Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

LA MISSION DOMINICAINE

 DE COPANAGUASTLA,

 CHIAPAS

 

 

 

COPANAGUASTLA, UNE GRANDE MISSION DU CHIAPAS

Les frères dominicains fondèrent à Copanaguastla leur second couvent du Chiapas, dans l’espoir d’en faire un grand centre d’évangélisation. Au XVIème siècle cette région, la Dépression Centrale du Chiapas, était considérée par les Espagnols comme particulièrement riche tant pour ses cultures de coton, ses mines et ses possibilités d’élevage que pour sa position sur le Chemin Royal menant au Guatemala. Pourtant le couvent fut abandonné au début du XVIIème siècle et le village ne lui survécut que de quelques années, essentiellement à cause des épidémies, mais Fray Francisco Ximénez, historien des Dominicains, assure que la pratique obstinée de l’adoration des dieux préhispaniques, dissimulés derrière le grand autel de l’église, entraîna un châtiment divin. Le temple de Copanaguastla, du fait des circonstances historiques, a conservé son caractère architectural d’origine. C’est un des meilleurs exemples du style Renaissance au Mexique.

 

Les ruines du couvent de Copanaguastla

 

L'acte de fondation du couvent de Copanaguastla

“Trois ans après (1557), Monseigneur don fray Tomás Casillas fit de nouveau donation à l’Ordre de cette église (de Copanaguastla) pour compléter la première donation que son prédécesseur, Monseigneur don fray Bartolomé de las Casas avait faite de Cinacantlán, quand il partit pour le concile de Mexico et de là en Espagne.

Nous, don fray Tomás Casillas, évêque de Ciudad Real de la province de Chiapa, par la grâce du Saint Siège apostolique et du Conseil de sa Majesté, etc. Etant donné qu’à l’initiative du vicaire et des religieux de Monsieur Saint Dominique du village de Copanabastla, les résidents et les indigènes ont édifié dans le dit village une église dans laquelle se célèbrent les divins offices et où on leur administre les autres saints sacrements de notre mère la sainte Eglise, tout en leur prêchant et leur enseignant pour leur salut les choses de notre sainte foi catholique ; et parce que le progrès des dites églises, qui se font ou se feront dans notre évêché, Nous incombe, en tant qu’évêque et prélat de ce diocèse. Et parce que ladite église appartient aux dits religieux, pour la raison qu’elle a été faite à leur initiative et par leur travail, et pour desservir une région habitée. Enfin considérant ces éléments et le profit que les habitants du dit village en ont tiré, leur étant imposée une vie chrétienne et policée, ce pourquoi Dieu notre Seigneur a été et sera bien servi. Par la présente, en vertu de l’autorité que Sa Sainteté Nous a concédée, et dans le respect des formes juridiques les plus valables et les moins contestables. Nous attribuons la dite église au vicaire et aux religieux de Monsieur Saint Dominique du dit couvent et monastère du village de Copanabastla, qui y résident ou y résideront par la suite. Et Nous leur en faisons donation pour la durée de notre vie présente et de façon irrévocable à jamais pour le futur. Et Nous leur donnons tout pouvoir, en application du présent contrat, pour que les dits religieux, quels qu’ils soient, puissent prendre possession de la dite église, en personne ou sous la forme qui leur conviendrait. Et jusqu'à ce qu’ils en prennent possession, Nous agissons en leur nom, en qualité de tuteur intérimaire de l’église. En témoignage de quoi Nous octroyons la présente et la signons de notre nom, la faisons contresigner par le secrétaire ci-dessous désigné et la scellons de notre sceau. Fait à Ciudad Real, le onze janvier de l’année mille cinq cent cinquante sept de la naissance de notre Sauveur Jésus-Christ. Frater Thomas Episcopus Civitatis Regalis. Par ordre de sa seigneurie très révérée. Gaspar de Santa Cruz. Ecrivain de sa Majesté." (Fray Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre X, chapitre IV)

 

La nef de l'église de Copanaguastla

 

L'église de Copanaguastla prend feu

“L’année (1564) fut très sèche et on récolta du maïs seulement dans les montagnes hautes et humides, et il y eut ainsi une grande famine dans les terres de Copanabastla, Chiapa et autres, et les habitants de Chiapa allaient en groupes, tant les hommes que les femmes, se louant pour filer et travailler dans les villages voisins afin de gagner leur nourriture. Chose jamais vue jusqu’à présent.

"A Copanabastla, on eut, en plus de la faim, un autre malheur, ce fut un incendie dans l’église, si soudain qu’on pu sauver le couvent à grand peine. Et le Seigneur réitéra ce malheur deux fois à Zacapula, où la même année le couvent et l’église brûlèrent d’un bout à l’autre jusqu’aux fondations, sans rien pouvoir y faire. Et à Copanabastla, un éclair mit le feu à l’église, à la grande douleur des pères et des indigènes, car on venait de la couvrir d’une charpente très solide, qui donnait au toit l’apparence d’un bel entrelacs.” (Fray Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre X, chapitre XVIII)

 

Fray Francisco de la Cruz à Copanaguastla

“Quand le  P. F. Domingo de Ara alla occuper Copanabastla pour la première fois, il emmena avec lui le père Francisco de la Cruz. C’était un homme encore novice et qu’on ne jugeait pas vraiment capable d’apprendre la langue du pays (le tzeltal) ; on l’envoya donc avant tout pour aider concrètement à la construction de l’église et du couvent, sans illusion sur l’aide qu’il pourrait apporter en matière d’évangélisation des indiens. Mais le bon père mit tant de coeur à apprendre la langue qu’ils durent tous admettre s’être trompés. Il étudia toutes les questions et réponses du catéchisme dans cette langue et s’exerçait en les répétant à un petit mannequin nommé chicubite qu’il avait au milieu de sa cellule et à qui il parlait comme s’il s’agissait de l’un de ses disciples indiens. Il lui faisait ensuite un sermon et comme son auditeur ne se lassait pas, ne fronçait pas les sourcils quand le prédicateur se trompait, ou s’arrêtait pour réfléchir à ce qu’il fallait dire, ou répétait ce qu’il avait déjà dit, ou se mettait à lire ses notes pour se remémorer les termes exacts qu’il convenait d’employer, cet exercice durait souvent toute la nuit et le P. Fr. Francisco sortait le matin ayant fait de grands progrès. Par ce moyen, il apprit la langue à la perfection en peu de temps, et aida grandement ses compagnons dans le saint ministère de l’évangélisation des indiens.” (Fray Antonio de Remesal, Historia general de las Indias occidentales y particular de la gobernación de Chiapa y Guatemala, livre XI, chapitre II)

 

La dépression centrale du Chiapas -los Llanos-, où se trouve le couvent de Copanaguastla, vue depuis la cascade del Chiflón

(Au premier plan, les contreforts du plateau de los Altos de Chiapas ; à l'horizon, au delà de la dépression centrale, on voit la Sierra Madre de Chiapas, au sud)

 

Fray  Francisco Ximénez décrit la région de Copanaguastla :

"Je parlerai peu de Copanaguastla car la plupart des gens qui y habitent sont les mêmes que ceux de Cinacantlan et leur langue en est si proche que les prédicateurs qui parlent aux uns comprennent aussi les autres : les Espagnols les connaissent sous le nom de Quelenes. Le site de Copanaguastla et ses environs sont une merveille absolue, notamment grâce à leur climat : il n’y fait jamais froid ni trop chaud. On y trouve en abondance toute la nourriture des indiens, le maïs comme le piment et tout ce qu’ils mangent d’autre ; la terre produit du coton et toutes les régions voisines en tirent de quoi se vêtir ; c’est une région très plate, avec de vastes prairies pour le bétail ; juste derrière il y a des montagnes d’où on extrait de l’or ; on peut la comparer en tout à Jéricho puisqu’il y a une multitude de palmiers donnant des fruits excellents, bien que nous n’en ayons pas mangé pendant les quatre premières années, les indiens ne nous en ayant pas procuré, pensant que nous n’en voulions pas ; il y a de grands champs irrigués et d’autres choses remarquables. Le grand défaut de cette région est qu’elle n’a pas eu jusqu’à présent un Elysée chargé d’assainir l’eau : terre de palmiers, comme Jéricho, ses eaux transmettent la même maladie ; il y a bien quelques petites fontaines qui fournissent à présent l’eau aux Frères alors que ce n’était pas le cas autrefois ; mais l’eau est le plus souvent mauvaise et saumâtre."

(Fray Francisco Ximénez, Historia de la Provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, Tomo tercero, Capítulo XLVIII, Des villages de Sinacantlán et de Copanaguastlán, et de l'état dans lequel on a trouvé la région)

 

Les péchés des habitants de Copanaguastla

“Dieu déteste tous les péchés mais l’idolâtrie est celui que Sa Divine Majesté abomine le  plus. [] Tel fut le péché des habitants de Copanaguastla, selon ce que l’on peut déduire des documents anciens, qui s’agenouillaient en même temps devant le vrai Dieu et sa Très Sainte Mère et devant l’idole de leurs ancêtres. Ils sont tombés et ont persévéré dans cette faute, bien que Dieu leur ait donné pour maîtres, afin de leur enseigner le chemin de la vérité, les meilleurs évangélisateurs qu’il y eut dans cette sainte province : Fr. Tomas Casillas et Fr. Pedro de la Cruz, parmi bien d’autres dont il est fait mémoire dans cet ouvrage, qui leur montrèrent le vrai chemin de la gloire, non seulement par leur merveilleuse prédication mais, bien mieux, par leur vie très sainte, comme on l’a vu. [...]

“Le principal motif auquel tous attribuent la juste indignation de Dieu contre ces gens misérables tient au fait que, pour rendre un culte à l’idole (ou au démon) qu’ils adoraient, ils la placèrent derrière la Très Sainte image du Rosaire et ainsi, affectant d’aller visiter la Sainte image, ils pouvaient offrir avec plus de liberté et de sans-gêne leurs fumigations au démon qui était derrière le retable de Notre-Dame Souveraine. Cela dura longtemps, à ce que l’on croit : l’affluence était grande à cet autel et était grande aussi la satisfaction des religieux, dans leur crédulité, de voir combien on recourrait à Marie Très Sainte, unique asile de piété. Cette fréquentation se maintenait alors que la justice Divine s’abattait sur ces gens misérables sous la forme d’une peste persistante qui les tuait sans délai ; cela donnait au départ une grande confiance aux religieux de voir la justice Divine s’apaiser, mais ils étaient suprêmement affligés de constater que l’afflux de tous les habitants du village à cet autel ne produisait pas d’effet. Sa Majesté Divine voulut bien alors découvrir à ses Ministres quelle était l’origine de sa juste indignation  et il permit donc qu’un Religieux, en prière dans un endroit retiré de l’Eglise, vît une indienne, sans doute ignorante de la présence de l’idole, demander à Notre-Dame, avec une grande ferveur et des exclamations, de porter remède aux nombreux malheurs qui l’affligeaient. Il était tout près et pouvait entendre ses clameurs, quand il vit un indien (ou le démon sous sa forme) venir à elle et lui dire : Pourquoi pleures-tu ? Qu’est-ce qui te désole ? Si tu as besoin de quelque chose ne la demande pas à cette image mais à notre ancien Dieu dont la statue est placée derrière ce retable ; c’est lui qui nous a toujours favorisés. Il est impossible de dire combien cruelle fut la douleur dans l’âme de ce Religieux quand il entendit ces paroles sacrilèges ; il informa les autres Religieux de ce qui se passait ; ils vinrent retirer le simulacre de Satan et, convoquant tous les habitants pour leur reprocher leur idolâtrie, le réduisirent en cendres qu’ils dispersèrent dans les champs. La peste ne cessa pas pour autant ni l’épée de la Justice Divine ne se retira, parce que sans doute, bien qu’on leur ait enlevé leur idole, ils ne durent pas ôter de leur coeur la fausse croyance et continuèrent en secret à lui rendre un culte. Et de fait, puisqu’on leur avait détruit le simulacre, le démon se manifesta sous la forme d’un taureau féroce, tel que le décrivent les Ecritures : cela se produisit un Jeudi Saint, alors que tout le village était à l’office Divin; il entra dans l’Eglise sous la forme d’un taureau noir en mugissant ; mais comme il ne pouvait pas aller au delà de ce que permettait le Suprême Seigneur son Créateur, il ne fit aucun mal aux habitants ni aux Ministres de l’autel, se contentant par cette provocation d’un dernier sursaut, bien que ce ne soit pas un grand réconfort pour ses fidèles.

“Ces fautes, déjà si abominables, ne furent pas les seules à déchaîner la Justice Divine contre ces gens misérables: il y en eu d’autres qui devaient les mener à leur ultime perdition. En particulier le fait que les jeunes filles ne voulaient pas se marier, mais tombaient enceintes, étant incapables de résister au pouvoir de la chair ; elles noyaient alors leurs petits enfants, sans l’eau du saint baptême, afin que leurs délits restent ignorés. Les Religieux se désolaient de ces maux et les dénonçaient continuellement, mais ils ne parvenaient pas à amender leur conduite ; abandonnant alors les admonestations discrètes, constatant que le péché était public, ils durent en plus le dénoncer publiquement, leur dire qu’ils ne doutaient pas que la Justice Divine tirerait vengeance de délits si exécrables et que, puisque les jeunes filles ne voulaient pas se marier et qu’elles noyaient leurs nouveaux-nés sans les baptiser, empêchant la propagation de la foi, Dieu les anéantirait et les détruirait tous, les effaçant de la face de la terre, comme d’autres sodomites. []" (Francisco Ximénez, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala del orden de predicadores, livre IV, chapitre LXVIII)

 

Plan du couvent de Copanaguastla

(Olvera, Jorge. Copanaguastla, joya del plateresco en Chiapas. Ateneo, Tuxtla Gutiérrez. 1951)

 

Le couvent de Copanaguastla est abandonné

Les Religieux leur démontraient continuellement la cause de leur ruine mais il ne devait pas y avoir de remède ; aussi la peste se poursuivit-elle, les achevant de telle façon que douze ans plus tard le couvent se trouvait déjà esseulé dans un désert, puisqu’il ne restait pas plus de dix indiens, plus ou moins. Ils en rendirent compte au Provincial qui rassembla son conseil dans le Couvent de N.P. St. Dominique de Guatemala et décida que l’on transfèrerait le Couvent de Copanaguastla à Tzotzocoltenango, situé dans la même province des Llanos, pour veiller à partir de là à l’administration des villages lui appartenant. []

“A partir de cette année 29 on commença à effectuer le déménagement du Couvent et à transformer la maison de Tzotzocoltenango, qui était une église de “visite”, en Couvent en bonne forme. [...]

“La maison de Tzotzocoltenango devint aussitôt un couvent et une maison collégiale mais bien qu’on lui transférât tout ce qui concernait le Couvent, on ne lui transféra pas ce qui appartenait à l’Eglise : ses ornements restèrent là car il y avait encore quelques habitants, bien peu, auxquels il fallait administrer les Sts. Sacrements. Puis en 1645, alors qu’il ne restait plus que huit indiens, tout ce qui touchait à l’Eglise passa au Couvent de Tzotzocoltenango, y compris les cloches, qui y demeurèrent jusqu’en 1659 quand Sr. D. Fr. Mauro de Tovar les fit emporter à la Cathédrale de Ciudad Real.” (Francisco Ximénez, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala del orden de predicadores, livre IV, chapitre LXVIII)

 

Le Chemin Royal du Chiapas

Le Chemin Royal passant par les terres chaudes de la Dépression Centrale du Chiapas fut le plus fréquenté pendant une période de cent ans, de 1550 à 1650. Il reliait le Mexique et le Guatemala en partant de Chiapa de los Indios (Chiapa de Corzo) au Chiapas, jusqu’à la ville de Guatemala (Antigua).

Il suivait la rive droite du fleuve Grijalva à partir de Chiapa de Corzo, puis continuait par Acala, Ostuta et San Bartolomé de los Llanos (Venustiano Carranza). Ensuite on parvenait à Copanaguastla et à sa « visita » de Soyatitán. On trouvait après quatre villages : Coapa, Escuintenango (aujourd’hui colonia San Francisco), San José Coneta et Aquespala (colonia Joaquín Miguel Gutiérrez), dernier village mexicain du Chemin Royal.

Les épidémies apportées par les espagnols décimèrent tous ces villages et comme, au contraire, Chiapa de los Españoles (San Cristóbal de Las Casas) se développait, le Chemin Royal fut abandonné. Dès la seconde moitié du XVIIème siècle, la nouvelle route du Chiapas au Guatemala s’était déplacée sur los Altos, passant par Comitán.

 

Tous les villages de la région ont disparu

« Quant aux villages qui ont été détruits dans cette province des Llanos, il y en a beaucoup et parfois de très grands ; et c’est une chose bien connue que tous ou la plupart se trouvaient dans la partie basse de la province ; on peut en attribuer la cause, en plus de la Justice Divine qui semble-t-il poursuivit ces misérables jusqu’à les exterminer, à la nature du pays qui est dans l’ensemble marécageux et on sait bien que la chaleur et l’humidité sont propices à la corruption. Nous pouvons le déduire aussi du fait que les villages qui se trouvent dans des endroits plus élevés et plus secs, non seulement n’ont pas été détruits ou diminués, mais au contraire se sont beaucoup développés, comme on le voit à S. Bartolomé Tzoyatitan, Comitan et autres. Tous ceux qui ont choisi un endroit bas ont été détruits ; parmi ceux-ci le premier dont nous pouvons parler est celui de Sacuapa qu’on appelait autrefois Tecpacuapa, ce qui veut dire en langue mexicaine Maison du Roi de la Cuapa et qu’on nomme habituellement la grande Cuapa en raison de l’importance de sa population. En 1680, ce village dépérit si vite qu’il n’y resta plus une personne vivante. []

"De même le village de Teculuta, qui était voisin de celui de Copanaguastla, fut totalement anéanti et il n’en reste aucun souvenir : dans les années 1640 il avait déjà complètement disparu comme ce fut le cas de Copanaguastla. []

"Tzitalá, dépendance de Tzotzocoltenango, est un autre village qui fut supprimé et disparut dans les années 1665. Il souffrait de l’influence de ce mauvais terrain marécageux, tout comme Chalchitan, qui lui aussi dépendait de Tzotzocoltenango et disparut complètement en 1698. Et dans les mêmes années il en disparut un autre, Tzacualpa, également dépendant de Tzotzocoltenango. Tous ces villages étaient situés dans les environs de Tzotzocoltenango et sur ce sol marécageux, et ce n’est pas étonnant qu’ils aient été abandonnés comme cela se produisit.

"Quelqu’un peut faire une objection et dire : pourquoi n’a-t-on pas essayé de déplacer les indiens vers des lieux plus sains, en constatant que toute cette région est marécageuse ? A quoi je réponds que c’est une éventualité impossible à envisager avec eux et encore moins celle de les regrouper avec d’autres indiens, et ils se laisseraient mourir plutôt que de déménager autre part, alors même qu’ils verraient de leurs yeux leurs propres malheurs. [...] Et si on les déplace, comme c’est arrivé quelquefois, ils meurent encore plus vite. [] On l’a vu à Aquespala, premier village de la province des Llanos où il n’était resté que 8 à 10 indiens et qu’il fallait préserver parce c’était une étape du Chemin Royal, dans une région très dépeuplée : on y amena, sur ordre du Gouvernement Supérieur, 20 familles du village de Chiquimucelo et d’autres choisies chez les Zendales parmi les moins coupables du soulèvement, et toutes ces familles ont disparu en six ans sans que le but souhaité fût atteint. Il est arrivé la même chose lors de la réduction des indiens Lacandons dont on traitera plus tard : comme ils étaient nombreux sur leur terre et dans leur forêt et que l’on avait peur qu’ils retournent à leur idolâtrie, on les amena près de la rivière d’Aquespala où on les installa ; ils s’amoindrirent si bien qu’il en manquait beaucoup quand on voulut les passer au domaine de S. Ramon pour avantager cette région dépeuplée ; à présent il n’y reste pas 50 familles et sans doute, demeurées sur place elles auraient toutes disparu.

"Il y a dans cette province des Llanos d’autres villages qui se trouvent en très mauvais état pour la même raison, comme Istapilla et Pinula de la Paroisse de Zoyatitlan. Dans cette paroisse, le village de Sta. Lucia fut supprimé et le peu d’habitants qui restait se joignit au village de Zoyatitlan. Les villages de Huistatlan et de Comalapa de la Paroisse de Chiquimucelo, eux aussi, se trouvent très diminués. Ceux de Coneta et d'Aquespala de la Paroisse d’Escuintenango sont dans la même situation. De même le village d’Ostutla de la Paroisse d’Acalá a été totalement détruit par une infinité de chauve-souris et de moustiques, une plaie très courante dans ces régions chaudes et humides. A eux seuls, les moustiques ont tué beaucoup de monde, comme en Egypte et il n’est pas extraordinaire qu’on les accuse d’avoir produit tant d’effet : seules les personnes qui ont fait l’expérience de cette plaie peuvent savoir ce que c’est." (Francisco Ximénez, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala del orden de predicadores, livre IV, chapitre LXV)

 

Thomas Gage, Nouvelle Relation, Paul Marret marchand libraire, Amsterdam, 1730

 

La vallée de Copanaguastla vue par Thomas Gage, dans les années 1620

"La grande vallée de Copanabastla est voisine du Prieuré de Comitlan ; c’est aussi un prieuré et il s’étend jusqu’au Soconuzco. La vallée est célèbre du fait de la Grande Rivière, qui prend sa source dans les montagnes des Cuchumatlanes, passe par Chiapa des Indiens et de là descend vers le Tabasco. Elle est aussi réputée pour l’abondance de poisson que renferme la rivière et le grand nombre de têtes de bétail qui approvisionne à la fois la ville de Chiapa et toutes les villes proches.

"Le climat de la ville de Chiapa des Espagnols et de Comitlan est froid à l’excès car elles sont situées en altitude dans les montagnes ; mais cette vallée placée en contrebas est extrêmement chaude et, de mai jusqu’à fin septembre, subit de grandes tempêtes et des orages avec force éclairs et tonnerre.

"La ville siège du prieuré s’appelle Copanabastla et renferme un peu plus de huit cents habitants. Mais celle d’Izquintenango est plus grande ; elle se trouve plus au sud, à l’extrémité de la vallée, au pied des montagnes des Cuchumatlanes. Et la ville de San Bartolomé, qui est à l’autre extrémité de la vallée vers le nord, est encore plus importante. La vallée mesure quelque quarante miles de long et seulement dix ou douze de large. Les autres villes, situées du côté du Soconuzco, sont plus chaudes encore et plus exposées au tonnerre et aux éclairs qui se multiplient à l’approche des côtes de la Mer du Sud.

"En dehors du bétail, abondant, la principale production de la vallée consiste en coton, dont on fait les nombreux vêtements porté par les indiens et que les marchands viennent chercher de partout. Ils les échangent au Soconuzco et dans les Xuchutepeques contre du cacao, ce qui fait qu’ils sont bien approvisionnés de cette boisson. Les habitants ne manquent pas non plus de poisson qu’ils tirent de la rivière, ni de viande car la vallée est pleine de troupeaux, ni de vêtements puisqu’ils en fournissent aux autres, ni de pain (le blé ne pousse pas ici mais il y a pléthore de maïs indien). Enfin ils disposent à foison de tout le gibier, de dindes, de fruits, de miel, de tabac et de sucre de canne.

 "Mais l’argent n’est pas aussi courant au Chiapas qu’à Mexico ou Oaxaca ; en fait on compte ici, non en Patacones ou en Pesos mais en Tostones qui équivalent à des demi Patacones.

 "Quoique la rivière soit utile à cette vallée par bien des aspects, elle est aussi cause de nombreux désastres pour ses habitants : ils perdent fréquemment leurs enfants, leurs veaux ou leurs poulains quand ils s’approchent des berges et sont dévorés par les caïmans, qui sont nombreux et avides de chair fraîche, en ayant goûté trop souvent."

(Thomas GAGE, The English-American his Travail by Sea and Land: Or, a New Survey of the West Indias Containing a Journal of Three Thousand and Three Hundred Miles within the Mainland of America, 1648, T. 1, Chap. XV)

 

Soyatitan, une autre église du Camino Real

 

 

2016 "des moines chez les Mayas"

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Plan du village de Copanaguastla au XVIème siècle

(Adams, Robert M. Changing Patterns of Territorial Organization in the Central Highlands of Chiapas, Mexico. American Antiquity, 1961)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Touristes à Copanaguastla

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Francisco Ximénez

Il était né à Ecija en Andalousie, le 23 novembre 1666. A l’âge de 24 ans, en 1690, il s’installa à Ciudad Real de Chiapas (San Cristobal de las Casas) où il devint prêtre, dans l’Ordre des Dominicains.

Les supérieurs de son couvent l’envoyèrent à San Juan Sacatepéquez pour qu’il se perfectionne en langue cakchiquel. Plus tard, il séjourna à San Pedro Las Huertas, Xenacoj et Chimaltenango. A la fin du XVIIème siècle, il vécut à Santo Tomás Chichicastenango, en qualité de curé du village. Là il apprit la langue quiché.

Il écrivit une “Histoire naturelle du Royaume du Guatemala”, qui a disparu et une “Grammaire des langues quiché, cakchiquel et subtujil”. Il publia aussi “Le parfait Paroissien”, rédigé dans ces trois langues et le “Trésor des trois langues”, qui contient le texte original et la traduction en espagnol du “Popol Vuh”, ou livre sacré des Quichés, qu’il avait lui-même découvert à Santo Tomás Chichicastenango.

Il fut chargé de réorganiser les archives du couvent dominicain de Ciudad Real et on lui confia alors la rédaction de la Chronique de la Province. Il l’écrivit pendant qu’il tenait les paroisses de Xenacoj, Chimaltenango et Rabinal, la laissant inachevée quand il mourut, en 1721 ou 1722. L’ouvrage, “Histoire de la Province de Saint Vincent du Chiapas et du Guatemala de l'Ordre des Prédicateurs”, fut publié pour la première fois en 1875.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'église de Socoltenango (Tzotzocoltenango dans le texte de Ximénez)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'église de La Concordia, Chiapas, en ruines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Coneta, une autre église abandonnée (sur la couverture de l'ouvrage de Sidney David Markman, Arquitectura y urbanización en el Chiapas colonial - en anglais, Architecture and urbanization in colonial Chiapas Mexico, The American Philosophical Society, Philadelphia, 1984 -)