Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastère

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

DEUX ENSEIGNANTS,

JUAN DE HERRERA,

JUAN DE CORONEL

 

 

 

Campeche, manifestation d'enseignants, 1er mai 2015

 

Les écoles au Yucatan au XVIème siècle


Juan de Herrera, frère lai franciscain, enseignait aux enfants la doctrine chrétienne, à lire et à écrire, la langue castillane et le latin. Il arriva au Yucatan en 1544 ou 1545, ayant pratiqué l’enseignement des enfants indiens aux Antilles et en Nouvelle Espagne.

Herrera assura diverses charges liées à l’enseignement dans les églises et couvents de la région. Il a sans doute travaillé dans l’école des indiens du couvent de Valladolid et dans l’école du couvent de Tekax ainsi que dans l’atelier de grammaire pour indiens créé à Mérida par l’évêque Toral.  

En 1563, au moment de la persécution des indiens par Diego de Landa, il quitta le Yucatan. Après un séjour de quelques années à Mexico, il fut tué par les indiens Chichimèques, dans le nord du Mexique, vers 1570.

 

Le couvent franciscain de Campeche. Ce fut la première installation des Franciscains au Yucatan au XVIème siècle et le point de départ des missions d'évangélisation de la péninsule. L'église d'origine a été fondée en 1546.
 

Les Franciscains ouvrent une école à Campeche

"Pendant que le père commissaire était occupé dans les montagnes par ce travail apostolique, les frères Fr. Melchor de Benavente y Fr. Angel Maldonado ne se distrayaient pas à Campeche : ils s’exerçaient à étudier la langue maya, à prêcher et à enseigner aux indiens avec le peu qu’ils savaient déjà et s’aidant d’interprètes pour ce qu’ils ne pouvaient pas expliquer eux-mêmes, mais grâce à la faveur divine ils ne tardèrent pas longtemps à bien parler la langue. Fray Juan de Herrera, simple frère lai, était très habile : il savait écrire correctement, chanter plain-chant et avec l’orgue et ayant appris la langue maya, il s’occupait à enseigner la doctrine chrétienne aux indiens, et en particulier aux enfants. Et pour mieux parvenir à ses fins dans ces entreprises, il créa une école où accouraient tous les enfants car leurs pères les envoyaient avec plaisir et bonne volonté ; ils assimilaient les prières et il apprit à beaucoup à lire, à écrire et à chanter, connaissances que les indiens estimaient grandement, en voyant leurs enfants s’y mesurer ; d’autant plus qu’ils les ignoraient auparavant, car seuls les enfants des nobles connaissaient leurs caractères, qui servaient d’écriture. Le travail de ces premiers prédicateurs évangéliques fut très profitable, puisque grâce à la faveur divine, l’édifice spirituel de la conversion de ces gens s’agrandit tellement qu’en moins de huit mois ils baptisèrent tous ceux qui relevaient de la province de Campeche, appelés par les indigènes les Chikin Cheles, dont le nombre d’adultes dépassait les vingt mille, sans les garçons et filles, qui étaient beaucoup plus." (Diego Lopez de Cogolludo, Historia de Yucatan, livre 5, chapitre 5)

 

"Le couvent de Campeche, dédié à notre père Saint François, est parmi les plus anciens de la province ; Il est construit en pierre et mortier et comporte un cloître haut et bas, une église, des dortoirs et des cellules ; mais il était déjà en très mauvais état, il s’affaissait et menaçait sans doute de s’écrouler. A côté de l’église on trouve la ramada et la chapelle des indiens, situées dans une cour pleine d’orangers. Il y a dans ce couvent un beau verger donnant quantité d’oranges, de citrons verts, de citrons, de grenades, d’avocats, de sapotilles, de goyaves, de noix de coco et de mameys de Saint Domingue, plus quelques régimes de dattes ; on irrigue tout cela ainsi que le potager avec une eau saumâtre que l’on tire, au moyen d’une noria, d’une sorte de mare proche de la mer, où l’on élève en grand nombre de petites mojarras et quelques tortues ; non loin de cette mare il y a, dans le même verger, un puits d’eau douce, bonne à boire. Le couvent est construit directement sur la plage et au bord de la mer, si bien que l’eau vient battre les murs du réfectoire. Campeche possède un port très grand et spacieux mais peu profond si bien que seules les petites barques peuvent y entrer. Le village des indiens campechanos, qui sont quelque trois cents tributaires, est proche du couvent ; il est très frais, abrité par de nombreux arbres, notamment des orangers, des bananiers, des goyaviers, des cocotiers, des palmiers, des pruniers et quelques arbres qui donnent un petit fruit très savoureux nommé guayas. Comme cela a été mentionné auparavant, les habitants de ce village et des quatre ou cinq autres de la guardianía parlent une langue qui diffère en quelques mots de celle du Yucatan, mais qui est comprise des uns et des autres ; une fois apprise celle du Yucatan, on apprend aisément celle de Campeche et inversement. En dehors de ces villages, le couvent administre trois au quatre autres villages mayas ; ils sont faits de gens pieux et qui vont bien habillés à leur manière.

 

"A un quart de lieue du couvent, sur le même rivage, est établie une ville d’espagnols, forte de quatre-vingts résidents, les uns encomenderos, les autres marchands, les autres marins et navigateurs, plus quelques artisans peu nombreux. C’est un curé clerc qui leur administre à tous les saints sacrements, lequel a aussi à sa charge un quartier nommé San Román, peuplé d’indiens mexicains descendant de ceux qui vinrent avec les espagnols à la conquête du pays. Le père commissaire fit un sermon aux résidents espagnols, à la demande du curé ; un second, un autre jour, lorsqu’il fit son entrée dans l’église du couvent et le jour de la nativité de Notre Dame, il prêcha dans un ermitage situé sur le rivage, entre le couvent et la ville, où tout le village vint en procession ; tous furent très satisfaits et consolés par ces différentes homélies. Trois religieux vivaient dans le couvent ; le père commissaire les visita et resta avec eux jusqu’au 8 septembre."

 

(Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España. Capítulo CL. De cómo el padre comisario llegó a Campeche, y de el convento de Xequelchakán, y del de Tixchel y de la Chontalpa, 1588.)

 

Campeche, le Christ Noir devant San Román, pendant les fêtes du 450ème anniversaire de son arrivée dans la ville, août 2015

 

"CAMPECHE (San Francisco de), ville de la province et gouvernement du Yucatán dans le royaume du Guatemala, fondée par le capitaine Francisco de Montejo en 1540. Elle était au début au bord d’une rivière, là où se trouve aujourd’hui le village de Tenozic, ensuite au bord de celle de Potonchán, appelée aussi Champotón, et finalement déplacée à l’endroit où elle est maintenant, en raison de la commodité de son port, qui est l’un des plus fréquentés et des plus actifs qui soit dans le golfe du même nom. La ville est petite, défendue par trois forteresses, La Force, Saint-Romain et Saint François, garnies d’une très bonne artillerie. En plus de son église paroissiale, elle a un couvent de religieux de Saint François, un autre de Saint Jean de Dieu, où se trouve l’hôpital dédié à Notre-Dame des Remèdes et, hors de la ville, un autre temple consacré à Saint Romain, envers qui ils ont une dévotion particulière et qu’ils choisirent pour patron de la cité, la chance l’ayant favorisé lors d’un tirage au sort organisé en action de grâces, quand le voisinage se vit délivré d’une invasion de sauterelles qui détruisait tout sur son passage.

 

"Dans cette église on vénère un Saint Christ, dit Christ de Saint Romain, source de grands miracles selon la tradition et qui, dit-on, commença à accomplir des prodiges avant même son installation : on avait chargé, paraît-il, un négociant appelé Juan Cano de l’acheter en Nouvelle Espagne et il l’apporta en 1665, après avoir fait le voyage du port de Vera-Cruz à celui de Campeche en seulement 24 heures ! La dévotion et la confiance que toute la région porte à cette effigie est réellement étonnante. Il y a aussi deux autres ermitages en dehors de la ville, Notre-Dame de Guadalupe et le Saint Nom de Jésus, cette dernière étant la paroisse des Nègres.

 

"Cette ville faisait un commerce très important avec le bois de teinture de Campeche qu’elle embarquait et avec d’autres produits, comme la cire noire et le coton, mais cette activité a beaucoup décliné à cause des malheureuses invasions qu’elle a subites. D’abord par les Anglais qui la prirent et la mirent à sac en 1659, ensuite par le pirate Lewis Scott en 1678, et enfin par les Flibustiers en 1685, qui incendièrent et détruisirent la principale forteresse, dont il ne reste qu’un taillis peuplé d’oiseaux et d’animaux. Lat. 20°. Long. 90° 25’." (Antonio de Alcedo, Diccionario geografico-histórico de las Indias Occidentales o América: es a saber: de los Reynos del Peru, Nueva España, Tierra Firme, Chile y Nuevo Reyno de Granada. Madrid, 1786/89)

 

Les Franciscains ouvrent une autre école à Mérida ; les indiens se méfient

"Le bienheureux père commissaire demanda alors (1547) à tous les caciques et indiens importants d’envoyer leurs fils en ville (car il ne pouvait pas intervenir dans tous les villages), pour leur apprendre la doctrine chrétienne, à lire et écrire comme faisaient les espagnols, puisqu’ils devaient déjà être informés que ceux de Campeche avaient fait de même et quel bénéfice ils en avaient retiré. Ils répondirent qu’ils le feraient ainsi ; le Gouverneur les renvoya et ils s’en retournèrent dans leurs villages. Bien qu’ils aient donné leur parole, beaucoup ne l’accomplirent pas car le démon poussa les prêtres païens à persuader les parents des enfants que ce n’était pas pour les éduquer, comme le disaient les religieux, mais pour les sacrifier et les manger ou en faire des esclaves. Comme ils savaient d’autre part que les religieux enterraient dans l’église du couvent ceux des leurs qui mouraient, ils persuadèrent les indiens que c’étaient des sorciers, que dans la journée ils apparaissaient sous la forme qui était visible, mais qu’ils se transformaient la nuit en renards, hiboux et autres animaux et déterraient les ossements des défunts. Etant donné la confiance que les indiens accordaient à leurs prêtres, ils furent affolés par ces racontars et les religieux perdirent une bonne part de leur crédit. De nombreux caciques envoyèrent leurs fils sans espoir de les revoir jamais, d’autres les cachèrent et envoyèrent des esclaves à leur place. Par la suite ils le regrettèrent parce que ceux qui allèrent à l’école, devenus bons écrivains, lecteurs et chanteurs, étant plus compétents que ceux qui restèrent chez soi, furent employés pour gouverner leurs villages, et les enfants cachés perdirent tout pouvoir, sa majesté divine l’ayant permis pour sanctionner la fourberie de leurs parents."

 

Les Franciscains rassurent les enfants indiens

"On ne parvint pas à cacher au saint père Villalpando cette erreur que les prêtres païens avaient semée dans les âmes des indiens et il cherchait un remède à ce grave dommage, et discutant sans arrêt et saintement avec eux, il essayait de dissiper ces mensonges auxquels ils croyaient. Il leur parlait dans des termes si conciliants et efficaces qu’à la fin il réunit plus de mille enfants en ville, et beaucoup d’entre eux aidèrent ensuite les religieux à enseigner à leurs congénères, se faisant prédicateurs et instituteurs. Le bienheureux frère lai Juan de Herrera comprenait la situation de ces enfants, les mettait à l’aise et leur montrait de l’affection afin qu’ils aiment les religieux et se sentent moins isolés parmi des étrangers à leur race et éloignés de leurs parents." (Diego Lopez de Cogolludo, Historia de Yucatan, livre 5, chapitre 6)

 

Un franciscain enseignant (gravure de Francisco Moreno Capdevila, dans Joaquín García Icazbalceta, Opúsculos y biografías, Imprenta Universitaria, México, 1942)

 

Juan de Herrera va dans le nord du Mexique

"Au bout de quinze ans, qu’il occupa à cet exercice, il lui sembla que dans cette province du saint évangile (le Yucatan), comme il y avait beaucoup de monde, il pourrait mieux employer le bon talent que Dieu lui avait accordé : il alla à Mexico vers mille cinq cent soixante, et resta quelques années dans cette province, travaillant en donnant le bon exemple, servant religieusement les prêtres, qui étaient nombreux à présent, connaissaient bien les langues indiennes et n’avaient plus besoin de l’aide des frères lais pour évangéliser les indiens. Intervint à ce moment l’expédition citée plus haut, que fit le gouverneur Francisco de Ibarra dans le pays des Chichimèques ; le provincial, connaissant le courage de Fr. Juan de Herrera et son grand zèle pour la conversion des infidèles, l’y envoya en compagnie de Fr. Pablo de Acevedo, et tous deux s’installèrent dans le village de Sinaloa."

 

Les indiens Chichimèques se révoltent

"Un mulâtre pervers et mauvais habitait là, comme je l’ai dit, et fut à l’origine de la mort de Fr. Pablo. Il avait la charge de recouvrer les tributs que les indiens devaient donner à leur maître, et à l’occasion de cette collecte régulière les offensait et les maltraitait beaucoup. Ayant subi toutes ces brimades, les indiens se mirent tous d’accord pour tuer le mulâtre mais n’osaient pas le faire du vivant de Fr. Pablo, car ils voyaient qu’il lui servait d’interprète et il leur faisait croire que ce qu’il leur disait, ou ordonnait, était de l’autorité du religieux, qui était son patron. Donc après avoir tué Fr. Pablo, ils se jetèrent ensuite sur le mulâtre et le tuèrent en présence de Fr. Juan de Herrera, et par sa mort le mulâtre paya ses fourberies et la situation qu’il créa, causant la mort de Fr. Pablo."

 

Ils tuent Juan de Herrera

"Et comme une faute est toujours suivie d’une autre pire, ces homicides acharnés non contents d’avoir commis la mort de Fr. Pablo et ensuite celle du mulâtre, conscients que si Fr. Juan restait en vie il témoignerait de leurs atroces délits, et que Dieu conserverait la mémoire de leur méchanceté, ils furent d’avis de tuer aussi Fr. Juan (bien qu’ils aient de l’estime pour lui, qui leur tenait lieu de vrai père), et donc ils mirent en œuvre leur intention et le tuèrent, et tuèrent en même temps tous les indiens chrétiens et amis que les pères avaient amenés de l’extérieur pour le service de l’église et de la maison. Ils laissèrent les corps des morts dans les champs, et se réfugièrent dans les Montagnes, où ces indiens chichimèques ont leur retraite. Les Espagnols des environs eurent connaissance de ces faits et allèrent à la recherche des corps pour les faire enterrer et les trouvèrent tous dévorés jusqu’aux os par les Coyotes et les Chacals (car dans ces régions il y en a une multitude qui parviennent même à déterrer les cadavres) sauf le corps de Fr. Pablo de Acevedo, qu’ils trouvèrent entier et que les animaux n’avaient pas touché : mais si desséché et rétréci, qu’il ressemblait au corps d’un enfant, alors que c’était un homme corpulent et bien en chair. Moi je pense à ce sujet que Notre Seigneur a voulu montrer par là qu’il avait conservé le corps de son serviteur Fr. Pablo intact et entier, afin que l’on connaisse par ce moyen son innocence, laquelle n’était pas aussi manifeste que celle de Fr. Juan de Herrera, quant aux raisons qui poussèrent les indiens à le tuer, croyant qu’il leur était hostile et approuvait les brimades du mulâtre, comme ce dernier le faisait comprendre, etc. » Le père Torquemada raconte de cette façon les derniers jours du bienheureux Fr. Juan de Herrera. (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 6, chapitre 13)

 

Les Franciscains enseignent les enfants indiens (tableau du temple de la Guadalupe, à Morelia)

 

"Juan de Herrera, saint frère lai, dont j’ai déjà parlé, fit partie des deux cents que le saint Fray Jacobo de Testera amena au Mexique, et fut parmi les vingt qui accompagnèrent le saint Père Fray Toribio de Motolinia au Guatemala, puis parmi les cinq que le très saint homme apostolique Fray Luis de Villalpando entraîna au Yucatan ; pourtant simple frère lai, il était doué de génie et rempli de sainteté, il enseignait grâce à cette première qualité et prêchait inspiré par cette seconde. Ce saint homme fut le premier à apprendre aux indiens à chanter, le premier à leur mettre des textes espagnols entre les mains et à les faire lire et écrire, et il leur enseignait le catéchisme en Latin. Ensuite il travailla de façon à se trouver apte à être ordonné prêtre : il aida beaucoup à l’évangélisation et fut un très saint homme. Il fut nommé à Mexico et de là il accompagna le saint martyr Fray Pablo de Acevedo qui allait à Copala pour convertir des idolâtres ; là-bas, il fut martyrisé par ces gens idolâtres, donnant sa vie pour la foi de son Rédempteur, après l’avoir consacrée pendant près de vingt-six ans à de saints et louables exercices et converti à la foi du Christ un grand nombre de sauvages idolâtres."

(Bernardo de Lizana, Historia de Yucatán, y Devocionario de Nuestra Señora de Izamal, 1633, deuxième partie, chapitre VII)

 

Ainsi parla Canek :

« Luis de Villalpando, Juan de Albalate, Angel Maldonado, Lorenzo de Bienvenida, Melchor de Benavente et Juan de Herrera furent les hommes de bonté de Saint François qui arrivèrent sur ces terres, dans les époques lointaines, pour prêcher le bien et chasser le mal. Ils luttèrent, non contre les indiens qui les reçurent aves une âme candide et leur donnèrent l’hospitalité dans leur cœur et dans leur hutte, mais contre le Blanc qui avait les entrailles dures et l’esprit sourd. Disons les noms de ces hommes de bonté, comme on récite une prière.

« Les indiens, à voix basse, répétèrent les noms : Villalpando, Albalate, Maldonado, Bienvenida, Benavente, Herrera.»

Ermilio Abreu Gómez, Canek, Histoire et Légende d’un Héros Maya, 1940

 

Le couvent de Saint François à Mérida (couvent disparu), maquette du Museo de la Ciudad de Mérida

Ce couvent fut bâti à partir de 1547 sur une plateforme maya située à quelques cuadras au sud-est de la place principale, en utilisant les matériaux des constructions précolombiennes. C’était le couvent le plus important du Yucatan, renfermant trois églises, et le centre intellectuel des Franciscains. En 1668, il se trouva inséré dans la citadelle de San Benito, édifiée pour protéger Mérida des pirates anglais. Les moines partageaient l’espace avec les militaires. Les Franciscains furent expulsés en 1820 en application d’une loi espagnole qui limitait le nombre des couvents. Les bâtiments furent détruits, ainsi que toutes les œuvres d’art et documents qui s’y trouvaient. La citadelle servit ensuite de prison. Elle fut rasée à la fin du XIXème siècle pour faire place à l’extension de la ville et à la construction du marché.

 

Juan de Coronel : Né en 1569 en Espagne, décédé en 1651 à Mérida. Il fit ses études académiques à l’université d’Alcalá de Henares et rejoignit les Franciscains de la Province de Castille. Il fut envoyé au Yucatán en 1590 où il se familiarisa si bien avec la langue Maya qu’il devint capable de l’enseigner. L’historien Cogolludo dit qu’il écrivit une grammaire maya (Arte) imprimée à Mexico en 1620, dont on ne sait rien et qui serait le plus ancienne grammaire maya connue, un catéchisme en Maya : "Doctrina cristiana en lengua Maya", publié aussi à Mexico en 1620 et la même année apparurent, imprimés toujours à Mexico, des "Discursos predicables y tratados espirituales en lengua Maya".

 

Plaque commémorative apposée sur la façade de l'église de Torija, Espagne, lieu de naissance de Juan de Coronel, en son souvenir et celui de son frère Francisco

 

Juan de Coronel éduque les Mayas du Yucatan

"Le R. et vénérable Fr. Juan de Coronel était originaire de la ville de Torrija en Alcarria, et alors que ses parents l’envoyaient étudier à l’université d’Alcalá de Henares, Dieu l’appela à notre Ordre sacré, dont il reçu le saint habit au couvent de S. Diego de cette ville, quand il avait quinze ans. Une fois profès il vint au Yucatan, voulant sauver les indiens ; pourtant je n’ai pas pu déterminer avec quelle mission il vint, si ce fut avec celle de 1593 que conduisait le P. Fr. Pablo Maldonado, ou avec la précédente, celle de l’année 84. Il étudia la langue des indigènes avec un soin particulier, si bien qu’en peu de temps il leur prêchait avec une grande aisance et éloquence. Ordonné prêtre (car il était devenu choriste) ce fut l’un des ministres les plus zélés de la christianisation des indiens que l’on pouvait trouver à cette époque, Dieu le préservant jusqu’à présent pour notre édification. Il insista continuellement pour que les religieux des missions qui venaient d’Espagne apprennent aussitôt en arrivant la langue des indigènes avec le plus grand soin. Pour faciliter cet apprentissage, il résuma la grammaire utilisée alors en une méthode plus simple, et l’enseigna longuement, car il était chargé de ce cours, et moi j’ai été l’un de ses disciples quand j’arrivai d’Espagne et qu’il quitta le couvent de Mama (dont il était le gardien) pour venir à celui de la Mejorada de Mérida pour nous apprendre le Maya. Il fit imprimer à Mexico sa grammaire abrégée, un manuel de confession, un précis de toute la doctrine chrétienne, et un tome de divers entretiens spirituels, le tout dans la langue des indiens."

 

Il se comporte en saint homme

"Ce fut un religieux de stricte observance et exemplaire, reclus, qui ne sortait des couvents des missions que pour administrer les Saints Sacrements aux indiens, et quand il vivait à Mérida, de très rares fois pour quelque exigence religieuse. Il était si chaste que jamais on ne l’entendit dire une chose contraire à la pureté de cette vertu. Il ne porta jamais de tissus fins, sauf pour ses sous-vêtements, marcha pieds nus jusqu’à ce que la vieillesse et les infirmités de l’âge le contraignent à se chausser, et il souffrit pendant des années des douleurs d’une fracture qui mit sa vie en danger. J’ai vu plusieurs fois la chair lui sortir de la plaie à tel point qu’on doutait fort de pouvoir la remettre en place, et il tolérait cela avec une patience remarquable. Il aima beaucoup la sainte pauvreté, mais discrètement, parce qu’étant gardien il ne devait pas paraître misérable, secourant comme il se doit les besoins de ses subalternes, bien qu’il se restreignît lui-même comme s’il était très pauvre."

 

L'ancien couvent de La Mejorada pendant la visite de Raúl Castro à Mérida, 6 novembre 2015

 

Il refuse toutes les promotions

"Dans tous les couvents où il fut gardien il prit grand soin de l’ornement du culte divin, et il apporta de grandes améliorations aux sacristies. Il fut gardien à de nombreuses reprises et une fois définiteur de la province, et il ne parvint pas à être provincial car il semblait trop rigide, bien qu’en vérité il était très zélé de l’observance monastique et souhaitait qu’elle soit conservée avec l’intégrité florissante qu’elle avait quand il vint, dans ces temps anciens, et qui valut à cette province d’être renommée comme sainte. Lors du chapitre qui se célébra en trente cinq, il se retira dans le couvent de Mérida parce que ses infirmités ne lui donnaient plus la possibilité de se rendre utile auprès des indiens, mais là-bas il prêchait à ceux de S. Cristóbal (qui font partie de nos administrés) aussi souvent qu’il pouvait. Bien qu’il se soit retiré avec l’intention de ne plus accepter d’autre poste, l’obéissance l’obligea, à l’occasion de la congrégation de trente six, à être gardien du couvent de la stricte observance de la Mejorada ; mais dès qu’il put, il revint à son désir essentiel de se recommander à Dieu dans la quiétude d’un rôle de subalterne. Il fut de nouveau interrompu par la vacance du poste de gardien du couvent où il se trouvait, et en fut nommé président gardien. Aussitôt il demanda qu’on l’exonère de ce souci pour rester tranquille dans sa cellule."

 

Il meurt en mystique au couvent de Mérida

"Il y vécut jusqu’à l’année cinquante et un, en souffrant presque tout le temps de plusieurs maladies qui le tenaient le plus souvent au lit, mais sans utiliser de linge sauf des couvertures de coton en guise de draps. Il accepta les infirmités avec beaucoup de patience et de soumission à la volonté divine. A cette époque moi je l’entendais en pénitent, le confessant, et je n’entrai jamais dans sa cellule pour le voir (car je le visitais très souvent) sans le trouver ou bien en train de lire un livre de dévotion, ou bien en train de prier, et me semble-t-il en quelque sublime contemplation, à en juger par la noblesse de son visage, levant les yeux au ciel, bien qu’il fut au lit, et je pouvais le découvrir dans cet état car il était un peu sourd si bien qu'il ne m'entendait pas quand j'entrais. Ses infirmités s’aggravèrent, et ayant reçu avec beaucoup de dévotion tous les Saints Sacrements, il passa à la vie éternelle le quatorze janvier mille six cent cinquante et un, et fut enterré dans le couvent de Mérida, laissant une réputation d’homme parfait, considéré comme tel par des gens de toutes les classes de la société. Il vécut quatre vingt deux ans, dont soixante sept en religion, soixante deux dans la province, et plus de quarante huit occupé continuellement à l’enseignement du christianisme aux indiens." (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, livre 12, chapitre 18)

 

Plan du couvent de la Mejorada (Catálogo de construcciones religiosas del estado de Yucatán, Recopilación de Justino Fernández, Talleres gráficos de la nación, México, 1945)

 

Le couvent de la Mejorada, à Mérida

"Dans la ville de Mérida nous avons un autre de nos couvents, appelé la Mejorada. Son fondateur fut D. Diego García de Montalvo, qui voulait en faire une retraite et donna le terrain. Il se heurta à une forte opposition des Pères qui connaissaient le pays et qui le mettaient en garde contre les difficultés, aujourd’hui avérées, que présenterait son entretien dans une si petite ville, puisqu’il existait déjà un autre couvent. Ce serait en outre une charge pour les supérieurs de lui trouver des occupants, et ce le fut en effet, alors que la priorité était de veiller à l’évangélisation des indiens, dans une province où il y avait peu de religieux. (...)

"L’église est d’aspect moderne. C’est l’une des plus belles et des plus impressionnantes qui existe dans nos régions. Elle a un large transept devant le grand autel, couvert d’une coupole en demi sphère, surmontée d’une lanterne qui fait office de clé de voûte. Le bâtiment de l’église comporte, dans chacun des bas-côtés, quatre chapelles voûtées, situées face à face, qui renferment de très beaux autels et sont closes de superbes grilles dorées. La tribune et la coupole de l’abside sont peintes à la fresque, œuvre remarquable du même maître que dans le couvent principal de Mérida. Le retable du grand autel est une sculpture d’ordre dorique, occupant tout le pan de mur de la chapelle principale. Le décor de la sacristie et des autels surpasse tout ce qui existe dans notre pays et pourrait faire de l’effet dans des pays beaucoup plus riches. Tous ceux qui le voient sont contraints d’approuver et même d’admirer la façon dont le père Fr. Pedro Navarro fit des dépenses si extraordinaires. Quand il visita cette église, l’an dernier en cinquante cinq, D. Francisco de Bazan, qui venait d’arriver pour gouverner notre pays, dit : « il me semble voir l’église de doña María de Aragon de Madrid ».

"On y plaça le Très Saint Sacrement le vingt deux janvier mille six cent quarante, avec de grandes réjouissances et l’assistance des habitants de la ville. On y prêcha pendant tout l’Octave de sa dédicace. Afin qu’on s’en souvienne et que cela ne soit pas oublié, subsiste une plaque de marbre gravée fixée à l’intérieur de la porterie qui mène au cloître ; il y est écrit : « En l’année 1640, le vingt deux janvier, fut dédicacée cette église de la Dormition de Notre Dame, Urbain Huit étant Pontife, Philippe Quatre régnant sur les Espagnes et Fr. Juan Merinero étant général de tout l’Ordre (franciscain) ».

 (Diego López de Cogolludo, Historia de Yucatán, Livre quatrième, Chapitre XIV, Del hospital de San Juan de Dios: de nuestro convento de la Mejorada y otras hermitas.)

 

Un autre enseignant franciscain, Fray Pedro de Gante, dans le Mexique central (Anonyme, XVIIème siècle, Museo Nacional de Historia, México)

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

http://moines.mayas.free.fr/

moines.mayas@free.fr

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L’église du Petit Saint François (San Roque ou San Francisquito), à Campeche

Le couvent de San Roque, surnommé San Francisquito, a été construit par les frères franciscains à partir de 1654, pour remplacer le vieux couvent franciscain où enseignait Fray Juan de Herrera, qui se trouvait à l’extérieur de la ville et était sujet aux attaques des pirates. Les jésuites l’occupèrent à la fin du XVIIIème siècle. Il fut fermé pendant très longtemps. L’église a été rendue au culte dans les années 80 et les bâtiments du couvent abritent à présent l’institut de la culture de Campeche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La plus célèbre des écoles franciscaines pour les indiens au 16ème siècle, le Colegio de la Santa Cruz de Tlatelolco, à Mexico, aujourd'hui bibliothèque diplomatique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Permanence de l'action d'enseignement des ordres religieux en Amérique Latine : le collège franciscain 12 octobre à Ciudad de Guatemala

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plan de la citadelle de San Benito de Mérida "Plano de la Ciudadela de Mérida de Yucathán" Archivo General de Indias (Sevilla, España, 1751)

"La citadelle, ou plutôt le château, se tient sur une plateforme artificielle (comme on en trouve dans tout le pays) ; lorsque vous pénétrez dans la ville, par son côté est, elle n’est pas négligeable, car elle a été construite à l’origine pour protéger les Frères de l’hostilité des indigènes ; elle enferme à présent le monastère des Franciscains dont on a parlé auparavant ; elle a la forme d’un hexagone, aux angles en saillie ; avec de petits canons de quatre ou de six, en cuivre ou en fer. Le mur, haut de neuf mètres, n’a pas de fossé, ni d’ouvrages défensifs […] ; elle n’est nullement en état de se défendre contre n’importe quel ennemi pourvu d’artillerie." (Observations sur un voyage depuis la rivière Balise, dans la baie du Honduras, jusqu’à Mérida, capitale de la province du Jucatan, dans les Indes Occidentales Espagnoles, par le Lieutenant Cook, en Février et Mars 1765.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une cour du couvent de la Mejorada à Mérida (couvent occupé aujourd'hui par la Faculté d'architecture de l'Université autonome du Yucatan)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nef de l'église du couvent de la Mejorada