Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

UN VOYAGE

DE LAS CASAS

AU TABASCO

ET AU CHIAPAS

 

 

 

Un voyage interminable

Bartolomé de la Casas, nommé évêque du Chiapas, part pour un nouveau voyage en Amérique, accompagné d'une cinquantaine de moines dominicains, chargés d'évangéliser les indiens mayas. Ce voyage leur prendra presque une année, émaillée de péripéties dramatiques.

- 11 juillet 1544 : Embarquement à San Lucar de Barrameda

- 9 septembre 1544 : Arrivée à Saint Domingue, après une escale aux Canaries

- 4 décembre 1544 : Départ de Saint Domingue

- 5 janvier 1545 : Arrivée à Campeche au Yucatan

- 20 janvier 1545 : Naufrage au large de Términos (isla del Carmen), au cours de la traversée entre Campeche et Tabasco

- 12 février 1545 : Arrivée à Tabasco (aujourd’hui La Victoria), puis remontée en canoë du fleuve Grijalva et d'un de ses affluents jusqu’à Tacotalpa

- 12 mars 1545 : Arrivée à Ciudad Real (San Cristóbal de Las Casas) après avoir traversé la région montagneuse habitée par les indiens Zoque.

 

Itinéraire de Bartolomé de Las Casas et des dominicains

 

Les Dominicains font la traversée de l'Atlantique, de San Lucar de Barrameda à Saint Domingue

"Afin de faire comprendre à ceux qui ne sont pas familiers des choses de la mer combien on y souffre, surtout au début, je vais présenter quelques faits qui sont bien connus de tous ceux qui ont navigué. En premier lieu, le navire est une prison très étroite et fermée à double tour d’où personne ne peut s’échapper, alors qu’elle n’a ni chaînes ni serrures, et si cruelle qu’elle ne fait aucune distinction entre les détenus ; elle les enferme tous dans le même espace limité. Ils sont si serrés que la suffocation et la chaleur sont insupportables. La plupart ont le sol en guise de lit ; certains disposent de matelas confortables mais les nôtres sont très pauvres, minces et durs, mal rembourrés de poils de chien, avec quelques couvertures en laine de chèvre, misérables à l’extrême.

De plus il y a sur le navire beaucoup de malades nauséeux qui vomissent et s’agitent tels des furieux, les uns de temps en temps, et certains continuellement. On n’a pas la moindre envie de manger et on ne peut pas supporter les nourritures sucrées ; on souffre d’une soif incroyable, accentuée par les biscuits de mer et la viande salée que l’on mange. L’eau est rationnée à raison d’un demi azumbre [un litre environ] par jour ; seuls peuvent boire du vin ceux qui en ont apporté. Il y a une multitude de poux qui mangent les gens tout vif ; et il est impossible de laver son linge car l’eau de mer le fait rétrécir.

Il y a des odeurs intolérables, en particulier dans les cales, qui se répandent dans tout le navire quand on fait marcher la pompe, et cela se produit plus ou moins souvent, selon que le navire se comporte bien ou mal. Quand tout va bien, la pompe fonctionne au minimum quatre ou cinq fois par jour, de façon à rejeter l’eau qui s’infiltre dans le bateau. Et nous autres avons encore plus de mal à le supporter, étant dans un milieu qui nous est complètement étranger.

S’ajoute à tout cela n’avoir aucun endroit lorsque l’on a un moment de répit, pour étudier ou se recueillir un peu, et rester toujours assis, faute de place pour marcher ; on doit tout faire assis ou couché, rarement debout. Surtout, on a toujours la mort sous les yeux, tout juste tenue à distance par l’épaisseur de quelques planches collées à la poix." (Fray Tomas de la Torre, Journal de voyage de Salamanque à Chiapa, 1544-1545)

 

Les Dominicains à bord, Séville, Espagne, Pavillon de la Navigation

 

Arrivés à Campeche, au Yucatan, les Dominicains se partagent en deux groupes. Un premier groupe part sur une barque pour aller, en longeant la côte, de Campeche jusqu'à l'embouchure du fleuve Grijalva au Tabasco (cette région est couverte de marécages et la route n'a été construite qu'au début du XXème siècle). Il est surpris par une tempête.

 

La barque des Dominicains n'est pas sûre

"Le lundi, il plut beaucoup toute la journée et comme ils ne pouvaient pas s’abriter dans la barque qui n’était pas couverte, ils furent complètement trempés et ne purent préparer à manger. Le même jour, dans l’après-midi, le vent du nord se mit à souffler (...). Quand le vent s’éleva, ils étaient tous à moitié endormis dans la barque et si vite qu’ils accourent à la pompe pour rejeter l’eau qui entrait par devant et montait, ils ne purent en venir à bout et comme elle imbibait peu à peu le sel et le linge, la barque s’enfonçait sans qu’on s’en rendit compte ; et on ne put obtenir des marins qu’ils allègent la barque d’un seul chiffon : la seule démarche qu’ils firent fut d’orienter les voiles pour que le vent les porte vers la terre, mais même cela ne servit à rien, car à cause du vent, de l’obscurité et de l’agitation de tous, personne ne savait où on se trouvait à peu près."

 

Neuf religieux se noient au cours de la tempête

"Sur ce, survint une grande vague qui, passant par-dessus la barque, trop chargée et déjà bien enfoncée dans l’eau, la remplit tant que l’eau leur arrivait à la poitrine et sous la poussée la fit s’abattre sur le côté, arrachant la plupart des caisses qui se trouvaient sur le pont ainsi que les personnes qui s’y tenaient, en particulier les religieux fray Agustín de Hinojosa, fray Felipe del Castillo et fray Pedro de los Reyes. Un jeune homme appelé Segovia, qui était venu servir les pères et les accompagnait depuis l’Espagne, grand nageur, se jeta à l’eau pour secourir les pères, les appelant à grands cris : il chercha et chercha encore et ne voyant personne revint à la barque. Fray Dionisio Vertabillo s’agrippa au mât, entouré de laïcs qui s’enchaînèrent serrés les uns contre les autres, confessant tout haut leurs péchés, car ce n’était pas le moment de faire une confession plus discrète. Le père les bénissait et leur disait de s’en remettre à Dieu et de lui demander pardon ; et il avait à peine répété cela qu’arriva une vague encore plus forte qui retourna complètement la barque et les jeta à l’eau, lui et les laïcs qui l’entouraient et ils y périrent. Fray Jerónimo de Ciudad Rodrigo et fray Francisco de Quesada tombèrent aussi, ainsi que le jeune Segovia qui grâce à son adresse à la nage revint aussitôt s’accrocher au bordage. Fray Francisco de Quesada saisit un cordage, s’y accrocha, se hissa sur la partie de la proue qui était hors de l’eau et s’attacha à un gros anneau de fer. Fray Jerónimo nagea vers lui, l’appelant au secours. Il lui tendit le pied pour qu’il le saisisse, une, deux et trois fois, mais jamais la vague ne lui permit d’y parvenir et il se noya.

Fray Alonso de Villasante et fray Martín de la Fuente se retrouvèrent dans le canot, de l’eau jusqu’à la taille : les vagues risquaient d’éloigner le canot de la barque mais comme celle-ci était sur le côté et que ses voiles et son gréement étaient couchés sur l’eau, le canot s’y emmêlait et ne pouvait s’en séparer si bien qu’on les secourut et les fit remonter à bord ; mais comme la barque était inclinée et qu’il n’y avait rien pour se tenir, que les religieux étaient éreintés, épuisés et presque à bout de forces, peu après fray Alonso s’effondra et mourut. Fray Martín qui était plus robuste resta un moment là, expulsa l’eau qu’il avait bue et en vomissant s’évanouit et tomba à l’eau sans possibilité, pour lui ou pour un autre, de réagir. Fray Juan Carrión se trouva pris dans le gréement, empêtré dans les voiles et les cordages, et quelqu’un, nageant et luttant contre les vagues, vint pour lui ôter le scapulaire qui le gênait pour se libérer et lui déclara que puisqu’on ne pouvait pas le libérer et lui sauver la vie, qu’on le laisse mourir avec son habit et ainsi il mourut en se recommandant à Dieu. On secourut fray Miguel Duarte et on le mit en lieu sûr et de là il récita le credo et la litanie à l’intention de ceux qui se noyaient et de ceux qui restaient : mais comme la barque se renversait et faisait de grands soubresauts, et que le religieux était hagard et épuisé, à l’un des soubresauts il tomba à l’eau et se noya. Fray Francisco de Quesada voyait tout cela, accroché à son anneau de proue, et bien que cette partie de la barque, très étroite, se tordait et se retournait, comme il savait nager, il surnageait facilement."

 

Mangrove dans la lagune de Términos

 

Les Dominicains s'échouent sur l'ïle du Carmen

"En tout, trente deux personnes se noyèrent, dont neuf religieux, les autres laïcs, en l’espace de dix heures : de deux heures du matin à midi, le vingt janvier, fête de Saint Sébastien, et la tempête continua jusqu’à l’après-midi. La mer s’apaisa et la barque fut poussée vers la terre ferme qu’ils reconnurent comme l’île de Términos et en s’en rapprochant ils virent des espagnols qui passaient sur la plage, les uns à cheval, les autres en canoës, de façon à pouvoir traverser les mauvais passages et comme ils avançaient lentement, Segovia put les rejoindre à la nage. Il leur raconta les événements et émus par leur malheur, ils les attendirent.

Les uns sortirent en nageant, les autres comme ils pouvaient car la mer est basse à cet endroit ; et quant à un vieux marchand âgé de plus de soixante ans, très gros et très lourd, qui s’était sauvé en s’agrippant au bordage de la barque et qu’on avait hissé à bord, à sa demande, en le tirant sans mal par la barbe et les cheveux, on l’attacha à un câble et on le tira ainsi à terre en le remorquant dans l’eau comme un tonneau, qualificatif qu’il se donna lui-même, car les autres n’avaient pas envie de plaisanter. Les espagnols partagèrent leur nourriture avec eux, qui consistait en quelques tortillas de maïs, de la viande séchée, quelques oranges, grâce à quoi ils se réconfortèrent un peu, car personne n’avait déjeuné depuis le lundi matin jusqu’à ce jeudi soir." (Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre 5, chapitre 8)

 

A Campeche, Bartolomé de Las Casas et les Dominicains restés avec lui apprennent le naufrage. Ils décident de se rendre sur place.

 

Las Casas s'embarque à son tour pour l'île du Carmen

Les marins insistèrent pour que Monseigneur l’évêque (Bartolomé de Las Casas) et les pères s’embarquent, car le temps était idéal pour naviguer, la mer apaisée et le vent favorable. Mais tous pensaient à la mort de leurs frères, qu’ils n’étaient pas meilleurs qu’eux et ainsi ils avaient peur que Dieu ne les frappe aussi si telle était sa colère. Monseigneur l’évêque, qui entra le premier dans la barque, les réconfortait en parlant de la miséricorde du Seigneur et de leur projet, qui était aussi le sien ; et employant des arguments concrets, il les rassurait quant au voyage, sur une barque neuve, avec des professionnels habiles, le vent parfait et la mer calme. Il disait que l’événement passé avait été le fait du hasard, à cause de quelque négligence des gens et que ceux qui naviguent par ici s’étaient rarement perdus ; de cette façon il les persuada de s’embarquer, sans qu’ils veuillent manger, disant auparavant une prière avec beaucoup de dévotion (…).

En plein milieu de ces pensées, les marins informèrent le vicaire que l’on arrivait à l’endroit où se produisit le malheur. Il leur demanda à tous de se lever et ils dirent un répons chanté avec une grande solennité et beaucoup de larmes. Cette cérémonie terminée, Monseigneur l’évêque, tel un autre Saint Paul face au péril de la mer lors de son transfert à Rome, demanda que l’on sorte à manger, mit la table, découpa la nourriture et pour encourager les autres commença à manger avec grand appétit. Le vent leur fit ensuite défaut et ils furent encalminés jusqu’au jour suivant ; à huit heures un vent du nord s’éleva et alla se renforçant. Aussi les marins se dépêchèrent-ils de se réfugier à terre et ils s’enfoncèrent dans la seconde bouche de l’île de Términos, sur presque une lieue à l’intérieur et pour renouveler la douleur ils découvrirent la barque du désastre échouée là. (Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre 5, chapitre 9)

 

Las Casas parvient au Tabasco

Las Casas dépose une partie des moines sur l'île du Carmen afin de rechercher des survivants éventuels et pousuit sa traversée jusqu'au Tabasco.

 

Bartolomé de Las Casas subit une tempête

"Monseigneur l’évêque (Bartolomé de Las Casas) s’embarqua avec son compagnon fray Rodrigo de Ladrada et fray Pedro Mártir, religieux lai qui le servait habituellement, et demanda que fray Luis de Cuenca et fray Jordán de Piamonte l’accompagnent (…). Ce jour-là ils eurent un temps calme et le jour suivant un vent du nord dangereux ; ils voulurent s’en abriter dans l’estuaire du fleuve de Saint Pierre et de Saint Paul mais ils en furent empêchés par la nuit et l’impossibilité, pour le pilote, de sonder le fond. Ils continuèrent en grand danger si bien qu’ils se confessèrent tous par précaution de ce qui pouvait advenir. La nuit suivante, ils aperçurent soudain une lumière à terre, qui leur fit plus de plaisir que dans d’autres circonstances le soleil. Ils comprirent qu’elle venait de Tabasco. Ils remontèrent le fleuve (Grijalva) et à l’appel des marins, les habitants du village sortirent avec de nombreux flambeaux qu’ils tenaient prêts, informés déjà que Monseigneur l’évêque arrivait. Ils le reçurent avec de grandes démonstrations de joie qui furent suivies de nombreux dons de nourriture tout le temps qu’il resta sur place, et ils étaient si abondants qu’il en eut pour toute la route jusqu’à Ciudad Real. Ils lui donnèrent toutes les fournitures et l’équipement qui étaient nécessaires pour voyager jusque là, sur les rivières comme à terre." (Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre 5, chapitre 9)

 

Frontera, Tabasco, au XVIème siècle :

 

"A quatre-vingt lieues de la ville de Mérida, la ville de Nuestra Señora de la Victoria, qui se trouve près de plusieurs grandes lagunes poissonneuses et proche de la mer, a cinquante habitants espagnols, dont trente six encomenderos pauvres, car la meilleure concession n’atteint pas trois cents indiens, et les autres sont des marchands. Ce village a été peuplé par Don Fernand Cortez, lorsqu’il vint découvrir la côte de la Nouvelle Espagne. Comme le pays est très chaud, qu’il n’y a pas de pierre et que l’humidité empêche de construire les maisons en pisé ou en adobes, on les construit sur de hauts pilotis et avec des murs faits d’un simple treillis de roseaux de façon à laisser passer le vent de la mer. Le village déménagea en 1553 ou 1554 à vingt lieues à l’intérieur des terres et ensuite revint s’installer dans le site actuel en raison de l’accessibilité du port. Le commerce de la région, c’est le cacao et l’élevage des bovins, sur à peu près six fermes. Quand on a découvert cette région, il y avait tant d’indiens que dans les seuls villages d’indiens de Tauasquillo et de Taxahual, il y avait douze à quinze mille indiens, alors qu’aujourd’hui il n’y en a pas plus de cinquante ; et dans la province entière, dans les vingt huit villages, en tout et pour tout, pas plus de mille indiens tributaires, qui donnent un tribut de deux mille xiquipiles de cacao, de huit mille fèves chacun, réparties par charges de vingt quatre mille ; ils donnent aussi quatre mille fanègues de maïs ; au total, avec les autres sortes de semailles, les cotonnades et les poules, ils paient chaque année au titre du tribut l’équivalent de plus de treize mille ducats et ils sont très lourdement taxés parce que beaucoup d’indiens tributaires sont morts et que les prélèvements sont restés au même niveau. Sa Majesté possède seulement deux villages dans cette province." (Geografía y descripción universal de las Indias. Recopilada por Juan López de Velasco, desde el año de 1571 al de 1574)

 

La navigation de Las Casas au large des Etats du Campeche et du Tabasco. De droite à gauche : la lagune de Terminos et l'île du Carmen, l'embouchure du fleuve San Pedro y San Pablo et celle commune aux fleuves Grijalva et Usumacinta (vue satellite). Au nord, le Golfe du Mexique

 

Les Dominicains gravissent les montagnes du Chiapas

Depuis Tabasco, Las Casas part en avant pour occuper au plus vite son diocèse. Les Dominicains suivent, scindés en plusieurs groupes. Ils naviguent en canoë sur le fleuve Grijalva et son affluent jusqu'à Tacotalpa et entreprennent ensuite la montée jusqu'à San Cristóbal (2.200 mètres d'altitude), à travers les sierras du Chiapas.

 Voici leur itinéraire au Tabasco et au Chiapas :

- Tabasco (Santa María de la Victoria, aujourd’hui La Victoria, près de Frontera)

- Tacotalpa

- Teapa

- Ixtapangajoya

- Solosuchiapa

- Ixhuatán

- Momostenango (Chamula)

- Ciudad Real de Chiapa (San Cristóbal de Las Casas)

 

Les Dominicains parviennent à Ixtapangajoya

"LE PERE FRAY TOMÁS CASILLAS et ses compagnons parvinrent à un village appelé Estapangaxoa (Ixtapangajoya) et le vicaire était rempli de joie de les voir tous réunis, en bonne santé et bien décidés à poursuivre leur voyage, malgré ses difficultés, qui auraient pu décourager les plus audacieux et les plus hardis. Le samedi précédant le deuxième dimanche du carême, ils en partirent et le cacique leur donna des tortillas de maïs, du poisson, des oranges et des bananes pour la route : afin de le payer un peu, de lui montrer de l’amitié et quelques marques de remerciement (c'était sa façon d’agir avec tous les bienfaiteurs), le père vicaire lui donna des babioles de Castille, parmi lesquelles des croix, des rosaires, des médailles de bronze et des gravures pour mettre sur les murs."

 

Ils traversent les montagnes abruptes de la région Zoque

"Et afin de contourner une grande rivière franchie le jour précédent qui, du fait de la pluie, avait beaucoup grossi et qu’il aurait fallu traverser quatre fois, à grands risques, en prenant le chemin normal, il fut nécessaire d’emprunter un chemin connu des indiens, et d’eux seuls, qui passait entre des arbres gigantesques, empêchant le soleil d’atteindre la terre, parmi les fourrés, les broussailles, la pierraille, les rochers ; et les pères s’épuisaient à monter des pentes raides comme des cyprès et pour les descendre glissaient et dégringolaient plus qu’ils ne marchaient. Ici, ils tombaient, là ils s’embourbaient, ailleurs ils perdaient pied et le tout en jeûnant jusqu’à ce qu’il soit l’heure de manger car on tenait pour sacrilège de ne pas observer le jeûne du Carême aussi ponctuellement que si l'on se trouvait dans les cloîtres de San Esteban de Salamanque : en effet ils étaient convaincus dès le départ que les miracles grâce auxquels ils devaient convertir les indiens et amener les espagnols à vivre de façon exemplaire, ce seraient la promesse de leur vie pleine de toutes sortes de mortifications, leur pauvreté et leur dédain du monde ; et ils commençaient donc sur ce chemin qu’ils empruntaient, aussi dur et inconfortable qu’il soit, à observer la règle qu’ils devaient avoir dans leur couvent ; et afin qu’il n’y manque pas le chœur, le père vicaire leur demandait de chanter en marchant des psaumes et des hymnes à la louange du Seigneur et cet exercice servait aussi, grâce au chant et à la dévotion de ce qu’on chantait, à les distraire de la difficulté et de la fatigue des mauvais passages qui excédait ce que l’on pourrait dire ou croire."

 

Teapa, une des étapes des Dominicains (l'église Santiago Apóstol)

 

Parvenus à Solosuchiapa, ils évoquent leurs aventures

"Dans l’après-midi ils parvinrent au lieu-dit de Xilosuchiapán (Solosuchiapa) et le cacique les accueillis avec une grande joie et en signe d’amour les embrassa tous. Il aurait beaucoup désiré qu’ils s’arrêtent là, mais il ne fut pas possible de lui donner cette satisfaction car l’endroit n’était pas adéquat pour y célébrer le dimanche ; et les moustiques, qui étaient très importuns, n’incitaient pas peu au départ. Ils descendirent la pente, ou pour mieux dire ils la dévalèrent car elle est très abrupte et raide et ils arrivèrent chez des espagnols qui habitaient au flanc de la montagne et ne les trouvèrent pas chez eux ; mais ils trouvèrent le père fray Tomás de San Juan qui, malade, avait été envoyé en avant par le père fray Tomás de la Torre qui dirigeait son groupe, et quelques indiens le portaient en hamac.

Ce père avait été désigné à Campeche pour aller dans la barque du malheur et au moment d’y entrer resta à terre par un simple hasard. Quand il s’embarqua à Tabasco, le canoë dans lequel il se trouvait ralentit et commença à couler et s’il n’avait pas appelé à grands cris ceux qui le précédaient, qui le secoururent très vite, il se serait noyé. Le jour avant l’arrivée des pères, en traversant une rivière, la force de l’eau entraîna les indiens qui le portaient, et eux et le père se seraient noyés, tous empêtrés dans le hamac, si Notre Seigneur n’avait pas fait en sorte que Segovia, le serviteur des pères, qui le voyait, se jette à l’eau et comme il était grand nageur, s’empare du religieux, saisisse un indien, encourage les autres et malgré leur grand désarroi leur donne de la force et avec son aide ils se sauvèrent tous, ce que les pères qui arrivaient considérèrent comme un miracle. Ils trouvèrent là aussi le père fray Domingo de Medinilla qui était resté avec le malade qui se remettait à peine de la frayeur de la rivière ; avec beaucoup de charité il lava les pieds à tous les compagnons qui, propres et morts de faim, car le souper avait été léger, se couchèrent sur des claies." (Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre 5, chapitre 12)

 

Champ de maïs au Chiapas

 

Ce journal de voyage fut écrit par Fray Tomás de la Torre, qui y participa. Antonio de Remesal l'utilisa en premier, avec une certaine liberté. Plus tard, Fray Francisco Ximénez, dominicain, l'inséra dans son Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala (1722). Ximénez certifie qu'il s'en tient fidèlement à la lettre du manuscrit. Une édition du texte de Ximénez est disponible en espagnol chez Editorial OPE : "Fray Tomás de la Torre, O.P., Diario de viaje de Salamanca a Ciudad Real de Chiapa. 1544-1545", Caleruega, Espagne, 1985, via http://edsanesteban.dominicos.org

 

Le Chiapas, aujourd'hui : Palenque fête sa promotion au titre de "Pueblo Mágico", obtenu en septembre 2015. Cette année, 760.000 touristes ont visité le site

 

"Santo Domingo Palenque, village de la province des Tzendales, aux confins de l’Intendance de Ciudad Real et de celle du Yucatan. C’est le siège d’une paroisse, au climat tempéré et sain, mais peu peuplée. Il est devenu célèbre car on a découvert, dans le ressort de sa juridiction, les ruines d’une Ville très importante à laquelle on a donné le nom de Ville de Palenque : sans doute la capitale de quelque Empire, inconnu des manuels d’Histoire. On a trouvé ainsi une Métropole semblable à Herculanum, pas enfouie sous les cendres du Vésuve comme celle-ci mais cachée dans un immense désert : jusqu’à ce qu’au milieu du 18ème siècle, quelques espagnols, ayant pénétré dans cette région solitaire, se trouvèrent, admiratifs, devant la façade d’une ville superbe, de 6 lieues de circonférence : à cette dimension correspondaient bien la solidité de ses édifices, la somptuosité de ses Palais et la magnificence de ses constructions publiques : les temples, autels, divinités, sculptures et pierres monumentales qu’on y voit témoignaient de son antiquité. Les hiéroglyphes, symboles et emblèmes qu’on a trouvé dans ses Temples, en tout point semblables à ceux des Egyptiens, ont fait penser qu’une colonie de ce peuple a fondé la Ville de Palenque ou de Culhuacan. Le même constat a été fait dans la Ville de Tulhá, dont on voit les ruines près du village d’Ocosingo, dans la même circonscription". (Domingo Juarros, Compendio de la historia de la ciudad de Guatemala, 1808-1818)

 

 

2017 "des moines chez les Mayas"

http://moines.mayas.free.fr/

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Le pont El Zacatal, long de presque quatre kilomètres, relie l'île du Carmen au continent.

L'île du Carmen (ou de Términos) : Juan de Grijalva parvint en 1518 à l'île du Carmen. Antón de Alaminos, pilote de l'expédition, baptisa l'île du nom de Términos, pensant que le Yucatan, que l'on croyait être une île, se terminait là

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Frontera (Tabasco) : l'embouchure du fleuve Grijalva. Le premier contact avec les espagnols intervint le 28 mai 1518, quand Juan de Grijalva pénétra dans ce fleuve du Tabasco, qui prit par la suite le nom du conquistador. Un an après, en 1519, Fernand Cortez débarqua au même endroit et vainquit les mayas chontales à la bataille de la plaine de Centla. Les espagnols fondèrent alors la ville de Santa María de la Victoria, aujourd'hui La Victoria, sur la commune de Centla et Frontera.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rancho Bonito, Sierra Madre de Chiapas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Río de la Sierra, à Ixtapangajoya 

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