Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

LAS CASAS

CONTRE

LES CONQUISTADORS

 

 

 

 

Bartolomé de Las Casas vient d'être nommé évêque du Chiapas par Charles Quint. Il entraîne avec lui un groupe de Dominicains afin d'évangéliser les indiens. Après un voyage terrible, marqué par un naufrage au cours duquel neuf missionnaires se noient, il arrive à Ciudad Real (San Cristobal de Las Casas) en 1545.

Il va se heurter aux Espagnols du lieu car il apporte avec lui des "Lois nouvelles" qu'il a fait signer par l'Empereur et qui exigent la libération des esclaves et la suppression des encomiendas (territoire confié à un Espagnol chargé d'évangéliser les indiens et ... de les exploiter). Las Casas devra fuir la ville à plusieurs reprises avec ses Dominicains. En 1547, il renonce et rentre en Espagne.

 

Une statue de Bartolomé de las Casas à San Cristobal de las Casas

 

Antonio de Remesal, qui est notre principale source sur la vie de Bartolomé de Las Casas, en dehors des écrits de ce dernier, raconte en détail les événements :

 

Des indiens mayas sont réduits en esclavage

[…] "Dans ces premiers jours il (Bartolomé de Las Casas) avait l’âme très affligée, et le cœur très blessé par le va et vient des esclaves indiens qui se vendaient ainsi comme des troupeaux de brebis et dont on se servait pour les travaux et les mines et le portage d’un endroit à l’autre comme si c’était des animaux domestiques : et parfois on les traitait avec moins de miséricorde. Et bien que ce fut une pratique générale dans toutes les Indes et que les habitants de Ciudad Real (San Cristobal de la Casas) ne fussent pas de plus grands pêcheurs que ceux de Mexico ou de Guatemala, comme le noble évêque ne s’était pas engagé à rendre compte des autres à Dieu mais de ceux-ci en particulier, il les plaignait et pleurait et soupirait en y pensant ; et il était encore plus bouleversé quand en cachette de ses maîtres une petite indienne venait le voir chez lui baignée de larmes et s’agrippant à ses pieds lui disait : mon père, je suis libre, regarde-moi je ne porte pas de marque de fer sur le visage, mon maître m’a vendue comme esclave, défends-moi toi qui es mon père : et elle y ajoutait d’autres propos  encore plus émouvants, car les femmes indiennes sont très émotives, et expriment leur douleur avec excès." […]

 

Bartolomé de Las Casas refuse d'absoudre les Espagnols qui possèdent des esclaves

"Et pour que ce ne soit pas que des mots, il passa aux actes et le dimanche de Saint Lazare ou dimanche de la Passion il suspendit tous les confesseurs de la ville sauf le doyen et le chanoine de son église et il leur donna à tous deux une liste de cas dont il se réservait l’absolution ; et s’il conserva si peu de confesseurs, c’était en raison de l’aptitude de ceux qu’il avait nommés. […] Les deux confesseurs refusaient donc l’absolution au pénitent et le renvoyaient à Monseigneur l'évêque. Très peu d’entre eux allaient le voir et encore en fronçant les sourcils, se tenant pour offensés : mais nul de ceux qui y allaient ni de ceux qui s’y refusaient, ne s’affligeait du refus de la grâce qui pourtant est un bien plus important que les prétendus biens terrestres, qui sont de la fumée par rapport à cette grâce qui fait participer l’homme de la nature de Dieu. Certains s’étonnaient qu’on leur conteste alors les sacrements : situation qui ne s’était jamais produite de toute leur vie, pourtant chargée des mêmes péchés qui les opprimaient alors. D’autres prenaient cela pour un point d’honneur et s’arrêtaient à ce que diraient les indiens. Si nous nous en séparons maintenant, disaient-ils et cessons de les acheter et de les vendre comme nous faisions jusqu’ici, ils diraient que nous étions des tyrans dès l’origine et que nous n’avions pas le droit de les traiter comme nous l’avons fait, puisqu’il a fallu un frère comme celui-ci pour leur rendre la liberté. Ils riraient de nous, se moqueraient et nous siffleraient dans les rues et il n’y aurait plus un seul indien pour faire ce qu’un espagnol lui demande. D’autres regardaient à l’intérêt et au profit qui étaient liés à la captivité des indiens, qui aussitôt cesseraient de produire le sucre de leurs raffineries, le blé de leurs labours, l’or et l’argent de leurs mines et les pièces de monnaie de leurs coffres : profits qui augmentaient en les achetant et en les vendant ; Et comme ils ne tenaient pas compte des intérêts supérieurs de la loi de Dieu, ils s’enfonçaient avec toutes ces considérations dans leur obstination et leur âpreté et dans leur résolution définitive de rester dans leur état présent : Que l’évêque dise ce qu’il a envie de dire et fasse ce qu’il a envie de faire." […]

 

Las Casas, défenseur des indiens, fresque de Carlos Jurado (1927-2010), Faculté de droit, Université autonome du Chiapas, San Cristóbal de Las Casas

 

Les colons espagnols se plaignent de Las Casas

"Ils allèrent plus loin et ils le contestèrent avec la bulle de concession des Indes, fondement de la conquête du continent, affirmant qu’il n’y avait pas de péché à rendre les indiens esclaves puisqu’il s’agissait d’une guerre juste. A quoi Monseigneur l'évêque leur répondait qu’il l’avait souvent lue et que dans tout le texte il n’y avait pas un mot de guerre, ni d’autorisation de faire des esclaves, et que le Pape ne pouvait pas lui commander de donner les sacrements à ceux qui n’avaient pas même l’intention de se libérer du péché : et qui de plus ne cessaient de pêcher. Malgré cette réponse ils lui disaient qu’il désobéissait au Souverain Pontife et qu’il méprisait ses bulles apostoliques : et en présence du greffier et de témoins ils exigèrent qu’il donne l’autorisation aux confesseurs de les absoudre, menaçant s’il ne voulait pas le faire d’en référer et de porter plainte auprès de l’archevêque de Mexico, du Pape, du roi et de son conseil, en le présentant comme un homme séditieux, menaçant les chrétiens et les combattant, qui favorise et protège ces chiens d’indiens. A quoi Monseigneur l'évêque leur répondit : Oh aveugles, aveugles, et comme Satan vous abuse. Puisque vous me menacez de vous plaindre auprès de l’archevêque, du Pape et du roi, sachez que de par la loi de Dieu je suis contraint de faire ce que je fais et vous de faire ce que je dis, et que de plus les lois très justes de votre roi vous y obligent, vous qui vous flattez d’être ses vassaux très fidèles ; et il brandit les nouvelles ordonnances, lut la disposition relative à la liberté des esclaves et dit : En m’appuyant sur cela je devrais plutôt me plaindre de vous parce que vous n’obéissez pas à votre roi. Nous avons déjà fait appel de ces lois, dit l’un d’entre eux, et tant que nous ne recevrons pas une confirmation du Conseil, elles ne nous obligent à rien. Ce sera le cas, dit Monseigneur l'évêque, si vous n’avez pas au fond de vous-même accepté la loi de Dieu et l’acte de justice aussi lourd de conséquences que la liberté d’un innocent injustement détenu et captif, comme le sont tous les indiens qui s’achètent et se vendent en public dans cette ville. En conclusion, Monseigneur l'évêque ne pu rien obtenir de leur part, ni eux ni leurs protestations faire dévier l’évêque d’un pouce de sa route." […] (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, livre 6, chapitre 2)

 

Le Doyen de San Cristobal trahit Bartolomé de Las Casas

"On s’aperçut le dimanche des Rameaux, le Jeudi Saint et le premier et deuxième jour de Pâques, que le Doyen donnait la communion à certains dont on savait de source sûre qu’ils appartenaient aux cas réservés, car ils avaient des indiens esclaves, et continuaient à l’époque à en acheter et en vendre comme auparavant. […] Monseigneur l'évêque pris très mal cet acte de mépris, et envoya son gendarme et les clercs à son domicile qui était à côté, pour qu’ils le saisissent." […]

"Au vu des allées et venues des messagers, la moitié de la ville s’était rassemblée dans la rue et quand le doyen qui sortait prisonnier vit tant de gens il commença à se débattre avec ceux qui l’encadraient et à crier : Aidez-moi, messieurs, et je vous confesserai tous, libérez-moi et je vous absoudrai. Aussitôt un juge de paix commença à crier : Au nom du roi, au nom du roi, place à la justice, et en un instant l’appel gagna toute la ville et tous sans exception se rassemblèrent dans la rue, tous armés comme pour une alerte à la frontière. Les uns vinrent bloquer la porte de la maison des pères pour qu’ils ne viennent pas à l’aide de l’évêque et les autres se chargèrent de libérer le doyen, et de fait ils l’arrachèrent des mains des clercs et le dissimulèrent. Avec force cris et cohue ils entrèrent chez l’évêque en hurlant : Au nom du roi. Dans la première pièce se trouvaient par hasard le père fray Domingo de Medinilla et Gonzalo Rodríguez de Villafuerte, un chevalier de Salamanque venu en voisin, et ils essayèrent de calmer les gens. Monseigneur l'évêque qui était dans une autre pièce où il s’était retiré entendit les voix et sortit pour leur parler. Le père fray Domingo le fit rentrer, en retenant les gens et comme il ne pu fermer la porte les meneurs de l’émeute entrèrent derrière l’évêque. Ils eurent de vifs échanges de mots avec leur prélat et celui qui lui avait tiré un coup d’arquebuse jura ici de le tuer ; la colère avait tellement grandi dans ces circonstances que tous furent confondus de la paix et du calme avec lesquels Monseigneur l'évêque les écouta et les renvoya." […] (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, livre 6, chapitre 3)

 

12 octobre 1992, destruction de la statue de Diego de Mazariegos, conquérant du Chiapas, installée devant le couvent des Dominicains, à San Cristobal de Las Casas

 

Chassé de la ville, Las Casas revient par surprise

"Monseigneur l'évêque marcha toute la nuit, et entra à l’aube dans la ville, et parce qu’il n’avait pas d’autre logement alla directement à l’église. […] Les juges de paix et les conseillers municipaux vinrent donc à l’église, accompagnés par toute la ville. Ils s’assirent comme pour écouter un sermon, et l’évêque sortit de la sacristie pour leur parler, et lorsqu’ils le virent, personne ne lui demanda sa bénédiction, ne lui dit un mot, ni ne fit un geste de politesse. Aussitôt le greffier du conseil municipal se leva et lu un texte qui était celui même qu’ils pensaient lui présenter avant son entrée dans la ville, par lequel ils exigeaient qu’il les traite comme les personnes de qualité qu’ils étaient, et les soutienne et les aide à conserver leurs biens, moyennant quoi ils l’accueilleraient en qualité d’évêque et lui obéiraient comme à leur pasteur légitime." […]

 

Une violente dispute dans l'église de San Cristobal

"Satan prenait soin de semer la discorde entre eux par l’intermédiaire de l’arrogance d’un conseiller municipal qui depuis son siège, sans se lever, ni ôter son bonnet dit à l’évêque : qu’il devrait considérer comme un grand bonheur d’avoir pour sujets des chevaliers aussi éminents que les seigneurs ici présents ; qu’il devrait comprendre qu’ils étaient très choqués qu’il ne les traitât pas avec la courtoisie et le respect qui leur étaient dû, que sa façon d’agir avec eux aujourd’hui les indisposait au plus haut point. Comment une personne privée comme lui se permettait de convoquer à l’église un conseil municipal aussi éminent que celui de cette ville illustre et constitué de personnes aussi nobles ; alors qu’elle aurait dû aller à son domicile, et de là à l’hôtel de ville si elle voulait quelque chose, et là avec beaucoup de politesse et d’humilité présenter sa demande. L’évêque qui avait été attentif à tout ce que le conseiller municipal disait, et par prudence bridait son caractère qui n’était pas tout miel, afin que des mouches de cette sorte n’en profitent pas ; imitant Moïse qui était plus paisible et calme que tous les hommes qui vivaient alors sur la face de la terre, mais savait aussi dégainer une épée et en tuer autant d’idolâtres qu’il s’en trouvait en face, lui dit avec une grande autorité : Ecoute, toi, et écoutez tous vous qui êtes ici, puisqu’il a parlé en votre nom. Quand moi je voudrai vous demander quelque chose vous appartenant,  j’irai en personne vous parler chez vous ; mais quand il s’agira de traiter avec vous de choses appartenant au service de Dieu, et à vos âmes et consciences, je vous ferai appeler, et vous demander de venir où je me trouverai moi, et vous devrez venir sans broncher quoi qu’il vous en coûte, si vous êtes des chrétiens. L’évêque prononça ces phrases avec une telle fougue, une voix si forte et un visage si sévère, qu’il semblait émettre des éclairs, et il effraya de la sorte ceux qui l’écoutaient et personne ne se risqua, non seulement à lui répondre, mais même à oser le regarder en face." […]

 

Une autre altercation encore plus violente entre les Espagnols et Las Casas

"Ils l’emmenèrent chez lui et le saint vieillard était épuisé d’avoir marché à pied toute la nuit passée, le manque de sommeil l’affaiblissait et le manque de nourriture le faisait défaillir, et les cris qu’il avait poussés lui avaient troublé l’esprit. Et comme il ne pouvait pas compter sur autre chose à manger dans la cellule où il entra, il commença à déjeuner d’un morceau de pain avant de boire une gorgée de vin. Il l’avait tout juste commencé à mâcher quand toute la ville en armes entra dans le couvent et les plus audacieux dans la cellule de l’évêque. Se voyant entouré de tant d’épées et d’estocs au clair, de tant de boucliers et d’espadons, il se troubla et fut si violemment hors de lui, qu’il ne pu avaler le morceau de pain qu’il avait dans la bouche, ni le recracher, et resta comme mort. Les pères du couvent demandaient quel était le motif de ces armes et des troubles, mais le vacarme et la confusion de la populace étaient tels que la plupart ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient. […] Après ce personnage un chevalier de bonne lignée parla ensuite, et très agité, oublia tant la politesse et la réserve que les personnes de son rang adoptent d’ordinaire pour parler aux autres, que l’homme le plus impudent du monde n’aurait pas mieux dérapé. L’évêque l’écouta avec beaucoup de patience et lui dit : Monsieur, je ne veux pas vous répondre, afin de laisser à Dieu le soin de vous punir, car cette injure, vous ne me l’avez pas faites à moi, mais à Dieu lui-même." […] (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, livre 7, chapitre 8)

 

Pour connaître la position de Las Casas sur l'esclavage, voir la page :

"Las Casas et la liberté des indiens"

 

San Cristóbal de Las Casas, l'église de Saint François

 

Le point de vue des conquistadors de San Cristobal :

« La passion de Fray Bartolomé de Las Casas Evêque de Chiapas, et par conséquent de tous les frères, est bien connue ; eux et lui en savent la raison mais il est possible qu’ils ne la sachent pas et que ce soit une ruse de Satan pour obtenir ce qu’il veut. On entend partout les cris qu’ils poussent et le son en semble bon, mais ce qu’il dit, lui, en faveur des indiens, nous autres le voulons encore plus et nous l’accomplissons mieux que lui ne peut le dire, en les traitant bien et en les évangélisant. Satan s’est introduit à la faveur de ce zèle et l’a bouffi d’avarice, de jalousie et d’ambition d’atteindre le but que nous désirons tous et que lui seul clame sur la voie publique. Comme il était plein de ce que nous avons dit plus haut, Satan lui a trouvé des expédients mauvais et faux afin que l’œuvre de Dieu s’effondre et que Vos Possessions Royales se perdent ; on peut se convaincre qu’il en sera ainsi au vu de ce qui s’est passé. Cet Evêque pas plus que les frères, qui sont pleins de passion, ne le comprennent : Satan les aveugle et c’est bien la ruse dont nous parlions plus haut. Il semble à Votre Majesté et à Votre Conseil que ni les religieux ni l’évêque ne peuvent s’égarer car ils affectent la volonté de décharger Votre Conscience Royale, mais Satan sait qu’il les trompe pour parvenir à ses fins. On a bien vu et on voit à l’usage qu’ils se sont trompés et se trompent chaque jour puisqu’ils se mêlent du travail des autres, négligent le leur, et doivent ainsi nécessairement se tromper. Ce seul fait devrait en persuader toute personne de bon jugement… » (Lettre au Roi de Plusieurs Conquistadors et Premiers Colonisateurs. 20 mars 1551.)

 

Le Pape François devant la cathédrale de San Cristobal de Las Casas (15 février 2016), pendant sa visite au Mexique

 

L'opinion de Garcilaso de la Vega el Inca, fils de conquistador, hostile à Bartolomé de Las Casas :

"Lois et ordonnances faites à la cour d'Espagne pour le gouvernement des deux empires du Mexique et du Pérou.

"Frère Barthélémi de las Casas étant venu de la Nouvelle Espagne, l'an 1539, et arrivé à Madrid où la cour étoit alors, se mit incontinent à publier, non seulement dans ses sermons, mais dans ses discours familiers, qu'il étoit grand défenseur des Indiens et fort zélé pour leur commun bien. Mais quoiqu'il avançât et soutint même des choses qui sembloient bonnes et saintes en elles-mêmes, il s'y trouvoit néanmoins je ne sais quoi de fort rude, et qui en rendoit l'exécution extrêmement difficile. Il les proposa dans le grand conseil des Indes, où elles furent rejetées [...]. Celui-ci ne laissa pas de persister dans son dessein, qu'il tint caché jusqu'à l'an 1642, que l'empereur Charles-Quint revint en Espagne, d'un fort long voyage qu'il avait fait, par la France, dans le Pays-Bas et en Allemagne. Ce grand prince, qui étoit très zélé, se persuada facilement ce que le frère lui proposa, parce qu'il lui dit qu'il étoit engagé en conscience de faire travailler aux nouvelles lois et à l'exécution des ordonnances qu'il soutenoit devoir être faites pour le commun bien des Indiens. Sa Majesté Impériale, ayant entendu ce religieux, fit assembler ses conseils, et plusieurs prélats en qui la capacité et l'intégrité de vie se trouvoient jointes ensemble. L'affaire étant donc proposée et mise en délibération alla si avant, qu'enfin la demande de F. Barthélémi eut lieu. Cela se passa pourtant contre les sentiments [...] de ces excellents hommes, qu'une longue expérience avoit rendus capables des plus grandes négociations des Indes, (et qui) contredirent les nouvelles ordonnances. L'empereur néanmoins, les signa dans Barcelonne le 20 novembre de l'an 1542." (Garcilaso de la Vega el Inca, Comentarios Reales, 1617, traduction de Baudoin, Kuyper éditeur, Amsterdam, 1706, Deuxième partie, Livre troisième, chapitre XX.)

"Ces peuples, poussant plus loin leur imprudence, faisoient mille contes contre ceux qui avoient conseillé de faire les nouvelles ordonnances. Ils en vouloient surtout à F. Barthélémi de las Casas, qui est le même que Diego Fernandez met au nombre des vieux conquérants des Indes, qu'ils savoient être celui qui avoit imaginé et sollicité l'établissement de ces lois.

"Diego Fernandez dit que l'empereur le fit évêque de Chiapa, qui est dans le Mexique, mais qu'il n'osa jamais aller prendre possession de cet évêché, à cause des grands désordres qu'il avoit causés dans les Indes. Il me souvient que l'an 1562 je le rencontrai à Madrid, où il me donna ses mains à baiser, ayant ouï dire que j'étois né aux Indes ; mais il ne me tint pas de longs discours quand il sut que j'étois du Pérou et non pas du Mexique." (Garcilaso de la Vega el Inca, Le Commentaire Royal, 1617, traduction de Jean Baudoin, Kuyper éditeur, Amsterdam, 1706, Deuxième partie, Histoire générale du Pérou, Livre quatrième, chapitre III)

 

Garcilaso de la Vega, el Inca, à Cuzco, Pérou

 

Las Casas : Mémorial au Conseil des Indes, 1565

 

« Ce que j’ai voulu faire comprendre en cette matière est ceci :

 

Premièrement, que toutes les guerres, appelées conquêtes, furent et sont des plus injustes.

 

Deuxièmement, que nous avons usurpé tous les royaumes et seigneuries des Indes.

 

Troisièmement, que les encomiendas ou repartimientos des Indiens sont iniques, mauvais en eux-mêmes, tyranniques, tout comme l’est ce gouvernement.

 

Quatrièmement, que ceux qui les attribuent et ceux qui les ont reçus sont en état de péché mortel, et s’ils ne les abandonnent pas, ils ne pourront être sauvés.

 

Cinquièmement, que le roi, Notre Seigneur  –que Dieu le rende prospère et le garde- avec tout le pouvoir que Dieu lui a donné, ne peut justifier pas plus que se justifient les guerres et les vols des Turcs au peuple chrétien- les guerres et vols faits à ces peuples, ni lesdits repartimientos ou encomiendas.

 

Sixièmement, que tout l’or, tout l’argent, les perles et autres richesses qui sont venus des Indes en Espagne sont volés.

 

Septièmement, si ceux qui ont volé et volent aujourd’hui encore ou ceux qui y participent ne restituent pas, ils ne pourront être sauvés.

 

Huitièmement, les peuples naturels de toutes les régions des Indes où nous sommes entrés ont un droit acquis de nous faire la guerre la plus juste et de nous radier de la face de la terre, et ce droit leur restera acquis jusqu’au jour du Jugement.

 

Ces conclusions, l’auteur les a largement exposées dans le livre qu’il a donné à Sa Majesté. »

 

(Traduction : Charles Gillen, Bartolomé de Las Casas, une plume à la force d’un glaive, lettres choisies, Les Editions du Cerf, Paris, 1996)

 

 

2016 "Des moines chez les Mayas"

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Bartolomé de las Casas, Universidad Nacional Autónoma de Chiapas, San Cristóbal de las Casas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Pendant cette même année 1545, nos religieux de Ciudad Real souffrirent beaucoup pour la liberté des indiens, car ils étaient désolés de les voir esclaves contre toute loi divine, naturelle et positive ; en tant que véritables pères des indiens, qui s’efforçaient de les amener à la foi et de les y conserver, la charité les portait à les considérer comme leurs prochains, dignes de toute compassion du fait de la très grande misère où ils se trouvaient. Ils tonnaient en chaire contre ceux qui avaient des esclaves indiens, ils affichaient leur opinion dans les conversations et refusaient d’absoudre les espagnols qui en possédaient injustement, proclamant la vérité, s’acharnant par la grâce de Dieu à la défendre en dépit des persécutions, des épreuves, de la faim, de la pauvreté et de la haine qu’ils rencontraient dans toute la ville." (Fray Juan Bautista Méndez, Crónica de la provincia de Santiago de México de la orden de predicadores, 1685-1689, livre 2, chapitre 16)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le couvent de Saint Dominique à Ciudad Real (San Cristobal de Las Casas), aujourd'hui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

San Cristóbal de Las Casas. "Frère Bartolomé de Las Casas, défenseur des indiens, premier évêque de notre diocèse en poste au Chiapas, fit son entrée dans cette ville le 12 mars 1545".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un concert dans la cathédrale de San Cristóbal de Las Casas (novembre 2014). En cet endroit se trouvait l'église où Las Casas réunissait les habitants de la ville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bartolomé de Las Casas (Séville, 1474 - Madrid, 1566), Dominicain, écrivant l'un de ses nombreux ouvrages ("Histoire des Indes", "Très brève relation de la destruction des Indes", "Apologética Historia"...). Derrière : le cloître du couvent de San Gregorio, à Valladolid (Espagne)