Des moines chez les Mayas

 

De multiples aventures

Dominicains et Franciscains en pays maya - XVIème siècle

Un voyage de Las Casas au Tabasco et au Chiapas

Pedro de Barrientos à Chiapa de Corzo

Las Casas contre les conquistadors

Fuensalida et Orbita, explorateurs

Le regroupement des indiens

 

De nombreuses études

Un moine ethnologue, Diego de Landa

La connaissance des langues mayas

Deux enseignants, Juan de Herrera, Juan de Coronel

Deux moines historiens, Cogolludo et Remesal

 

Une multitude de constructions

Un Franciscain architecte, Fray Juan de Mérida

Le couvent de Valladolid au Yucatan

Le couvent d'Izamal et ses miracles

Au Yucatan, une église dans chaque village

Un Dominicain infirmier, Matias de Paz

 

Une difficile entreprise d'évangélisation

La pacification de la Verapaz

La fondation du monastère de San Cristóbal

La province dominicaine de Saint Vincent

Une évangélisation autoritaire

Les Franciscains et la religion maya

Un échec des franciscains à Sacalum, Yucatan

Domingo de Vico, martyr dominicain

 

La fin de l'aventure

Le retour dans les monastères

 

Compléments

Las Casas et la liberté des indiens

L'Histoire Ecclésiastique Indienne de Mendieta

La route de l'évangélisation dominicaine au Guatemala

Le couvent de Ticul, vu par John Lloyd Stephens

Les Franciscains dans la vallée du Colca, au Pérou

La route des couvents du Yucatan au XVIème siècle

La mission dominicaine de Copanaguastla, Chiapas

 

A votre disposition, sur demande :

- des renseignements concernant les pays mayas,

- des textes numérisés sur la conquête et la colonisation des pays mayas

 

Correspondance :

 

 

 

 

 

LA FONDATION

DU MONASTÈRE

DE SAN CRISTÓBAL

DE LAS CASAS

 

 

 

San Cristóbal de Las Casas, les coupoles de l'église de Saint Dominique

 

Le couvent de  Saint Dominique à San Cristóbal de Las Casas

En 1546, les Dominicains, exilés dans les villages indiens de Zinacantán, de Copanaguastla et de Chiapa de Corzo, en raison de l'hostilité des Espagnols, peuvent revenir à San Cristobal. Un accord est passé avec la municipalité pour construire un couvent. La première pierre de l´église est posée en 1547 par Francisco Marroquín, évêque du Guatemala.

L´église actuelle est du dix-septième siècle, mais, au cours de sa construction, on utilisa sans doute des éléments de date antérieure. Le plan du couvent a été modifié à cette époque : la façade de l’église était probablement insérée entre deux bâtiments ; celui du sud a disparu ; il en reste des traces sur le mur de l´église.

Le couvent est maintenant transformé en musée.

 

Le monastère dominicain de San Cristóbal de Las Casas

 

Antonio de Remesal donne le détail des péripéties de la fondation du monastère :

 

La ville de San Cristobal veut un couvent dominicain

"Enfin, après avoir beaucoup discuté de la fondation du couvent, au sein du conseil municipal (de Ciudad Real / San Cristobal de Las Casas) et en dehors, on décida en définitive d’envoyer deux conseillers municipaux et un notable de la ville demander aux pères de fonder un couvent ; et offrir l’emplacement voulu, soit dans la partie de la ville déjà construite soit dans un secteur inhabité, en leur laissant le choix du meilleur et du plus agréable. Ils promirent de l’aide pour faire la maison et firent beaucoup d’autres offres de services. Le P. fray Tomás Casillas qui ne désirait rien tant que cela, leur répondit très bien et avec la politesse qui était d’usage, accédant à leur souhait, leur accorda le couvent et accepta les offres, et ainsi se conclut une chose que désiraient fort les religieux comme les laïcs."

 

Les Dominicains choisissent un emplacement

"Le père F. Domingo de Ara se déplaçait dans les environs de Copanabastla, en compagnie du père fray Jerónimo de San Vicente, et visitait les villages de la région. Le père fray Tomás Casillas leur écrivit ce qui se passait, leur disant de venir le voir. Ils vinrent aussitôt avec grand plaisir et en personnes reconnaissantes rendirent infiniment grâce à Notre Seigneur pour cela. Tous les quatre parcoururent la ville et ses alentours, en examinant les endroits où le couvent pouvait être fondé, et ils choisirent l’emplacement où il est aujourd’hui, qui leur parut le plus adapté, pas tant parce qu’il dominait toute la ville et la vallée, ni à cause de la pureté et de la fraîcheur de l’air, pourtant très agréables, mais surtout parce qu’il se trouvait à proximité des indiens de la vallée, et que ceux-ci pourraient se présenter tous à la messe du couvent sans entrer dans la ville, et que les religieux pourraient les évangéliser plus commodément. Le père fray Pedro de Angulo fit le même raisonnement pour choisir l’emplacement du couvent de Saint Dominique dans la ville de Santiago de Guatemala. Qui est aujourd’hui le meilleur endroit et le plus sain de la ville, et qui attire les habitants et prospère plus que tout autre quartier, mais qui à l’époque était le plus isolé de la ville car celle-ci ne s’étendait pas à plus de deux cuadras de la grand place, et l’on savait que les maisons ne l’atteindraient pas avant de nombreuses années ; pourtant les pères demandèrent et reçurent cet emplacement de très bonne grâce, de la même façon qu’ils choisirent cet autre à Ciudad Real, mus par la seule considération d’instruire les indiens, sans déranger les espagnols."

 

Ils obtiennent un titre de propriété pour le terrain

"Et de façon à l’obtenir, le père fray Tomás Casillas, vicaire général, présenta la demande suivante au conseil municipal, le vingt sept octobre mille cinq cent quarante six, en présence de San Pedro de Pando, maire, et de Luis de Mazariegos, Diego Martín, Andrés de Benavente et Pedro Moreno, conseillers municipaux :

"Très Honorés Messieurs :

"Nous,  Fray Tomás Casillas, vicaire général, baisons les mains de vos grâces au nom des pères de l’Ordre des dominicains de la province. Comme vous le savez, les pères ont la volonté et l’intention de construire et d’habiter un couvent de Monseigneur Saint Dominique dans votre ville, d’une part en vue du réconfort de la population et d’autre part afin que les frères du couvent, monastère et résidence, partent d’ici visiter les villages des indigènes de la province pour les baptiser et leur enseigner les fondements de notre sainte foi. Et puisque cette cause est très sainte et droite, pour soulager la conscience de vos grâces, nous vous prions de bien vouloir nous faire la faveur, au nom de sa Majesté, de nous donner un terrain dans cette ville, où nous pourrions implanter l’église, la résidence et le jardin, à l’endroit qui semble, pour vos grâces, sans inconvénient et bien dans les intentions de cette ville-ci, ce en quoi vous nous obligerez."

"Fray Tomás Casillas, vicaire général.

"Et immédiatement les hommes de Justice et de Municipalité susdits, écrit le greffier, dirent que puisqu’il s’agissait d’une œuvre très sainte et bonne et convenant au service de Dieu notre seigneur, ainsi qu’au salut de leurs consciences, ils leurs faisaient et feraient grâce d’un terrain, lequel terrain ils délimitaient sur la colline de la Croix, route de Chamula, borné de trois côtés par les rues royales, et de l’autre côté par le terrain communal. Desquels terrain et propriété ils ordonnèrent de dresser l’acte, et le signèrent de leurs noms. San Pedro. Luis de Mazariegos. Diego Martín. Andrés de Benavente. Pedro Moreno. Vu par moi. Gaspar de Santa Cruz, greffier public et du Conseil."

 

Ils prennent possession du terrain du futur couvent

"Le jour même, en vertu de cette donation, le père fray Tomás Casillas, vicaire général, en son nom et en celui de l’Ordre, prit pacifiquement possession de ce terrain, en présence de toute la population, et pour le marquer, lui et les trois autres religieux, fray Tomás de la Torre, fray Jerónimo de San Vicente, et fray Domingo de Ara, qui l’accompagnaient, élevèrent et fixèrent une croix. Toute la ville se réunit ensuite dans l’église, et on y fit de copieuses promesses de dons pour la construction de la maison, qui ne furent pas toutes payées ni même exécutées, mais ce qui parvint en possession des pères aida beaucoup à faire avancer le chantier. Les maires et conseillers municipaux promirent d’y affecter seize mille indiens, et dirent qu’ils en donneraient plus lorsque les premiers seraient fatigués. Et les pères l’acceptèrent, car le couvent était fondé pour le bien et le bénéfice des indiens eux-mêmes. Les habitants de la ville souhaitaient aussi que les religieux viennent vivre parmi eux. Et Luis de Torres Medinilla offrit une de ses maisons proche de la ville, pour que les pères s’y installent pendant qu’on édifiait sur le nouveau terrain un logement où ils pourraient se retirer. Et une fois tout cela convenu et organisé, les pères prirent congé de la ville avec force remerciements, et allèrent à Cinacantlán d’où le père vicaire fit appeler tous les pères de Chiapa, pour qu’ils viennent là célébrer la fête des Saints, et discuter de la conduite à tenir pour la fondation du nouveau couvent."

 

Le premier couvent est très pauvre

"Pour s’assurer de ce qui avait été seulement prêté, le Père Vicaire envoya en ville le père fray Tomás de la Torre et le père fray Vicente Núñez. La maison était faite de poteaux et de branches couvertes de boue, avec un toit de paille et elle était très mal arrangée parce qu’en plus d’être faite avec ces matériaux elle était inhabitée depuis longtemps. Il y avait une grande cour devant, puis une salle centrale avec deux petites chambres, ensuite une autre sorte de chambre plus grande et derrière encore une cour, où était l’écurie et deux autres pièces qui servaient l’une de cuisine, l’autre de dortoir pour les esclaves indiens. La clôture qui enfermait le tout était discontinue, faite de piquets renversés par endroits ou qui avaient été enlevés.

 

Reconstruction idéale du couvent de 1546

 

"Les pères fondateurs disposèrent la maison le mieux possible. Ils firent une église de la grande salle et séparèrent le chœur de l’autel par une clôture de rotin qui laissait peu d’espace. Les deux petites chambres qui étaient près de la salle firent office, l’une de sacristie, l’autre de cellule pour le sacristain, où on plaça l’horloge, la plus grande des deux que Monseigneur l’Evêque avait laissées. Ils divisèrent la pièce qui était de l’autre côté de la salle, grâce à quelques planches pourries fixées par des cordes, pour en faire, d’un côté le dortoir, et de l’autre le réfectoire, si étroit qu’on y tenait à peine et très triste faute de lumière. L’autre local de l’écurie était à moitié effondré, noirci par la fumée de la cuisine, tapissé de suie et de toiles d’araignées et comme il avait un épais plafond de terre posé humide et qui avait séché, de la poussière en sortait continuellement et salissait ceux qui se trouvaient à l’intérieur. Toutes les pièces avaient leurs portes sur la cour d’entrée : on les ferma et on fit communiquer les pièces l’une sur l’autre, le réfectoire les commandant toutes. On fit là le dortoir de silence, le plus pauvre et triste qu’on puisse imaginer, qu’aurait sans doute amélioré notre glorieux père Saint Dominique lui-même s’il l’avait vu. Le dortoir était partagé en cellules, les unes et les autres larges de quelques pas, séparées par des cloisons, qui isolaient les espaces mais qui étaient si peu fermées que si on allumait une chandelle dans l’une toutes les autres recevaient la lumière. Des nattes tenaient lieu de portes, les fenêtres étaient ouvertes sur la campagne et on les fermait avec un autre bout de natte. On fit dix cellules à cet endroit ; trois autres trouvèrent place dans l’étable, pour fray Tomás de la Torre, fray Domingo de Ara, et fray Jerónimo de San Vicente ; et bien qu’auparavant on en sortit tant de fumier qu’on pensait qu’il n’en restait pas, on dût recommencer à creuser en raison de la mauvaise odeur qui persistait et en sortir encore plus, si bien qu’à lui seul le P. fray Tomás de la Torre sortit de sa cellule dix huit charges d’indiens. La ville demanda aux gens du marché de nettoyer la porcherie et elle servit de cloître. On ouvrit là une porte sur la campagne qui fit office de porterie où les laïcs espagnols et les indiens échangeaient avec les religieux ; la porcherie servait de passage pour le chœur, de salle pour entrer dans le réfectoire et de lieu de réunion pour parler, les jours où le silence n’était pas imposé. Il y avait aussi dans cette cour des cabanes pour loger les porcs. On les nettoya et elles servirent de cuisine, de réserve et de dépôt de bois et d’objets divers.

Voilà le premier couvent, en bonne et due forme, qu’eut l’Ordre de notre glorieux P. Saint Dominique dans la province du Chiapas ; je n’ai pas jugé déplacé de le décrire ici tel qu’il était, afin que l’on ait la reconnaissance voulue pour les premiers pères qui le fondèrent, lesquels au prix de tant d’inconfort posèrent les fondations des édifices dont leurs fils jouissent aujourd’hui. Mais, avec l’esprit de pauvreté qui était le leur, ces saints fondateurs n’avaient pas l’idée d’en demander plus." (Fray Antonio de Remesal, Historia de la provincia de San Vicente de Chiapa y Guatemala, livre 7, chapitre 23)

 

La nef du couvent dominicain

 

Une description de San Cristóbal de Las Casas en 1586

"… Le père commissaire (Fray Alonso Ponce) quitta cet endroit (Amatenango) en compagnie de son secrétaire, le dimanche sept septembre (1586) … Il arriva à la Ville Royale de Chiapa (San Cristóbal de Las Casas) et pénétra dans notre couvent qui est la première maison à l’entrée de la ville ; il prit au dépourvu les espagnols, qui tout un chacun se trouvèrent fort honteux et confus de ne pas lui avoir réservé l’accueil qu’ils pensaient lui faire, déplorant tous qu’il ne les ait pas avisés de sa venue ; pourtant le père commissaire l’avait prévu depuis Amatenango mais son messager n’était pas arrivé à cause des fortes averses de la soirée et de la nuit. Il dit la messe en arrivant et ensuite les religieux de Saint Dominique, les magistrats et les autorités de la ville vinrent le voir, et tous lui firent beaucoup de présents et de cadeaux ce jour-là et le jour suivant pendant lesquels il demeura ici ; et telle est la dévotion des habitants pour notre habit que les autorités avaient décidé, d’un commun accord, de donner à manger au père commissaire et à ses frères, tour à tour, tout le temps qu’il demeurerait ici, quel qu’en fut la durée. Mais comme il resta peu de temps, comme on l’a dit, ils lui donnèrent des confiseries, des conserves et du biscuit pour la route, ce qu’aucun village n’avait fait jusqu’à présent en sa faveur.

"Cette ville est assise dans une très grande vallée, entourée de montagnes de presque tous les côtés, si bien que la rivière dont il a été question et un torrent qui est plus haut et d’autres qui la rejoignent de l’autre côté de la ville ne trouvent pas d’issue, mais Dieu a disposé un déversoir pas très loin de là dans lequel se précipite toute cette eau, et tous les habitants ont soin de le tenir propre pour éviter qu’il se forme une nappe d’eau qui inonderait la ville. Laquelle avait quelque cent cinquante habitants espagnols, des gens honorables et nobles, quoique pauvres ; les maisons sont en madriers et couvertes de tuiles ; l’évêché du Chiapa a son siège ici et en plus de l’église cathédrale il y a un couvent de Saint Dominique et un autre de notre Ordre, fondé récemment ; il était en construction, fait d’adobes et d’un toit de paille, mais pas encore achevé ; il est dédié à Saint Antoine. Quatre religieux y résidaient, ils avaient la charge de quelques indiens mexicains qui avaient accompagné les espagnols au moment de la conquête et habitaient près du couvent, et de plusieurs villages d’indiens Quelemes." (Antonio de Ciudad Real, Tratado curioso y docto de las grandezas de la Nueva España, Vol II, chap LXII)

 

Plan du couvent dominicain de San Cristobal de las Casas

 

San Cristóbal de Las Casas décrit par Antonio Vásquez de Espinosa dans les années 1620

"571. La même année fut fondée la Ville Royale de Chiapa (Ciudad Real de Chiapa) dans une vallée arrondie longue d’une lieue, entourée de toutes parts de montagnes et de forêts. On installa la ville sur le versant oriental d’une haute colline, placée au milieu de la vallée. La ville est à 100 lieues à l’est d’Oaxaca ; Guatemala (Antigua) se trouve à 80 lieues, en allant vers le sud-est. Elle est à 18 grades et demi de l'Equateur. La vallée où est située la ville a un climat froid ; elle a en abondance des eaux de très bonne qualité, légères, provenant de ses belles sources ; de plus deux rivières traversent la vallée, en direction du sud et se rejoignent au pied d’une haute montagne, où elles s’enfoncent dans un gouffre, un précipice partant de là.

"572. Deux années plus tard, en 1526, le Trésorier Alonso de Estrada, à  l’époque Gouverneur et Capitaine Général de la Nouvelle Espagne, repeupla la ville et l’embellit. Il fut l’honneur de ce pays, de nombreux auteurs disant qu’il était fils du Roi Don Ferdinand le Catholique, et ses  actes le prouvèrent puisque grâce à son courage et à son bon gouvernement, toutes nos provinces connurent le calme et la paix, alors qu’elles avaient été très perturbées.

"573. Cette ville a plus de 250 résidents espagnols, pour la plupart nobles. Il y a une église cathédrale, abritant l’évêque et les prébendiers, des couvents de Saint Dominique, de Saint François et de Notre Dame de la Merci, un hôpital où l’on soigne les pauvres malades et d’autres églises et ermitages. Un Alcalde mayor y réside, nommé par sa Majesté sur avis du suprême Conseil des Indes pour le bon gouvernement de la cité : il rend la justice ici et dans chacune des nombreuses provinces du district.

"574. La Ville Royale de Chiapa se trouve à 60 lieues de la mer du nord. De ce côté il y a beaucoup d’indiens païens qu’il faudrait amener à la foi chrétienne, telles que les peuplades des Lacandons et des Manchés : elles font de grands torts aux indiens Zoques qui vivent à proximité et à leurs autres voisins. On pourrait les pacifier facilement et les attirer à la connaissance de Notre Sainte Foi, comme le Docteur Alonso Criado de Castilla avait commencé de le faire quand il était président du Guatemala. Depuis sa mort, toutes ces provinces ne sont plus en paix.

"575. La ville est aussi à 60 lieues de la mer du sud, de sorte qu’elle se trouve à mi-chemin des deux mers. De ce côté il y a plusieurs provinces et des peuplements d’indiens chrétiens vassaux des résidents de la ville. Celle-ci est abondamment approvisionnée et bon marché ; on y récolte du blé en quantité, du maïs, des fèves toute l’année comme dans les autres régions des Indes, des pois chiche, des haricots et d’autres semences, et tous les fruits d’Espagne et du pays.

"576. Cet évêché a plus de 70 lieues de long de l’orient au ponant et plus de 60 de large du nord au sud. Il est placé entre l’évêché d’Oaxaca qui est à l’ouest nord-ouest et celui du Guatemala, à l’est sud-est. Il y a plusieurs provinces dans le district, toutes de climat chaud ; les principales sont au nombre de quatre : la province des Chapanecas dont la ville et l’évêché ont pris le nom, la province des Zoques, celle des Sendales et celle des Quelenes. Leurs langues sont les plus employées bien que chaque village ou province ait sa propre langue maternelle. La Mexicaine encore plus, que les Rois mexicains ont introduite et exigé que l’on parle dans toutes les provinces qu’ils ont conquises et soumises à leur empire ; aussi la pratique-t-on dans tout le pays, comme langue commune.

"577. Il y a dans le district de cet évêché d’importants élevages de petit et de gros bétail, de porcs, de mules et les meilleurs chevaux de toute la Nouvelle Espagne, qui peuvent rivaliser avec ceux de Cordoue et certains affirment qu’ils les surpassent. On exploite une quantité de cochenille qu’on élève ou de cochenille sauvage des montagnes, de la cire et du miel en abondance, du cacao, du rocouyer, du poivre très bon et odorant porté par des arbres, du palmier coyol fin avec les fruits desquels on fait une quantité de rosaires que l’on vend, du coton que les indiens travaillent et transforment en une variété de vêtements locaux, tels que des capes, des huipiles et autres habits que les marchands et commerçants exportent vers Guatemala (Antigua) et sa région ou en d’autres endroits." (Antonio Vásquez de Espinosa, "Compendio y Descripción de las Indias Occidentales", 1627-1629, Livre cinquième, Chapitre I, De la Ville Royale de Chiapa, et du district de son évêché.)

 

 

San Cristóbal de Las Casas vu par Thomas Gage, dans les années 1630

"La ville de Chiapa la Royale est une des plus petites de toute l’Amérique : elle rassemble moins de quatre cents familles espagnoles et environ une centaine de maisons d’indiens construites près de la ville, dans un quartier appelé el barrio de los Indios, qui a sa propre chapelle. Dans cette ville il n’existe pas d’église paroissiale, la cathédrale en fait office pour tous les habitants. En outre il y a deux couvents, l’un de religieux de l’ordre de Saint Dominique, l’autre de celui de Saint François et un pauvre couvent de nonnes, qui sont un fardeau bien suffisant pour la ville.

"Le fait que les Jésuites n’aient pas posé le pied ici (eux qui vivent d’habitude dans les endroits et les villes les plus riches et les plus saines) est un argument suffisant pour juger de la pauvreté de la ville et du manque d’allure et de prodigalité de la noblesse, car ces sangsues aiment s’entourer d’esprits libres et généreux, capables d’aumônes extraordinaires et grandioses au bénéfice des collèges où ils résident. Mais ici les marchands sont avares et les nobles durs et économes, manquant d’esprit, de courtoisie et de bravoure ; la pauvre Chiapa n’est pas vraiment un endroit pour des Jésuites.

"Le principal commerce des marchands de cette ville consiste en cacao, coton qu’ils achètent dans les environs, mercerie, sucre provenant de Chiapa des Indiens, et un peu de cochenille ; un peu parce que le Gouverneur (dont c’est le revenu principal) n’accepterait pas de leur donner trop de liberté en ce domaine, au risque de gêner son cupide trafic. Leurs boutiques sont regroupées dans un petit marché en face de la cathédrale. A cinq heures de l’après-midi, les pauvres femmes indiennes s’installent sous les arcades pour vendre les breuvages et les potions bon marché qu’elles ont pu préparer pour les estomacs vides des Créoles.

"Les plus riches de ces marchands vont jusqu’à Tabasco ou y envoient leurs agents pour acheter des marchandises d’Espagne, tels que des vins, des tissus fins, des figues, des raisins, des olives et du fer, en prenant garde de ne pas trop s’engager dans ces échanges car les Espagnols ne sont pas très nombreux dans la région et la plupart répugne à ouvrir sa bourse pour autre chose que l’indispensable à la vie. Si bien que presque toutes les marchandises venant d’Espagne sont pour les Frères qui sont les bons vivants les plus joviaux de ce pays." (Thomas GAGE, The English-American his Travail by Sea and Land: Or, a New Survey of the West Indias Containing a Journal of Three Thousand and Three Hundred Miles within the Mainland of America, 1648, T. 1, Chap. XV)

 

San Cristobal de las Casas, Museo de los Altos de Chiapas,

Maquette du couvent de Saint-Dominique

 

Antonio de Alcedo, 1786

"Ciudad Real de Chiapa, qui est située dans une plaine merveilleuse, est le siège de l’archevêché, institué par Paul III en 1538. Les armes de la ville ont la forme d’un bouclier où figurent deux montagnes séparées par une rivière ; sur l’une des montagnes il y a un château recouvert d’or et un lion rampant à son côté, sur l’autre un palmier vert portant des fruits et un autre lion, le tout sur champ écarlate : ces armes lui ont été concédées par l’Empereur en 1535. La cathédrale est très belle ; la ville a trois couvents de religieux de Saint François, de La Merci et de Saint Dominique, un monastère de religieuses et cinq ermitages.  Sa population est limitée et pauvre : son principal commerce consiste en noix de coco, coton, laine, sucre, cochenille et autres articles. Sa noblesse, bien que pauvre, reste très fière de descendre des familles de la plus haute noblesse d’Espagne, telles que Mendoza, Velasco, Cortez, etc. Les femmes souffrent fréquemment de maux d’estomac à cause de la forte chaleur et de ce fait ne peuvent laisser passer beaucoup de temps sans prendre quelque aliment, le plus souvent du chocolat, qu’elles se font apporter à l’église. Cette irrévérence, un évêque se crut obligé de la condamner sous peine d’excommunication : on dit que cette initiative ne lui coutât pas moins que la vie. La ville est à 100 lieues de distance de Guatemala, Long. 93” 53’. Lat. 17” 4’." (Antonio de Alcedo, Diccionario geografico-histórico de las Indias Occidentales o América: es a saber: de los Reynos del Peru, Nueva España, Tierra Firme, Chile y Nuevo Reyno de Granada. Madrid, 1786/89)

 

San Cristóbal de Las Casas, détail de la façade de l'église du couvent dominicain

 

 

2007-2016 "des moines chez les Mayas"

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Les bâtiments du couvent de Saint Dominique à San Cristóbal de Las Casas, construits au XVIIème siècle, occupés à présent par le musée de Los Altos de Chiapas et par le magasin coopératif Sna Jolobil. Le couvent est situé au nord de la ville, près du marché et des points de départ des autobus pour les villages indiens mayas tzotzil et tzeltal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cloître du couvent dominicain de San Cristóbal de Las Casas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La façade de l'église du couvent de San Cristóbal de Las Casas est de style baroque. On y voit un grand écusson dominicain. C’est une des façades les plus ornées de l´art colonial mexicain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'avenue du Général Utrilla à San Cristobal de Las Casas, de nos jours. Au fond, l'église de Saint Nicolas de Tolentino, située sur la grande place du 31 mars, derrière la cathédrale.