nés. Les pères revinrent discuter du sujet avec les indigènes ; ces derniers le prirent si mal qu'ils faillirent en perdre la grande affection qu'ils leur vouaient. Mais les saints prédicateurs évitèrent de les pousser à bout, et grâce à la patience, qui sait surmonter les plus grandes difficultés avec l'aide du Seigneur, ils parvinrent peu à peu à regrouper près de cent maisons sous le même nom de Rabinal, non pas où se situe aujourd'hui le village, mais une lieue plus bas. Ils construisirent l'église et les indiens prirent goût à la vie en communauté, satisfaits d'entendre la messe chaque jour, d'écouter les sermons des pères, de participer à leurs discussions et d'apprendre de nouvelles techniques qui leur paraissaient merveilleuses car ils étaient très limités en ce domaine. Ils s'invitaient les uns les autres sur place et les indiens de Cobán descendaient discrètement voir quelle étaient cette nouvelle manière de vivre qu'avaient leurs voisins de Rabinal." (Fray Juan Bautista Méndez, Crónica de la provincia de Santiago de México de la Orden de Predicadores (1521-1564), Libro segundo, Capítulo 4.)

 

Les églises sont plus ou moins bien construites

"Une fois les indiens installés dans leurs nouvelles villes, on commença à édifier les églises et les maisons des religieux, et au bout de sept ou huit ans, beaucoup d’entre elles étaient achevées et couvertes, et aussi belles que dans bien des villages d’Espagne. Ensuite Notre Seigneur pourvut la province d’un religieux lai appelé fray Melchor de los Reyes, grand artisan tailleur de pierre, et si expert dans son travail qu’il fallait au moins six indiens pour lui apporter tous les matériaux qu’il taillait. Il mourut en mille cinq cent soixante dix sept, et nous manqua beaucoup, parce que par la suite quelques pères visiteurs voulurent construire, avec une certaine opinion de leurs capacités, sans se laisser aider par les artisans et les maîtres de ce métier : ils dépensèrent beaucoup d’argent, et les églises sont aujourd’hui par terre, comme celle de Saint Luc près de la ville de Santiago ; et d’autres sur le point de s’écrouler car elles ont été bâties plus haut que n’en peuvent supporter les fondations, et la charpente disposée en fonction de considérations métaphysiques, comme celle des Zacatepeques, qui fait peur quand on y pénètre. Celle de Chimaltenango a un aspect très original et curieux, qu’on ne doit retrouver nulle part dans toutes les Indes, faisant que l’eau d’un des versants du toit s’écoule vers la mer Océane, ou du Nord, et celle de l’autre versant vers la mer du Sud."

 

L'église Sainte Anne de Chimaltenango

 

Leur décor s'enrichit rapidement

"La décoration des églises était très pauvre au début et les retables et les sculptures, par manque d’artisans, peu remarquables ; les temps changèrent et grâce à l’action des pères les indiens commencèrent à s’intéresser à ces choses et ont été très généreux pour en offrir à Dieu, et il faut d’autant plus les en remercier que la terre du Guatemala est moins riche que d’autres dans les Indes. Il n’existe pas une église qui n’aie au moins dix ou douze statues et plus, chacune avec sa bannière que les indiens, serviteurs et amis du donateur, portent au cours des processions. Chacun conservait ces statues chez soi sur un autel bien décoré, telles des choses appartenant à ceux qui les offraient. On trouva ensuite des inconvénients à cela, et les pères firent qu’on les rapporte à l’église, et à Xocotenango, le père fray Víctor de Carvajas eut quelques contrariétés à cette occasion car avec son grand zèle il comprit plus tôt que d’autres ce qui se passait. Les ornements qu’on a donnés et qu’on donne chaque jour sont très abondants, parce que certains indiens et certains villages poussés par leurs habitants se surpassent dans ces œuvres. Pour donner ici un rapport complet de l’ampleur que cela peut avoir, quand je partis pour la Nouvelle Espagne, je commençai à faire un inventaire de l’argent et des ornements qu’il y avait dans les villages que je traversais, et le nombre et la quantité arrivaient à un tel niveau qu’il aurait fallu un livre très épais pour l’enregistrer : à Zumpango seulement, qu’administrait le père fray Juan de Ayllón, un indien avait donné pour cinq mille cinq cent quatre vingt tostones d’argent et d’ornements ; et j’oserais affirmer que dans la seule région de Zacapula, les indiens ont été plus généreux en la matière que tous ceux qu’administrent les autres Ordres dans toute la province du Guatemala, des Chiapas et des Zoques. Et pourtant il n’y a pas de comparaison ni de mesure possible, car les autres régions ont beaucoup d’avantages en ayant des habitants plus riches."

 

Sumpango, Guatemala, l'église du village dans le décor d'un cerf-volant géant construit pour la fête des morts, novembre 2014

 

Les moines parviennent à pacifier la région

"Est aussi digne d’éloge la façon dont les indiens, une fois les villages installés, s’adonnèrent à la musique, tant aux chants qu’aux instruments, en particulier à Chiapa et chez les Zoques, parce qu’ils communiquaient plus avec les maîtres de Nouvelle Espagne ; parmi eux ceux de Cinacantlán se distinguèrent, et ceux du village même de Chiapa. Cela joua un grand rôle pour achever d’apaiser et de pacifier la région, car lorsque les religieux pénétrèrent dans la province de Chiapa, il y avait beaucoup d’indiens en guerre, révoltés par les mauvais traitements des Espagnols, qui voyant comment les pères favorisaient et défendaient les indigènes et leur aménageaient des républiques où vivre en paix, s’y replièrent de bonne volonté. A la suite des informations que les pères avaient transmises au Conseil, sa Majesté, par un décret royal promulgué à Valladolid, le neuf octobre mille cinq cent quarante neuf, secrétaire Juan de Sámano, commande à l’Audience qu’aucun Espagnol ne vienne conquérir ces indiens, mais que seuls les religieux aillent vers eux, avec la parole de la prédication, car on attend d’eux, dit-il, qu’ils les pacifient de cette manière, comme cela se fit dans la Verapaz." (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala,  livre 8, chapitre 25)

 

L'église de Zinacantán, village proche de San Cristóbal de Las Casas, habité par les mayas tzotziles, siège d'un des premiers couvents dominicains du Chiapas

 

Diego Valadés : les réductions d'indiens

"Quand les religieux eurent regroupé, à grand peine, les indiens qui étaient dispersés dans les montagnes et les déserts et les eurent amenés à ce qu’ils vivent en société, ils leur apprirent avec un grand zèle les bonnes mœurs et la façon de se conduire dans leurs relations familiales et leur mode de vie.

"On fit, tout d’abord, un schéma détaillé et précis de l’emplacement des futurs édifices, des rues, des promenades et des chemins ; on fit aussi la répartition des champs conformément aux ordres de la majesté royale et de la municipalité.

"Mais avant d’entreprendre cela, on ne manqua pas de réfléchir à la conduite à tenir face à ces regroupements d’hommes incultes, afin de les tenir en bonne santé, tant corporelle que spirituelle ; et aussi à l’installation de ceux qui désormais devraient nouer les contacts avec eux.

"On leur attribuait des terrains très vastes, suffisants pour construire une maison, planter du maïs et entretenir des jardins, avec un espace supplémentaire pour y semer des légumes et d’autres plantes utiles pour les provisions de chaque jour, tels que piments, courges, agaves, figues de barbarie, tabac et aussi des arbres fruitiers de toute sorte apportés d’Espagne ; tout cela fut planté sous l’autorité des religieux.

"Les récoltes deviennent si abondantes que dans beaucoup de ces nouveaux villages les fruits se vendent moins cher que nulle part ailleurs. S’ajoutent à cela les légumes, notamment d’Espagne, si bien que chacun peut cultiver son terrain selon sa volonté et ses capacités, sous réserve cependant d’en répartir les bienfaits entre tous.

"Et pour qu’il n’y ait pas matière à plaintes on conservait une partie déterminée des terrains, au cas où quelqu’un n’aurait pas obtenu tout ce qui lui revenait, et cela ne peut manquer de se produire au milieu de tant de divisions ; on lui donnait alors une compensation dans un autre endroit, en fonction de ses demandes et désirs, afin que l’égalité règne entre tous." (Diego Valadés, Rhetórica Christiana, 1579)

 

La trame urbaine imposée par les Ordonnances de découverte (1573), dans Francisco Solano, Historia urbana de Iberoamérica - La ciudad iberoamericana hasta 1573, Comición nacional del quinto centenario, Madrid 1987

 

Rodrigo de Vivero : De  l’importance de la conservation des Indiens et  de leur protection car ils sont en train de disparaître et s’il n’y a plus d’Indiens c’en est fait des Indes

 

"Un saint vice-roi, animé d’un zèle très chrétien, mais mal conseillé, décida de retirer les Indiens de leurs anciens établissements, de les rassembler et de les « réduire » dans de nouvelles places. Il justifia cette mesure en faisant valoir qu’ils n’avaient pu être suffisamment catéchisés et qu’il était nécessaire de les faire rentrer dans un ordre politique où les ecclésiastiques et la justice séculière les auraient davantage en main. Tout cela était brillamment justifié, mais sous le miel on aurait vite trouvé l’amertume. On réunit à ce propos diverses assemblées et de grandes oppositions se manifestèrent mais elles ne suffirent pas car le projet fut mis à exécution au grand dommage de ces gens sans défense. Il en résulta qu’au bout de six ans il manquait plus de cinq cent mille Indiens, morts ou fugitifs ; ou bien ils n’avaient pas pu supporter une température différente de celle où ils étaient nés et avaient été élevés, ou bien ils avaient fui, désespérés d’abandonner la terre qu’ils cultivaient ; on leur disait bien qu’ils ne la perdaient pas, mais il est clair que le misérable Indien qui ne cultive la terre qu’à deux toises de sa maison, n’ira pas parcourir quatre ou six lieues pour retrouver celle qu’il lui a fallu quitter, et qui, en peu de jours, sera occupée par des Espagnols avec ou sans titres légaux."

 

(Rodrigo de Vivero (1564-1636), Relation et informations sur le royaume du Japon avec d’autres avis et projets pour le bon gouvernement de la Monarchie espagnole par Don Rodrigo de Vivero, qui les dédie à sa Majesté catholique le Roi notre Sire année 1609, chapitre 35, traduit par Juliette Monbeig, SEVPEN, Paris, 1972)

 

 

 

Portrait de Las Casas (dans Agustín Yáñez, Fray Bartolomé de Las Casas, el conquistador conquistado, SEP, Secretaria de Asuntos Culturales, Cuadernos de la lectura popular,  México, 1966)

 

 

Le point de vue de Bartolomé de Las Casas sur les constructions religieuses

"Les prélats des églises cathédrales et paroissiales, et ceux des ordres, sont obligés de charger des personnes justes et craignant Dieu de faire l'estimation des édifices, des églises et des couvens, ainsi que des fonds sur lesquels on les a bâtis, et du montant des journées et des matériaux que les Indiens ont fournis, afin que la valeur leur en soit restituée. La preuve de cette conclusion c'est que ces fonds de terre et les édifices qu'on y a construits appartiennent aux Indiens, et qu'on n'a pu se les approprier autrement que par violence, comme je l'ai déjà fait remarquer. Ces spoliateurs sont donc obligés de les rendre, et je range dans cette classe ceux qui commandent dans ces églises. Mais comme elles sont déjà consacrées à Dieu, elles ne peuvent être employées à des usages profanes ni changer de destination ; on doit donc en remettre la valeur aux Indiens, ainsi que celle des terres où ces édifices ont été élevés et des travaux qu'ils ont coûté. Telle est l'opinion de saint Augustin et de saint Grégoire. Celui-ci raconte que quelques juifs s'étant plaints à lui qu'on leur eût enlevé, par ordre d'un évêque, leurs synagogues pour en faire des églises, il ordonna aussitôt qu'elles fussent estimées et que la valeur leur en fût payée, ne croyant pas cependant que pour accomplir toute justice à leur égard on dût en faire la démolition.

"J'ai dit que ce soin appartient aux prélats et aux autres supérieurs, parce que c'est pour eux un devoir essentiel d'obtenir la restitution du bien mal acquis.

"J'ajoute qu'ils disposent de choses qui ne sont point à eux contre la volonté de leurs véritables propriétaires, ce qui est un véritable vol ; qu'ils commettent un déni de justice à l'égard de ceux qui sont lésés ; qu'ils donnent mauvais exemple aux commandeurs [encomenderos], qui se croient tacitement autorisés à garder ce qu'ils ont volé en voyant les prélats et les religieux jouir tranquillement des églises et des monastères construits sur des terrains usurpés, au prix du sang des malheureux Indiens ; d'où ils concluent qu'ils ne sont pas plus obligés que les autres de restituer ce qu'ils ont pris : s'ils voyaient au contraire les ecclésiastiques rendre aux Indiens les terres dont on s'est emparé pour y bâtir des églises et des couvens, il est probable qu'ils imiteraient leur exemple ; du moins peut-on présumer qu'ils ne vivraient pas dans une si grande indifférence à cet égard, et que leur salut ne serait pas aussi sérieusement exposé."

(Réponse de Don Bartolomé de Las Casas aux questions qui lui ont été proposées sur les affaires du Pérou en 1564, Dixième conclusion sur le cinquième doute, Traduction : J. A. Llórente, Oeuvres de Don Barthélémi de Las Casas, Paris, 1822, Eymery, Libraire-Editeur)

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

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San Cristobal Verapaz, Guatemala : une rue rectiligne menant à la lagune

 

 

"Ordonnances de découverte, de peuplement et de pacification des Indes données par Philippe II, le 13 juillet 1573, dans la forêt de Ségovie :

"111 – Une fois faite la découverte, une fois choisies la province, la contrée et la terre qu’il est prévu de peupler et les emplacements des endroits où doivent être faites les villes nouvelles, une fois installés ceux qui doivent les réaliser, on devra l’exécuter de la façon suivante : en arrivant à l’endroit où doit être faite la ville, lequel endroit ordonnons doit être parmi ceux qui sont libres et que l’on peut prendre à notre usage sans préjudice pour les indiens et les indigènes ou avec leur libre assentiment, qu’on fasse le plan de l’endroit en l’organisant en places, rues et terrains à bâtir au cordeau et à la règle en commençant à partir de la grand place et depuis là en traçant les rues jusqu’aux portes et aux principaux chemins, tout en laissant assez d’espace ouvert pour que même si la ville connaissait un fort développement elle puisse conserver la même forme."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un plan d'Antigua (Guatemala), placé devant le couvent de La Merced

"Le premier ordre religieux à s'installer dans la ville de Santiago de los Caballeros de Guatemala [Antigua], parmi ceux qui plantèrent dans nos provinces les graines du saint évangile, ce fut celui de Notre Dame de la Merci, en l'an 1538, à la demande de don Francisco Marroquín, évêque célèbre et révéré, d'illustre mémoire ; cette année-là, les pères fray Marcos Pérez Dardón, fray Juan de Zambrana et fray Pedro de Barrientos, vinrent de Mexico ; ils étendirent ensuite leurs couvents et leurs fondations dans toute la Sierra et dans les provinces de San Salvador, San Miguel, Honduras et Chiapas."

(Francisco Antonio de Fuentes y Guzmán, Recordación Florida, livre neuf, chapitre XIV)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rabinal, la place du village

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Un indien marié, voyant qu'on l'enlevait d'un village pour l'amener dans un autre, qu'on le privait de sa maison, de ses terres, de ses arbres et de ses cactus (qui sont ce à quoi il tient le plus), qu'on lui demandait de construire de ses mains sa nouvelle maison, dans un endroit plat et dépourvu de tout ce qu'il laissait de l'autre côté et qu'on l'éloignait sans entendre ses plaintes, désespérant de la vie, alla chez lui, tua sa femme et ses enfants ainsi que tous les êtres vivants qui s'y trouvaient, brûla tous ses objets de valeur (qui n'étaient pas grand' chose) et ensuite se pendit lui-même en disant que c'était le seul remède à une vie si malheureuse."

Juan de Torquemada, Monarquía indiana, libro V, cap. XLIII.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(Rodrigo de Vivero, Du Japon et du bon gouvernement de l'Espagne et des Indes, traduit par Juliette Monbeig, SEVPEN, Paris, 1972)